vendredi 31 mars 2023

L'HOMME DE LA PEINE (11)

Qu'aura donc constitué le sel de  la vie pour lui se demande t-il en le regardant allongé dans son lit, de plus en plus faible à mesure que le taux de sodium dans son corps diminue de façon dangereuse?

mercredi 29 mars 2023

LA VRAIE VIE

"Toutes ces lignes avaient un point commun, elles semblaient être écrites pour moi. Pour la première fois de ma vie, je saisissais le pouvoir magique de la lecture, cette idée essentielle d'une voix qui vous parle à l'oreille et vous bouleverse par sa clarté révélatrice."

                      Mes vies parallèles, Julien Leschiera (le dilettante)

 

"Il est noble d'être timide, glorieux de ne point savoir agir, grand de n'être pas doué pour vivre.

Je n'ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n'ai jamais eu d'autre souci véritable que celui de ma vie intérieure.

L'expérience directe est le subterfuge, ou bien le refuge, des gens dépourvus d'imagination.

L'inaction console de tout. Ne pas agir nous donne tout. Imaginer est tout, pourvu que cela ne tende jamais à l'action".

        Extraits du Livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa


L'HOMME DE LA PEINE (10)

ça semble être la fin maintenant; ses dernières forces le quittent, il ne se meut plus. sa fille, qui s'en occupe de façon héroïque à plein temps a été obligée de mettre un lit médicalisé. Un infirmier vient matin et soir pour le faire passer de la station couchée à la station assise et inversement.

Il ne semble pas souffrir au contraire de sa fille, Mater Dolorosa qui sacrifie sa santé. Elle ne le mettra définitivement à l'hôpital que lorsqu'il n 'y aura plus rien à faire.

J'observe ses bras jadis tatoués; la quasi totalité de ses tatouages ont disparu, remplacés par des plaques et auréoles blanches. 

Blanc ou l'oubli

Les vitraux des cathédrales du Moyen Âge racontaient des scènes de la Bible à l'usage des personnes ne sachant lire; ses tatouages représentaient les souvenirs essentiels de sa vie. Ce n'est que la soixantaine venue qu'il avait entrepris de graver sur son corps ce qui avait compté le plus pour lui: sa carrière militaire avec une encre marine, encre qui le rattachait à son père, militaire lui-même; un coeur transpercé d'une flèche. et puis on discerne encore une vierge à l'enfant en noir et blanc, délavée, et dessous dans une belle calligraphie le mot maman.

Dans le dernier chant du Paradis de Dante il y a ce vers célèbre: "Vierge mère, fille de ton fils".

Mais ici la fille est devenue la mère de son père: elle le lave, le change, le torche, lui donne la becquée, le gronde aussi. Il la regarde, amoureusement, ses yeux d'un bleu délavé dans ceux de sa fille, il fait tout ce qu'elle lui demande. C'est poignant.

samedi 25 mars 2023

REECRIRE (SE) DIT-IL

La vie tremblait au loin, ancienne, seule épave d'un océan maintenant tranquille, dans la pluie, à P.

"Le bal tremblait au loin, ancien, seule épave d'un océan maintenant tranquille, dans la pluie, à S. Tahla."                                    Le ravissement de Lol V. Stein, M. Duras

dimanche 19 mars 2023

AU HASARD OU PRESQUE (II)

"Comme toujours, ici, vers le 10 juin, la cause est entendue, le ciel tourne, l'horizon a sa brume permanente et chaude, on entre dans le vrai théâtre des soirs. Il y a des orages, mais ils sont retenus, comprimés, cernés par la force. On marche et on dort autrement, les yeux sont d'autres yeux, la respiration s'enfonce, les bruits trouvent leur profondeur nette. Cette petite planète, par plaques, a son intérêt."

                    La fête à Venise, Philippe Sollers

samedi 18 mars 2023

CROONER, TROUBADOUR, POETE (III)

MERVEILLE (XI)

 


"Aujourd'hui, je suis toujours là mais changé, légèrement diminué mais davantage concentré, en colère mais plus triste encore, très seul mais épargné par miracle.

Je suis vivant et je suis libre, pouvant marcher sous le ciel, défendu par le soleil le jour, veillé par les étoiles la nuit. Je dois protéger le moindre de mes souvenirs."

mercredi 15 mars 2023

PORTRAIT DE FEMME (Suite et sans fin...)

 Portrait de femme à la quarantaine...

- Une femme, dit-il,  qui à 40 ans n'a pas fait une analyse deviendra à coup sûr une bonne femme.

- Prétentieux, goujat!

- Regarde, Chabrol, l'auteur des "bonnes femmes", il a réalisé trois films avec une psychanalyste, tu crois que c'est un hasard.

dimanche 5 mars 2023

PORTRAIT DU JOUEUR EN EDITEUR

"Partout le chaos règne, mais ne vous en souciez pas, continuez d'écrire. Ce sont les mots de mon éditeur."

"Les histoires de famille, c'est ce qu'il y a de meilleur, tous les auteurs les cachent, alors qu'il faut les mettre au jour, il faut les publier, elles démontent les rouages de la société. Je lui dis que cette fois j'hésite, je ne sais pas. Et lui: Mais si, mais si, envoyez-moi ça, envoyez! Attaquez la famille, attaquez la famille! Insiste-t-il en riant, ravi de sa provocation. J'ai la chance de travailler avec l'un des plus grands romanciers vivants, tout à la fois auteur et éditeur depuis soixante ans."

"Mon éditeur rit souvent, sans aucune méchanceté, par simple réaction naturelle devant des situations comiques."

"Quand je revois mon éditeur quelques mois plus tard, il me demande des nouvelles de ma grand-mère, dont je lui avais déjà dit combien elle était malade. Chaque fois que nous nous rencontrons, il prend des nouvelles de moi et de mes proches, il est très attentionné, sensible, le cas échéant touché par le malheur des autres, l'exact contraire des portraits médisants que font de lui la presse parisienne et les auteurs jaloux."

                                Un merveilleux souvenir, Marc Pautrel (Gallimard)


 

samedi 4 mars 2023

jeudi 2 mars 2023

MON PERE AVAIT RAISON (III)

 L'écrivain G. Guégan conseille à son fils de lire Simenon et de commencer par les vacances de Maigret; il est allé voir la maison que Simenon habitait à l'époque de l'écriture de ce roman. C'était un lotissement sans charme à Tucson en Arizona. Conclusion de Guégan: c'est soit le suicide soit l'écriture.

MERVEILLE (IX)

mercredi 1 mars 2023

MAIGRET A LUCHON

Lecture parallèle du Ravissement de Lol V. Stein et des vacances de Maigret. Celui-ci au lieu de passer ses vacances aux Sables d'Olonne aurait dû les passer à T. Beach ou à S. Tahla.

Il aurait ainsi pu résoudre l'énigme que constitue ce roman de M. Duras. De savants commentaires ont été écrits sur ce Ravissement, ceux de Lacan en premier. Une histoire de folie, de (dé)possession qui a énormément intéressé la psychanalyse.

Un après-midi au soleil sur une terrasse du Grand Hôtel de Superbagnères, face à des champs de neige, je sors fatigué par ce "voyage" où je me suis pas mal perdu.


 

MERVEILLE (VIII)