M: Où veux-tu reprendre?
MOI: Comme tu veux, avec Godard et Sollers les 2 grands morts de ces derniers temps que l'on évoquait l'autre fois à propos de l'opus 32 de Nabe's News?
M: Incroyable non? du n°32 au n°33, de vie à trépas.
MOI: n° 33 ou l'Âge du Christ! C'est aussi la mort du père, troisième grand mort de l'année à 99 ans!!! (3X 33).
M: Tu as lu le texte de Nabe lors de la cérémonie mortuaire? et tu as vu la photo du cercueil?
MOI: Oui ça m'a fait penser au cercueil de mon père et à sa chambre mortuaire. Il est mort 3 mois après le père de Nabe.
M: Mais tu n'as rien lu toi devant le cercueil de ton père.
MOI: Non, mais j'ai écrit sur son cercueil car j'avais en tête un des slogans des situationnistes: "écrivez partout".
M: "Des phrases tristes, pleines de pathos"?
MOI: Non pas du tout, c'était sobre: "toi mon père qui est aux cieux que ton nom soit sanctifié."
M: Grandiloquent...
MOI: Tu sais comment je l'appelais mon père?
M: L'homme de l'Ouest?
MOI: Non, l'homme de la peine, hélas pas assez à l'ouest ce breton toujours trop préoccupé pour... rien. C'est en référence à l'Homme de la plaine, un western d'A. Mann avec James Stewart.
M: C'est triste non?
Moi: Mon père aimait les westerns mais je ne sais pas s'il connaissait celui-là. Il aurait pu dire: L'enfer c'est là où je me trouve.
M: Oh l'anti-Voltaire! Mais tu exagères quand même et la phrase exacte de J. Stewart c'est: "J'ai l'impression d'appartenir à l'endroit où je me trouve".
Moi: Oui c'est tout à fait lui qui de fait n'était de nulle part, donc de partout. Des endroits où il a vécu, on pourrait dire: d'un ennui l'autre.
M: Et de l'ennui à la nuit...
MOI: Mon père, taciturne, a terminé sa vie dans une urne mise dans une valise, laquelle pour voyager en train a été étiquetée avec cette phrase: Ne m'oubliez-pas!
M: Ton père si je me souviens bien était rentré en France après 15 ans à l'étranger avec comme seul et unique bagage une valise et c'est tout. Il faudrait que tu éclaires ça quand même sinon ce sera l'oubli.
Moi: Tout le contraire de "la joie de vivre" du père de Nabe! Mais on ne choisit pas ses parents.
M: Oui mais tu m'as assez dit qu'on ne peut vivre qu'en s'en séparant...
MOI: Tu as lu le portrait qu'il fait de son père dans son premier livre, reproduit dans ce numéro?
M: Non
Moi: Tu te souviens que tu avais été choquée par la photo de sa mère morte, et tu avais alors cité un livre de Bukowski: Shakespeare n'a jamais fait ça.
M: Oh oui.
Moi: Alors lis Tempête sous une moumoute.
M: Un régal?
Moi: Dans le régal oui, magnifique portrait, humour-amour...
M:Ah non, j'ai lu par contre le texte qu'il a écrit et lu devant son cercueil: il récuse ce lien.
Il est comme Céline dans son interview à Pauwels: "en avant pour l'amour avec toute sa vulgarité".
Moi: Il est pudique c'est tout... Sollers l'admirable a lui même dit, pas d'amour sans humour.
M: L'amour cet absolu mis à la portée des caniches!
Moi: Oh tu sais je viens de lire un texte splendide de Malaparte, la peau, où il exprime l'amour qu'il a pour son chien."Sa
seule présence, m'aidait à retrouver ce
mépris des hommes qui est la première condition de la sérénité et de la
sagesse dans la vie humaine".
M: L'amour des chiens, comme Houellebecq, cet autre ennemi de Nabe.
Moi: Je trouve marrant sa façon de vouloir se comparer à Houellebecq tout le temps; il y a eu le vingt-septième livre et puis il revient sans cesse à la charge.
M: Complexe?
Moi: Sollers lui a réglé son compte à Houellebecq il y a 25 ans dans l'année du Tigre. Tu te souviens? "Roman naturaliste du manque d'histoire et de la misère sexuelle...On dirait que leur féminisation est en cours et qu'ils n'en éprouvent aucun plaisir (c'est le moins qu'on puisse dire)...Naturalisme, réalisme, populisme... Souffrance, impuissance, délaissement, psychose, suicide, désespoir, désir d'en finir". Tout un programme n'est-ce pas?
M: Ah! cette question de l'amour, tu as lu l'interview de Brigitte Fontaine dans le journal suisse Le Temps?
Moi: Que dit-elle?
M: Le journaliste lui dit que dans Fatrasie son dernier recueil, elle parle d'amour, mais elle récuse cela, elle dit qu'elle voulait faire rire: humour comme Nabe!
Moi: Fontaine? Nabe ne boit pas de cette eau là tu sais! Pas de rock, du Jazz!
M: C'est un peu comme Lacan qui parle d'amur plutôt que d'amour: l'amour tel qu'on le pense va droit dans le mur!
Moi: Lacan, Fontaine, Nabe, Céline, Malaparte: de grands pudiques.
M: Pudique Nabe? T'as vu Patience 4, son magazine porno? Franchement 120 balles pour voir des trous de balles!
Moi: En parlant de pudeur, de vulgarité, je ne résiste pas à ce passage, écoute: "Moi, si j'amuse une femme, c'est très intéressé: chaque fois qu'une femme rit, je pense dégueulassement au fond de sa culotte, car je sais d'expérience que les secousses du rire chez une femme relâchent l'anus, les nouilles et entrouvrent très légèrement les plèvres".
M: Vieux dégueulasse.
Moi: ça veut dire quoi dégueulasse chérie?
M: Un porc!
Moi: Un éloge plutôt! Les femmes: Porcs frais de ses pensées!
T'as aimé le film "Godard son dernier Rolle"?
M: Du Godard dans le texte, un hommage donc.
Moi: Oui d'une certaine façon, il n'arrive pas à en dire du mal.
M: Ah oui, à l'inverse de son frère ennemi, Zag qui l'a massacré dans un livre il y a quelques années.
Moi: L'un aime le cinéma (le vrai), l'autre pas.
M: La mort de Godard ce n'est pas rien; Nabe le salue et Zag aussi sur sa chaine Youtube.
Moi: Oui et pour Sollers hommage également sur sa chaine youtube, par contre rien dans Nabe's News.
Quel oxymore quand on y pense : Sollers est mort!
M: Tout de même, Nabe raconte la seule fois où il a rencontré Godard, et il était avec... Sollers! Dans le café l'Espérance: ça ne s'invente pas.
Moi: Et il se demande où est sa place.
M: C'est étrange non, il semble se minimiser, au milieu de 2 monstres sacrés...
Moi: Attendons l'Opus 34 pour voir ce qu'il dira de Sollers.
M: Tout de même mort de Sollers le 06 mai, sortie du n°33 le 12 juin, et rien!!!
Moi: ça se travaille; Patience...