lundi 28 novembre 2022

M.E.N, M ET MOI (3)

 M : Bon d'accord, tu m'as fait découvrir Nabe avec l'Âme de Billie Holiday qui est magnifique, mais pour le reste, pardon, qu'est-ce qu'il est vulgaire !

MOI : Tu trouves ?

M : Je suis comme Lucette qui trouvait que Céline écrivait trop souvent merde. Il n'a que des insultes à la bouche.

MOI : Oui mais pas sans raison ; Céline disait que les gros mots, c'était nécessaire. Alors pour Nabe c'est pareil.

 Entre être et étron tu sais...

M : Oh la belle paronymie !

MOI : Scato peut-être mais aussi staccato.

M : Paronyme... et parano ton écrivain ; il pense que personne ne l'aime ; et ce que je ne comprends pas, c'est sa méchanceté avec ses pairs ; c’est lui qui n'aime personne.

MOI : Non, je pense plutôt qu'il aime comme personne.

M : Il a dit qu'il "voulait être le plus vexant des hommes". Il y est arrivé mais ça lui a valu pas mal de déboires.

MOI : Tu penses à Apostrophes ? A Gérard Miller ?

M : Pour Apostrophes, j'étais pas née, mais tu m'as montré. L'autre fois justement quand je t'ai accompagné à la librairie Le Dilettante, j'étais morte de rire quand tu as demandé à son quasi-sosie au nœud de papillon, des renseignements sur Les Porcs 1 ; il t'a regardé fébrilement en reculant, il pensait peut-être ce "neveu de Nabe" que tu étais le "neveu de Georges-Marc Benamou", qui sait ?!

MOI : Oui j'ai vu ça, c'est dommage je voulais vraiment me procurer le volume.

M : Trop tard mon cochon, pourrait te répondre son équipe qui a la dent dure avec ses fans fanés.

MOI : Ce n'est pas mon cas tu sais et je suis hermétique aux insultes. Je ne prends jamais Nabe au premier degré.

M : Eh bien tu as tort, car il a dit qu'il faut "toujours prendre un écrivain au premier degré, c'est là qu'il se cache"...

MOI : Belle citation, je prends.

M : Bien sûr, tu pilles plutôt, comme lui avec sa façon d'arriver après tout le monde sur tous les sujets dans Nabe's News, c'est un peu facile : il lit tout, et tandis que certains ont écrit bien avant lui en prenant des risques (de se tromper), lui ramasse la mise et fait la leçon à tout le monde. Facile !

MOI : C'est qu'il est extrêmement attentif aux textes, comme aux visages. Forcément cela prend du temps, ça demande de la patience... et souviens-toi : "Tout se lit sur les visages. Il faut être attentif et furtif à la foi".

C'est sa méthode.

M : Beaucoup ne peuvent pas le voir en peinture ton écrivain !

MOI : Tu les as vues ses peintures ? Par exemple, les portraits de Django que tu adores. Eh bien toujours le souci du détail, la précision avec les mains de Django. Ça renvoie à son texte NUAGE.

 

M : Et cette façon d’attaquer les personnes, vraiment ad hominem ; ensuite ça lui vaut des soucis, un peu kamikaze ton Nabe, il se fait hara-kiri.

MOI : Une tradition, tu sais que toute conscience veut la mort de l’autre et Nabe n’y déroge pas.

M : Oh mon psychanalyste…La psychanalyse c’est la solution finale de l’art.

M : Tiens, tu le cites beaucoup quand même.

M : Et cette façon violente de montrer les corps, de les déformer. C'est quand même le poids des mots, le choc des photos. On est à Paris Match !

MOI : Pour la violence il est dans la droite ligne de Céline de qui Lucette disait que ses mots étaient si violents, le ton sur lequel il les disait était si agressif que les gens restaient K.-O. Eh bien c'est Nabe.

Tu penses aussi à la photo de sa mère morte dans le dernier numéro de Nabe's News ?

Loin des pleurs, en effet.

