Richard Millet, Voyage au bout de la route (Art Press )
Ici,
Son quartier général
C'est derrière lui maintenant mais chaque retour est poignant.
Sa vie est ailleurs.
Des milliers de pas à travers les mêmes chemins qui ne menaient pas nulle part mais invariablement à la petite maison bleue (longtemps crème)
Une vie ordinaire, loin de la bohème; mais: "Tu mourras ailleurs".
Un moment d'enfer conjugal
mots lancés à fendre le crâne
pulvérise dans son horreur
six mois de calme relatif
Avec les enfants le contraire
cinq minutes délicieuses
vous font oublier sur-le-champ
leur dictature pleurnicheuse.
Georges Perros, une vie ordinaire
J'ai 56 ans
Et plus toutes mes dents
Un problème au palpitant
Electricité défaillante
Un pacemaker pour le booster
Une virée en Bretagne
Quiberon, Pont-Aven, Douarnenez, Brest
Une vie somme toute ordinaire
Une femme de 37 ans
Une fille de 4 ans
Un grand fils à Porto
Qui me fait la gueule
Par intermittence
Présentement sur une plage
Rien à l'horizon: l'homme pas encore vieux
Et la mer
J'observe l'érosion des roches par le travail
Sans relâche des vagues
Ici, le 26-04-22
A Belle-île
Mais pas encore à la dérive.
Ne rêve pas
Tu arrives à l'âge
Où tu vois dans le regard de l'autre
Sa crainte de ta propre mort
Plus que de la sienne.
Âge de Jérôme Leroy in Sauf dans les chansons (La Table Ronde)
Puis l'homme a débarqué avec ses gros souliers
Des coups de pieds dans la gueule pour se faire respecter
"A cette époque, je vis avec un billet de 100 francs par semaine. Je peux acheter des livres de poche, aller au cinéma, boire des cafés dans les brasseries. L'argent n'est pas terrifiant, en manquer ne donne pas le sentiment d'avoir une vie rétrécie."
Damien, Lucille Laveggi
Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit
Près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes, simplement,
Des problèmes de mélancolie
Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière la glace du comptoir
Et l'on se dit qu'il est bien tard...
Jeudi 31 mars, Miossec est à la Cigale, unique concert parisien pour les 27 ans de l'album "Boire".
Il entre en scène:
Miossec: 27 ans après il reste des gens vivants?
Le public: OUIIIIIIIIIIII
Miossec: Tout le monde n'est pas encore mort?
Public: Noooooooooon
Miossec: ça va venir tranquillement...
La mélancolie dans ce concert grandiose, il la chantera 2 fois.
La mélancolie c’est communiste
Tout le monde y a droit de temps en temps
La mélancolie n’est pas capitaliste
C'est même gratuit pour les perdants
L'été n'est plus très loin et dans la région où je passe chaque été quelques jours de vacances, je regarderai des retraités et estivants jouer à la pétanque; le risque, la honte c'est d'être Fanny, c'est-à-dire de perdre 13 à 0; alors la tradition veut que vous embrassiez le postérieur d'une demoiselle (embrasser Fanny); c'est vrai il y a plus désagréable.
Qui connait Fanny? Qui la fréquente au quotidien?
Le contraire d'une épi(fanny)?
Fanny!
Si vous n'étudiez pas Fanny, alors vous êtes fini, et ce ne pas elle qui sera Fanny fanée.
C'est une étude au long cours, de longue Hélène pourrait-on dire et si un homme est une Fanny comme les autres (souvent), on est loin de la Femme est l'avenir de l'homme.
Quelque part Sollers a dit que "le seul racisme sérieux en définitive, se passe entre femmes et hommes...Tout le reste est bavardage illuminé... Et ce racisme-là se porte à merveille, il monte, il s'épanouit, il fleurit; c'est le moteur de toujours, la source du mouvement lui-même."
M. me voit avec les extraits que je compte publier, elle les lit:"Oh, very funny!"
Lisons Sollers dans L'école du mystère:(extraits)
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Sur le toit de la Gare Montparnasse il y a un jardin suspendu, le jardin Atlantique.
C'est un dimanche magnifique à quelques jours des présidentielles; dans Paris, au même moment des candidats transpirent devant une foule chauffée à blanc.
Même si "vous n'êtes le frère et le camarade de personne, [que] vous êtes seul, et [qu'] aucun autre Atlante ne vous fera signe, [que]vous êtes l'unique roi de votre royaume", il n'est pas interdit au contraire d'en réunir deux ici et d'établir des correspondances.
