M: Mais il est à sec ton blog, quatre posts en un mois, record! Tu n'as plus d'idées?
MOI: Que veux-tu, c'est l'été, c'est l'étiage; tu t'en plaindrais presque toi qui n'a de cesse de critiquer ce que je fais.
M: Il faut dire que tu ne te foules pas. C'est un peu je pompe donc je suis ton blog et là on dirait que la pompe ne pompe plus...
MOI: Et alors tu voudrais de l'originalité, des petites pensées?
M: Ben oui, penser par toi-même, comme tout le monde!
MOI: Comme tout le monde... Mais sur quoi? Notre petit tour en Italie, Slovénie, Croatie en van?
M: Et voilà tu vannes... mais sois créatif au lieu de citer ou de recopier. Regarde ce dont je suis capable avec mes photos et petites vidéos; et ceci en quelques minutes; et sans me vanter je crois que ça fait son petit effet.
MOI: En effet, c'est joli je ne dis pas le contraire.
M: Tu dénigres.
MOI: Non mais tout est déjà donné avec l'image. Elle se suffit à elle même et une succession d'images n'est pas un montage.
M: C'est pas mon souci.
MOI: C'est l'articulation entre les images qui est le montage.
M: Tout de suite les grands mots.
MOI: Cependant avec une succession de belles images, tu obtiens de très jolies choses.
M: Et c'est suffisant.
MOI: Question de point de vue. ça me fait penser à Hemingway.
M: Encore tes écrivains, quel rapport?
MOI: Eh bien quelque part il dit ceci: Tout ce que l'on peut atteindre finalement dans la vie, c'est un point de vue.
M: Et alors?
MOI: Avec les images pas de point de vue.
M: Mais si regarde mes photos elles sont toutes faites à partir d'un point de vue.
MOI: Pas sûr.
M: Mais si je décide du cadre.
MOI: Certes mais mon opinion c'est qu'une enfilade de paysages (plus beaux les uns que les autres) c'est un peu comme enfiler des perles... Tu obtiens un beau collier et tu en mets plein la vue.
M: Tu dénigres! C'est toi avec les mots qui fais l'expert.
MOI: Mais regarde tous ces blogs de voyages avec des paysages à couper le souffle, et bien moi ça me coupe l'inspiration.
Elles sont toutes interchangeables ces photos.
M: Mais pense donc par toi-même nom de Dieu, tu as toujours besoin de ramener tes auteurs! Aujourd'hui Hemingway!
MOI: C'est que j'attends avec impatience le livre de G.de Cortanze, sur les derniers jours d'Hemingway, il avait déjà écrit une grande biographie sur Sollers.
M: Ah encore celui-là, je croyais qu'il était mort?
MOI: Mort mais vivant.
M: Beurk un mort-vivant.
MOI: Non, un Vivant de Nom...
M:Très drôle; mais pourquoi voir les choses à travers d'autres yeux?
MOI: C'est pas les yeux c'est les mots que je fais miens, c'est différent. Je dirais que c'est un peu un filtre qui me permet de mieux voir . Exemple, si un jour je vais à Venise, avant de lire le Lonely Planet, je lirai Au-delà de fleuve et sous les arbres qui se passe à Venise.
M: Tiens là justement devant toi en pleine nature slovène, il y a des arbres, une rivière.
MOI: Le titre du livre est celui-ci: Il ne rêvait plus que de paysages et de lions au bord de la mer.
M: Tu vois les paysages... Faut vivre le moment présent, l'instant. Ta fille fait de l'accrobranche, elle prend des risques c'est concret; elle vient de faire six fois le parcours et toi tu restes pépère dans ta zone de confort, aucune prise de risque, des certitudes. Tout est écrit.
MOI: Oui tu l'as dit c'est écrit. Mais tu sais, faire comme tout le monde c'est pas une vie. Comment tu peux expliquer qu'avec des yeux différents tu obtiennes toujours la même chose (les mêmes images, les mêmes films).