M : Oui, blasphème ! Joyce n'aurait jamais photographié ça. Il l'a écrit c'est très différent.

MOI : Tiens on dirait un titre de Bukowski : Shakespeare n'a jamais fait ça.

M : Ah un point commun entre les deux, ils ont fait scandale sur le plateau de l'émission de Pivot.

Pourtant Nabe, encore, n'aime pas Bukowski.

MOI : Peut-être, je ne sais pas, mais ce n’est pas le problème, et quand on dit que Nabe n'aime que lui, il suffit de voir sa galerie de portraits pour être convaincu du contraire...

M : Et quand son père mourra sera-t-il capable d'écrire un poème de ce niveau ?

un des trucs les plus chanceux

qui me soit arrivé

fut d’avoir eu un père

cruel et sadique.

 

après lui

les pires choses que la Destinée

m’a fait endurer

ne m’ont pas semblé si

terribles-

des choses qui pousseraient d’autres

hommes

vers la colère, le désespoir, le dégoût,

la folie, des pensées suicidaires

et

plus encore

n’ont eu qu’un impact mineur

sur moi

du fait de mon

éducation :

après mon père

presque tout le reste m’a paru

correct.

 

je devrais vraiment avoir

de la gratitude pour ce

vieil enfoiré

mort depuis si longtemps

dans la mesure où

il m’a préparé

pour tous les nombreux

enfers

en m’y menant

plus tôt

que prévu

lors de ces années

où on ne peut pas s’échapper.

                      cher vieux papa (Ch. Bukowski)

 

M : Et puis regarde, avec Samuel Paty, aucune empathie. Je travaille au M.E.N (ministère de l’Éducation Nationale), et sa saillie sur son martyr c'est scandaleux. Sa tête sur un plateau !

MOI : C'est le te(x)te qui compte, pas la tête. De toute façon, les images c'est pour les enfants et les grandes personnes qui s'en offusquent sont des enfants (ratés).

M : Critique des images+ enfants ratés : on dirait Zagdanski et Sollers, rien de moins !

Nabe ne les rate pas non plus...

MOI : Ce n’est pas dit, sur Zagdanski, relis son Lucette, il y est sur plusieurs pages, portrait plutôt flatteur.

Zag y fait son zig… Depuis beaucoup d'eau (sale) a coulé, et c'est la guerre entre ces deux Céliniens. Mais là encore un point commun : ils ne croient pas à l'amitié.

M : Tu n'as pas lu la préface à l'Intégrale, Amitié et anarchie ?

MOI : Si, il cite 2 fois Sollers ; on sent de l'affection, et même on n'est pas loin de l'admiration. Sollers est un vieil homme maintenant, mais le jour où il disparaitra il faudra lire le texte qu'il lui consacrera dans Nabe's News.

Et pour en revenir à Zagdanski, lis cet extrait tiré de « Mes moires » : 

 Tactique. Moi qui aime tant les pensives je n'ai rencontré en majorité que des poncives, sempiternellement taraudées par le nerf à vif d'une incessante guerre aigrie qui les épuise. La difficulté consiste à rendre une femme pensive afin qu'elle me séduise à son insu. Pensive et gaie, c'est assez ardu. Beaucoup échouent à l'examen, trop hystériquement rieuses pour être sincèrement gaies, trop foncièrement soucieuses pour être clairement pensives.

A rapprocher de ça : Les femmes n'aiment pas les hommes, elles aiment les enfants qu'elles pourraient avoir des hommes. En leur donnant la maternité, on leur a enlevé tout le reste.

 Ou encore : Si une femme refuse de rencontrer vos parents, c'est que c'est la bonne ! 

M : Des hommes du siècle dernier voilà tout...

MOI : Tu sais que Sollers les appelle « Les frères ennemis » dans Un vrai roman.

M : Et pour en revenir aux images, scabreuses, quelle utilité quand on croit aux mots ?