"On n'est pas si seuls somme toute", comme a dit quelqu'un...
Vous lisez, alors vous croyez: le Roi Sollers et Leroy sollersien
Extraits
Quand Monica Vitti
Au coeur de l'insomnie
Nous rappelle
A nos éclipses
On aura beau dire
On aura beau faire
On ne pourra nous retirer
Cette élégance des temps endormis
Là-bas
En Atlantide.
Des éclipses, J. Leroy (Un dernier verre en Atlantide)
"Pas de trafic sexuel dans l'Atlantide, une harmonisation sous-jacente. Peu de criminalité, en dehors de quelques homicides inévitables, pas de féminicides, les conflits sont réglés par des négociations surveillées par une police d'autant plus puissante qu'elle est invisible. On se croirait à Venise ou en Chine. Tout ce qu'on peut dire, c'est que quelqu'un ou quelqu'une a disparu. la police n'interpelle pas, elle éclipse."
Graal, Ph. Sollers
La révolution n'est pas un dîner de gala
Disait le président Mao
C'est bien dommage
La révolution c'est plutôt ma queue bien raide
Dans ta bouche
Ta chatte
Ton cul
Du foutre sur ton visage
Et l'Internationale dans l'avenue
L'avenue au soleil.
Avenue au soleil, J. Leroy (Un dernier verre en Atlantide)
"Elle écarte son peignoir, et commence à se caresser, en lui enjoignant de faire comme elle. Elle finit par rire, elle a joui. Lui, pour respecter les règles de son entraînement, n'a pas donné son foutre, mais a beaucoup joui quand même. Pour le foutre, il faudra qu'elle l'autorise et le lui demande en lui tendant une soucoupe, qu'elle regardera avec satisfaction, en touchant du doigt la semence".
Graal, Ph. Sollers
Suis né en mai, c'est moi l'printemps
J'ai rien demandé, ouais mais pourtant
J'ai déchiré, à grands coups dents
Le fil d'acier m'emprisonnant
Philippe Katerine
Le 08 mars (journée internationale des droits des Femmes) 1998, dans son journal "L'année du tigre", voici ce qu'écrit Philippe Sollers de Charles Bukowski:
"Charles Bukowski, ce vieux dégueulasse, était bien entendu quelqu'un de très raffiné. Il aimait Haydn et Bach. Voici ce qu'il dit en 1986:
" L'espoir, c'est une touche d'humour, et de la grâce, quoi qu'il advienne. La capacité de rire, de voir le ridicule, de ne pas excessivement se crisper quand les choses deviennent impossibles...Disons: le rire à travers les flammes."
A travers les flammes, à travers les femmes, sur qui l'auteur de Women a beaucoup écrit.
Sur les femmes, et sur l'amour, les éditions "Au diable vauvert" publient un recueil de poèmes.
Voici le dernier de ce recueil:
aveux
guettant la mort
comme un chat
qui s'apprête à sauter sur
le lit
je suis tellement désolé pour
ma femme
elle découvrira ce
corps
blanc
raidi
le secouera une fois, puis
peut-être
une deuxième:
"Hank!"
Hank ne répondra
pas.
ce n'est pas ma mort qui
me préoccupe, c'est ma femme
confrontée à
cet amas de
néant.
je voudrais
qu'elle sache
au demeurant
que toutes les nuits
passées
à ses côtés
même les disputes
inutiles
ont toujours été
de splendides choses.
et les mots
difficiles
que j'ai toujours eu peur de
prononcer
peuvent maintenant être
dits:
je
t'aime.
Et c'est le lendemain de la journée des droits des Femmes, le 09 mars 1994 que Bukowski s'en est allé.
J’t'aimais tellement mieux quand t’allais mal
J’t'aimais tellement mieux quand t’étais pâle
Ça t’allait bien mieux quand autre fois
Tu virais au bleu, moi j'trouvais ça
Tellement
Charmant
Très émouvant
C'est l'hiver, et vous lisez anéantir de M. Houellebecq , avec qui on est toujours un peu en automne en fait. Le roman est touchant et triste, la marque de l'auteur. C'est la vie quoi, et avec Paul il faut se faire une raison: "La vie c'est toujours un peu la fin de la vie."
Mais bien vite, les beaux jours reviennent et vous lisez Graal de PH. Sollers aux 85 printemps.