M: Mais dis-moi Vérone c'était quand même quelque chose, se dégageait de la ville un certain magnétisme non?
MOI: La meilleure glace de l'été.
M: Autre chose quand même.
MOI: Le magnétisme? J'appelle ça plutôt la coagulation, l'attroupement. Tu as vu la foule devant le balcon de Juliette... Tiens on n'a pas rapporté de "magnets" c'est-à-dire d'aimants à mettre sur le frigo, quelle erreur!
M: Tu blagues?
MOI: Non, cela aurait fait "les aimants de Vérone".
M: Pschtt...
MOI: Mais de toute façon ça se passe à Venise...
M: Avant Vérone on était en pleine campagne c'était beau non?
MOI: C'était Sirmione face au lac de Gardes.
M: Oh oui très champêtre, superbe.
MOI: A Sirmione, a eu lieu la première rencontre entre Joyce et Ezra Pound. Ce dernier a beaucoup aidé Joyce à ses débuts.
M: Un alcoolique et un fasciste.
MOI: Comme tu y vas... Pound qu'on retrouve à la fin de sa vie à ... Venise.
Allez Simone fais tes bagages on continue le voyage.
M: Merci, quelle classe! Après il y a eu la NATURE slovène, les montagnes, les rivières, les cascades.
MOI: Oui et on a même évité Venise qu'on a frôlé, on a vu le panneau mais on n'est pas tombé dedans, il y aurait eu des milliers de gens, infernal.
Tu as raison, la Slovénie C'est beau et calme, une sorte de fin de vie avant l'heure.
M: Tu plaisantes, c'est l'inverse, la pleine forme, le sport de plein air, le meilleur moyen de prolonger la vie au contraire. Et on a enchaîné sur la Croatie et pas n'importe où, les lacs de Ptivice, le parc naturel classé à l'Unesco et ses cascades, beauté.
MOI: Oui c'est là en Croatie que j'ai appris la mort de Le Brun?
M: Le pongiste qui a fait des exploits aux jeux olympiques de Paris? Il s'est pris une balle dans la tête?
MOI: Non Annie Le Brun la surréaliste est morte brutalement en Croatie: j'adore les titres de ses livres, écoute: Ce qui n'a pas de prix-Lâcher tout-Appel d'air-Du trop de réalité-Soudain un bloc d'abîme, Sade- La vitesse de l'ombre.
Pas mal non? J'avais lu sa dernière interview il y a quelques mois et elle disait: "Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise".
M: Un peu comme ce dialogue, on ne sait pas où tu vas mais tu es bien méprisant!
MOI: Mais non, je déteste l'attroupement, ces milliers de personnes venues voir la même chose au même moment. Par exemple ici, une cascade puis une autre; d'une cascade l'autre.
M: Mon plus beau paysage. Des cascades en cascade.
MOI: Pour moi Cascade c'est pas un paysage c'est un personnage de Céline.
M: Céline en Croatie? Il est venu voir ses amis les Oustachis?
MOI: Comme tu y vas...Allez la nuit vient il faut dormir; demain il faut continuer le voyage.
M: Tu ne vas pas me dire que Piran c'était pas magnifique?
MOI: Très beau en effet, très chaud aussi, faire les choses en transpiran(t)...
M: On s'est rafraîchi quand même, on a plongé dans l'Adriatique.
MOI: Et la ville ressemble à la proue d'un bateau.
M: Après j'ai moins aimé, c'était un peu triste.
MOI: Tu veux parler de Trieste?
M: Oui que c'est triste Trieste...
MOI: Tu confonds avec Venise selon Aznavour, mais Trieste c'était quand même quelque chose, cette ville certes un peu austère et bourgeoise, mais monumentale et pour cause. Ecoute bien: Freud y a étudié les testicules des anguilles et c'est la ville de Joyce et de Svevo.
M: Tu parles! Un obsédé, un alcoolique et un fumeur invétéré, quelle santé! Je préfère les hauteurs de Slovénie que ces bas-fonds.