MOI : Eh bien, comme Céline qui pensait qu'il fallait toujours dire ou écrire ce qu'on pensait, c'était sa Loi, Nabe prolonge et aggrave les choses avec les images. Je le concède c’est son côté potache ou plutôt potlatch.

M : Comment ça ?

MOI : Eh bien, curieuse ou pas, ce qui distingue un écrivain, c’est sa solitude (dans la création) ; cependant il a besoin des autres. Il attend des réponses. Pour moi, les photos se sont des offrandes. Il en fait don à ses rivaux, contraints à leurs tours de donner davantage…Dans une sorte de dialogue.

M : Je n’ai pas l’impression que cela fonctionne.

MOI : Manque d’humour peut-être. Mais pour en revenir à la dialectique entre les mots et les images…

M : Tiens, on dirait Godard et le livre d’image ?

MOI : Son voisin suisse qu’il n’appréciait pas.

M : Ah comme Zagdanski !

MOI : C’est vrai qu’il préfère d’autres voisins, Nabokov, Chaplin.

M : Oui, Chacun mes goûts !

MOI : Allez, rideau !

 

 

 

 


dimanche 27 novembre 2022

MON PERE AVAIT RAISON (II)

 A ses 40 ans: -Quoi de neuf papa?

                        - Tout est vieux, et le général De Gaulle avait raison, la vieillesse est un naufrage.

A 50, 60, 70, 80, même chose.

81 ans à ce jour: -Quoi de neuf papa?

                            -Tout est vieux.

                            -Et De Gaulle?

                            -Quoi?

                            -Que disait-il?

                            -Je ne sais pas.

LITTERALEMENT ET DANS TOUS LES SENS (III)

                                               T'es dans le vague.


 

samedi 26 novembre 2022

EXERCICE DE STYLE

 Plutôt Marcel mort que Musk vivant

Riss ·

Longtemps, je me suis couché de bonne heure, après avoir regardé le journal de 20 heures, où, comme tous les soirs, on me repassait les mêmes histoires de guerres, de meurtres, de grèves, de réchauffement climatique, et je me disais que rien ne vaut un bon lit chaud où se blottir pour oublier cette merde que demain, quand je me lèverai, aussi de bonne heure, je retrouverai, intacte, indestructible, la bêtise humaine, universelle et éternelle, moi qui pensais, il y a encore quelques années, qu’un autre monde était possible et qu’il était encore temps d’agir pour changer les choses, preuve d’un optimisme aussi flatteur que naïf, mais qui me porte tout de même à sauver ce qui peut encore l’être, et pour cela, ça doit bien faire dix lignes que j’écris en essayant de faire une seule phrase, à la manière de Proust, dont on célèbre cette semaine le centenaire de la disparition, exercice un peu idiot puisque lorsque arrivera le centenaire de la mort de Perec je me sentirai obligé d’écrire un texte sans la lettre e, ce qui risque d’être très chiant, et que lorsqu’on célébrera la mort de Céline je devrai pondre un texte avec le mot « juif » à chaque phrase, alors je me dis que rendre hommage à un grand homme est vain, car qu’est-ce que Proust en a à faire, du fond de son cercueil, où il fut couché une fois de plus de bonne heure, un beau jour de 1922, lui qui aura passé sa vie à ne pas en foutre une rame, à part grenouiller chez les bourges et les culs serrés de la haute mais qui, il faut bien l’admettre, aura eu la présence d’esprit de décrire ce petit monde comme un enfant qui observe les cloportes et les mille-pattes cachés sous un gros caillou qu’il vient de soulever, et qu’il a su transformer sa vie de parasite mondain en destinée d’écrivain universel, après avoir compris que l’humanité sous toutes ses formes est digne d’intérêt, même ceux qui vous semblent étrangers, car c’est là la grandeur des écrivains, celle de se projeter avec ses lecteurs vers autrui, vers ce qui n’est pas soi, exercice d’autant plus difficile que la nature humaine incite souvent à l’égoïsme et au nombrilisme, et que sans des plumes inspirées pour nous obliger à être attentifs aux autres, personne ne le serait, et certainement pas le monde numérique, qui ne sait rien faire d’autre que nous renvoyer notre propre image et nous laisser croire que nous sommes des êtres très intéressants, alors que nous sommes la plupart du temps trop banals pour mériter qu’on construise des data centers tournant jour et nuit afin de diffuser nos photos de vacances, surtout celles des plats qu’on a bouffés là-bas, ce qui n’aurait pas manqué d’atterrer Proust, dont on imagine mal qu’il ait pu aujourd’hui avoir un compte Instagram ou TikTok pour nous raconter platement, vulgairement, les observations du petit monde qui était le sien, démontrant par là même qu’il ne suffit pas de disposer d’outils de communication comme Internet, mais qu’il faut, et c’est le plus dur, avoir quelque chose à raconter digne de l’être, ce qui constitue là un critère de sélection bien cruel, car beaucoup ne se rendent pas compte qu’ils n’ont rien à dire d’original qui mérite qu’on passe des câbles sous-marins à travers les océans du monde, comme si, plus on avait de possibilités de communiquer, moins on avait de choses à dire, ce qu’on ne peut pas reprocher à Proust, mais voilà qu’arrive enfin la fin de ce texte, et je me dis que c’est pas trop tôt, car je commence à en avoir ras le bol de vouloir péter plus haut que mon cul en essayant de faire des phrases d’une page comme Proust, car c’est tout de même plus marrant de lui rendre hommage de cette manière plutôt qu’en refourguant toutes les deux lignes des « du côté de chez Trucmuche » et des « à l’ombre des branleuses en fleurs », comme le font à chaque fois les articles qui parlent de lui, voilà, c’est fini, vous pouvez reprendre votre respiration, et aller vous coucher tôt, vous aussi. ●