Vous êtes invité pour le week-end à Bordeaux et deux heures après avoir quitté Paris vous êtes à la gare St-Jean.
Vous vous promenez à travers la ville, vous poussez jusqu'à Arcachon, cité balnéaire divisée en quatre quartiers associés aux quatre saisons; il fait beau et vous mangez des huitres au soleil dans le quartier d'été.
Vous revenez à Bordeaux, et vous repensez à Paul Raison mais c'est une phrase du narrateur de Graal que vous retenez: "Ce qui me distingue de mes contemporains, c'est qu'ils vivent leur vie, ou ce qu'il en reste, alors que je vis pleinement ma mort".
Puis vous entrez dans une église, l'abbatiale Sainte-Croix, et vous admirez son orgue qui vous fait penser à la toute fin de Graal: "Vers la fin de sa vie, Jean-Sébastien Bach pense que le Graal est devenu son orgue. Il le montre, et tout est dit."
l'Orgue de l'abbatiale Sainte-Croix, Bordeaux
Rue Vital Carles, Hôtel du quartier général
"A présent, les jours raccourcissent, je suis à l'automne de ma vie. Et je la vois comme un grand cru".
It Was A Very Good Year, Frank Sinatra
" ça dépasse l'entendement. Mais il n'en demeure pas moins que j'entretiens avec les écrivains du passé une complicité affective. Rien de précis ne l'étaye, l'émotion que je ressens n'appartient qu'à moi, disons que je me suis inventé des hommes qui s'accordent à mes désirs."
Charles Bukowski, Le capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau. Mars 1992
"Dieu ne veut pas que j'écrive, mais moi, je dois."
Franz Kafka
Un sentiment d'enfermement, il faut la gravir, il faut que tu respires se dit-il.
Elle lui dit que c'est féérique, Montagne Magique. La beauté il la voit aussi, mais sensation de vertige. Il observe les vacanciers glisser sur les pistes.
Il cherche dans le paysage ce qui fait trou aux murs qui se dressent devant lui, qui enferment.
Il n'a jamais senti cela avec la mer qui se dit-il résout tous les problèmes.
A chaque fois qu'il est dans cette chaine, c'est le destin de W. Benjamin qui lui revient en mémoire et sa traversée des Pyrénées mais aussi son goût, enfant, pour les grimpeurs du Tour qui s'échappaient dans les cols; tous les cols sont à franchir.
Peyragudes (Pyrénées)
Je prendrai la politique, je la baptiserai littérature et elle le deviendra aussitôt, dit superbement François Mauriac (Malagar, Saint-Maixant). Et Jérôme Leroy (Rouen, Lille) accomplit à merveille cet aphorisme dans les derniers jours des fauves.
"C'est une histoire de guerre, de renversement d'alliances, d'une retraite réussie qui se transforme en victoire", tel pourrait-on résumer le livre. Victoire au bout du suspense puisque ce thriller politique me tient éveillé jusqu'à son épilogue.
Un septennat avant, avec l'Ange Gardien, je me souviens, oui je me souviens (Porto, Praça de Liège), avoir longtemps cherché d'où venait Martin Joubert; et puis quelques années après, à la lecture d'un roman de J.P Manchette (Paris, 12ème arrondissement), Fatale, j'avais ma réponse. Le lecteur se fait aussi enquêteur.
Avec Jérôme le généreux, ce n'est pas six personnages en quête d'auteur, mais c'est un auteur qui accueille et redonne vie à des dizaines de personnages. Roman après roman, poèmes idem, en grand passeur qu'il est, il mène sa guerre du goût et ressuscite des grands oubliés (Pirotte, Perros, par exemple, ces hommes extraordinaires).
Si on peut lire ce livre qui décrit le Grand Effondrement du monde comme le décalque précis d'une société française à bout de souffle, d'une comédie humaine qui mène droit à l'enfer, comme l'envers de notre histoire contemporaine, et ces derniers jours voyez comme l'actualité imite la fiction...Ou encore comme un roman à clefs qui ouvrent les portes (pas besoin de fusil Remington 870) de cette petite boutique obscure qu'est devenue l'hexagone et dans laquelle les fauves, lâches et lâchés, vivent leurs derniers jours malheureux.
L'essentiel est ailleurs.
Qu'attends-tu donc d'un roman me demande M. sortant de la douche, et qui dans un geste plein de grâce enserre ses cheveux mouillés dans une serviette de bain.