Et avec ton Freud et sa clique de psy ça m'étonne pas maintenant qu'il y ait toujours anguille sous roche!
MOI: Quand je bois un verre de blanc (et c'est chaque jour) je lève mon verre à Jim.
M: Jim?
MOI: Nora, la femme de Joyce l'appelait ainsi tout comme Dominique Rolin surnommait aussi Sollers Jim .
M: Oui mais Nora lorsqu'elle voyait Joyce écrire se demandait pourquoi gaspiller tout ce papier...
MOI: Te rends-tu compte que notre hôtel San Giusto à Trieste se trouvait à côté du quartier où a vécu Joyce?
M: Rien à faire, mais je constate que tu te caches toujours derrière des écrivains. Tu ne mentionnes pas Morand?
MOI: Oui c'est vrai il y est enterré, mais il était trop tard pour le cimetière... fermé la nuit...
M: Un auteur chasse l'autre chez toi.
MOI: Larvatus Prodeo.
M: Tu parles Latin maintenant? Tu fais le malin.
MOI: C'est en hommage à Il Sorpasso.
M: Quoi donc?
MOI: Dans le Fanfaron de Risi, il y a une scène extraordinaire avec des religieux en soutane qui demandent de l'aide pour leur voiture tombée en panne et ils s'expriment en latin.
M: Un film en noir et blanc.
MOI: les couleurs sont à l'intérieur quand on le veut.
M: Quel rapport avec notre voyage?
MOI: ça se passe aussi en Italie, en été et c'est aussi un voyage. Il sorpasso ça veut dire dépassement et en effet il surpasse tous les autres films.
M: Même Pierrot le Fou?
MOI: Disons que j'y vois des rapports: un voyage, l'été, le sud, les voitures italiennes, même le klaxon de la voiture, enfin tout quoi.
M: Et Saint-Tropez!
MOI: Oui dans le Fanfaron il y a une chanson sur Saint-Tropez, comme dans le Gendarme contemporain du film italien. Mais tu vois pas le même humour... l'humour à la française...
M: Désolée mais de Funès pour moi on peut aussi l'appeler de Finesse.
MOI: Pourquoi pas, mais ne me parle pas de finesse dans le dernier blockbuster à la française, "Un p'tit truc en plus"
M: Pourquoi? C'était marrant, généreux, oecuménique, émouvant, ça rapproche les gens. Dix millions de spectateurs! Congratulations oui!
MOI: Coagulation plutôt! Vois-tu, on fait tout un foin de ce film mais le foin je préfère le voir chez Van Gogh ou Monet plutôt que dans les plans de ce...Dis ce sont pas des navets qu'ils cuisinent tous ensemble à la fin?
M: Tu dénigres! Tu te moques! Elitiste.
MOI: Je te taquine.
M: On s'est baigné à Saint-Tropez dernière étape de notre Road-Trip.
MOI: Oui on a d'abord vu le spectacle, la plèbe d'en bas qui regarde la plèbe d'en haut sur le port, puis on a évité la coagulation et on s'est baigné sur une plage à côté de la Madrague de B.B.
M: Tu n'as même pas parlé du plus beau point de vue de ce voyage?
MOI: Oui tu as raison c'était à Arenzano, pas loin de Gênes, la veille de notre retour en France comme par hasard et le jour de ton anniversaire: splendeur italienne avec vue sur la méditerranée, un vrai cadeau, inoubliable.
Sirmione et au loin le lac de GardeVérone
Coagulation devant le buste de Juliette à Vérone
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| Une cascade en Slovénie |
Les montagnes slovènes
Une cascade de Ptivice (Croatie)
Des lacs en cascade (Ptivice)
Piran (Slovénie)
Piran comme un bateau
Une affiche dans Trieste
Trieste
Monumentale Trieste
Saint-Tropez
Arenzano