 

dimanche 13 novembre 2022

HORIZON

" Lucette l'avait bricolé, ce lit, de telle façon qu'il était surélevé [...]. Deux ou trois édredons pour finir et elle était parvenue à trouver la hauteur exacte qui lui permettait, une fois allongée, de voir par sa fenêtre la mer et rien que la mer. La mer, la mer du lit, et c'est tout. Quand elle lisait, elle pouvait jeter un coup d'oeil par sa fenêtre: c'était immanquablement l'horizon grisonnant et liquide de sa chère mémère qui, seul, intercalait sa ligne à celles de son livre."

                                                                                        Extrait de Lucette par M. E. Nabe 

 



 

mercredi 9 novembre 2022

dimanche 6 novembre 2022

A SOI-MÊME

"Mon vieux,

Que te répondre?

Trouille ou pas? Je me suis foutu bien exposé mille fois plus que notre bande de petits noyaux. Vous n'avez même pas eu la patience, la ténacité, le tempérament, le courage, l'humanité d'acquérir une plume catégorique.

Vous labourez dans la confusion, la velléité bavarde. Allons au boulot! Petits crabes au boulot d'abord! Et encore et toujours! Voilà ce qui vous manque, l'obscure..."

Lettre de Céline à Roger Nimier dans le Trésor retrouvé par Jean-Pierre Thibaudat


 

mercredi 2 novembre 2022

A NIGHT IN PARIS

Mes amis, après ce délicieux repas, ce vin divin, je voudrais vous montrer un film, un régal, un bonheur, que je viens de voir; voici les arguments pour vous convaincre:

1. C'est avec un écrivain SULFUREUX, ça nous empêchera de végéter sur le canapé.

2. C'est assez court, moins d'une heure.

3. C'est en couleur (pour M.)

4. ça danse (pour S.)

5. C'est plein de musique (pour M.)

6. C'est sur l'Italie au 20ème siècle, sur l'Adriatique, sur Mussolini! (pour F. prof d'H-G)

7. C'est sur Dino Risi (pour moi)

8. C'est filmé par la superbe femme de l'écrivain M.E. Nabe (pour F and me to...)

 

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