Il faut, lui dis-je, sans prendre la pause, Matière (430 pages!) et Mémoire, (Bergson, 47 Boulevard de Beauséjour, Paris).
Clio...Quelle histoire! Et avec le capitaine, son Ange Gardien, presque un inceste... un inceste réussi aurait dit Sollers (Ars-en-Ré-Venise-La Closerie des Lilas- (Le) Paradis).
Ils sont poursuivis, la mort aux trousses, et le capitaine le sait bien, la géographie ça sert d'abord à faire la guerre. On s'échappe, North by Northwest, on cavale dans un monde déboussolé, qui vacille; le capitaine maintient la flamme...
En fait, seule la mémoire des noms et des lieux peut vous sauver, comme une réminiscence proustienne.
Treize noms, treize lieux , bonjour Balzac! (Paris- Rue Visconti- Le guépard (un fauve), tout se tient!).
Et comme il n' y a pas de hasard, en même temps que les derniers jours des fauves, sort, aux éditions Au diable vauvert, treize pillards, petit précis de la Macronie, signé Juan Branco).
éditeur: La manufacture de livres
"Peut-être aurait-il dû s'en tenir à ça, dans sa vie: regarder les filles nager".
Jérôme Leroy, Les derniers jours des fauves (éditions: La manufacture de livres)
"Ecoute ce que disent les femmes, médite ce que signifient les textes. Tu t'approcheras au plus près de la vérité du monde et de son mensonge".
Mes Moires (Stéphane Zagdanski)
"Et maintenant quelques questions très simples:
Que savez-vous sur vous, que vous n'avez pas envie de savoir?
Pourquoi choisissez-vous de ne pas voir ce qui crève les yeux?
Combien de forces dépensez-vous en refoulements et censures?
Pourquoi évitez-vous si soigneusement de citer tel ou tel nom?
Pourquoi passez-vous par la fenêtre ou la cheminée, quand la porte est ouverte?
Êtes-vous sûr, ou sure, de ne pas aimer quelqu'un que vous détestez?
Combien de fois vous est-il arrivé de dire "oui" en pensant "non", et "non" en pensant "oui"?
Racontez-moi à nouveau le premier rêve qui vous revient à l'esprit.
Dites-moi tout ce qui vous passe par la tête".
Centre, Philippe Sollers (Gallimard)
"Je ne vais presque pas au cinéma, mais je ne me lasse pas des séries télévisées les plus connes. Il y en a plein, le matin, qui battent tous les records de bêtise sentimentale. De jeunes couples hétéros, dans une banlieue stéréotypée, y jouent à la perfection leurs embarras sexuels et psychologiques. C'est chaste, compliqué, ça finit toujours bien, par un long baiser à pleine bouche. C'est la société petite-bourgeoise française parvenue à son apogée. Les filles ont toujours une meilleure amie qui parfois, comble de perversité, les trahit en draguant leur amant, leur fiancé, leur mari. Elles sont très soucieuses de "sauver leur couple". Elles tombent enceintes à point nommé, et les mecs névrosés s'aplatissent en découvrant enfin "la femme de leur vie".
Tous ces drames se passent dans de petits appartements coquets, où les cuisines ne sont pas épargnées,le meuble principal du salon étant le canapé, celui des tentations, des aveux, ou des confidences [...]".
Légende, Philippe Sollers (Gallimard)
Il veut la France des années 50, voire des années 40, en noir et blanc, et même plutôt en blanc.
La F(rance).
Il y a donc politique et Politique.
politique comme politicacanerie, ou politicanaillerie ou encore politiquincaillerie pratiquée dans les boutiques obscures que sont les partis politiques.
Et il y a la Politique c'est-à-dire la littérature comme le dit Mauriac:"Je prendrai la politique, je la baptiserai littérature et elle le deviendra aussitôt".
Ci-dessous une émission consacrée à Ulysse de Joyce; A partir de 24' 40 s c'est une lecture du chapitre 12 (Le cyclope). De la grande littérature, de la grande Politique.
Michel Houellebecq, ce héros de notre temps, sort un roman, anéantir, au titre on ne peut plus houellebecquien, et c'est bien sûr un événement; la sortie du livre est précédée de nombreuses critiques et une grande interview dans le Monde attire l'attention.
