Un 03 décembre, naissance de JLG
Le magazine du Monde, samedi 03 décembre
"Ecrire c'est recoller les morceaux, me composer une identité. Je suis comme le narrateur de Paris-Brest".
Tanguy Viel sur son roman Paris-Brest
Aujourd'hui, le 03 décembre, il pense à son grand-père mort il y a tout juste 39 ans; jeune homme alors, il se souvient du choc ressenti; son père apprend l'imminence de l'échéance, et décide en quelques minutes de quitter Paris avec sa famille; il faut arriver avant, pouvoir lui parler, leur dit son père; un grand-père taiseux pourtant et un père pareil.
600 Km à fond la caisse dans la 504 bordeaux, vers ce bout de la France, le Finistère.
Un passage rapide dans l'appartement des grands-parents puis à nouveau un départ sur les chapeaux de roue vers l'hôpital.
Puis c'est fini, le corps est rapatrié au domicile et c'est maintenant le défilé dans la chambre mortuaire; les cris, les pleurs, les spasmes de ses cousines devant le corps du patriarche envahissent la maison. Il s'enferme alors dans la salle de bains, et face au miroir scrute son visage, et le reste de son corps de jeune homme vivant.
Plus tard, il pensera à une scène d'un film de Woody Allen qui relate la même situation.
C'est ce moment qui coupe l'histoire de son père en deux; naissance de l'homme de la peine pense-t-il, car une fois ce père parti, il sera la plupart du temps amer; une vie où ce marin naviguera d'hôpitaux en maisons de repos mais sans jamais le trouver.