Alors que n'importe quel lecteur un peu instruit a la phrase de Gide en tête (c'est avec les beaux sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature), Houellebecq la retourne: "Je pense que c'est avec les bons sentiments qu'on fait de la bonne littérature. Tout au long du XXème siècle, la littérature a été traversée par une fascination pour la transgression, le Mal. La réussite suprême (dans un roman) ce serait qu'il y n'y ait plus de méchants du tout".
Gide a dit d'Ulysse de Joyce que c'était un faux chef-d'oeuvre.
Dans son étude sur cet auteur, Beaucoup de jours, Philippe Forest analyse minutieusement chaque chapitre donnant ainsi à lire une oeuvre complexe.
Le chapitre 12 est consacré au Cyclope; l'action touche à des questions politiques.
Conclusion de Forest: "Car le roman vrai, n'en déplaise, est du côté du Bien. Rien n'est plus facile à démontrer. Et tous les grands livres en témoignent. Ceux de Proust et Tolstoï, comme le disait Barthes pour finir. Même Céline, c'est dire.Et Joyce bien sûr".
"La politique c'est ce qu'il y a dans la vie de moins essentiel et de moins précieux. La politique c'est l'écume sale sur la surface de la rivière, alors qu'en fait la vie de la rivière s'accomplit à une bien plus grande profondeur."
Skreta dans La valse aux adieux (M. Kundera)
"Cela me serait impossible de faire un film engagé, car je suis le désengagement personnifié, parce que j'ai l'esprit de contradiction poussé très fort."
Vingt-cinq films tournés dans la fièvre - Truffaut récrivait même des scènes pendant les tournages - par un homme qui expliquait qu'il fallait, avant de commencer un long métrage, n'avoir qu'une phrase en tête: "Je fais ce film ou je crève."
(François Truffaut, film par film par C. Masson et L. Delmas, Gallimard)
Les derniers jours des fauves vont-ils anéantir un barrage contre l'Atlantique?
Lecture dans les prochains jours.
"Si la mélancolie était une foi, j'en serais le théologien". (F. Schiffter).
Mais pour tempérer ce bel aphorisme: "Mélancolie? Vous n'avez pas assez écrit, c'est tout."( Ph. Sollers)
Et du même auteur dans "Remède à la mélancolie" (sur France Inter), émission du 25 avril 2021:"Je suis hostile à la mélancolie; la mort rôde, proie à la mélancolie. La culpabilité mène à la mélancolie".
"Guitry jouait faux, Jouvet jouait faux, Depardieu joue faux, les grands acteurs jouent faux; les gens qui cherchent à jouer vrai se cassent la figure."
Je pense à cette phrase du musicologue Jacques Drillon qui vient de mourir alors que je tente de regarder le feuilleton Un si grand soleil.
Depuis quelques années, la France a ses feuilletons Français quotidiens, un peu comme les USA, qui ont depuis fort longtemps leurs Soaps ou encore le Brésil, le Portugal avec leurs Telenovelas.
La soupe de navet s'invite au menu des français chaque soir dis-je à M qui me trouve trop crispé sur la question.
C'est, me dit-elle, une façon après une journée de travail harassante de "poser son cerveau".
Belle expression, et je la prends aux mots car si le cerveau est posé, ailleurs, alors il n'y a pas de temps de cerveau disponible...
J'observe les acteurs qui se la jouent Actors studio; quelle que soit la scène à jouer on dirait qu'ils jouent leur vie; mais ils la grimacent plutôt. Ils veulent faire vrai et c'est faux!
Dans l'émission Remède à la mélancolie sur France Inter, Jacques Drillon édité par Philippe Sollers se rapproche de lui sur bien des points.
Dans Agent secret, Sollers: "Je ne crains pas la répétition, jeu enfantin, cercle qui ne va nulle part... Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible. Dans la maison, tous les matins je laisse Richter jouer Haydn, on pourrait l'écouter sans cesse. Parfois c'est Glenn Gould qui joue le clavier bien tempéré, menton sur les touches, lui aussi l'écouter sans cesse, on a maintenant tout le temps".
Drillon: "Ce que je préfère, c'est la vie quotidienne, c'est d'être comme hier. C'est pour ça d'ailleurs que je suis fumeur. On ne fume pas pour le plaisir car il n'y a aucun plaisir à fumer, je nie ça farouchement, je suis fumeur car j'étais fumeur hier et je veux que ça continue comme hier; je voudrais que les choses ne changent pas."
A l'infini...