dimanche 31 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XXV)

 Au coeur de l'aliénation, il faut qu'il arrive à parler.

Il entre dans un magasin, avance péniblement car tous les regards sont posés sur lui, les belles vendeuses bien sûr mais aussi les écrans de télévisions constamment branchés sur les chaines à clip. Il est un peu endolori, s'approche un peu plus près et le tee-shirt Nike collé sur la poitrine de la jeune fille finit de l'intimider. Il voudrait partir mais une force d'attraction le cloue au parquet ciré du magasin. Il ne peut faire autrement que de demander une chemise, un pantalon. Il les essaie dans une petite cabine, il y fait très chaud. Il se voit, ne s'aime pas, puis un peu, cette variation de sentiments dans la même seconde.

Il décide dans un accès de bonheur de prendre les deux pièces. Le sourire de la vendeuse le satisfait oh si seulement elle voulait prendre un verre avec lui. Il attend l'autorisation bancaire de sa carte Visa, ses doigts pianotent sur le comptoir en bois, il se retourne constamment, regarde les images sur les écrans, essaye de surprendre un regard quand la petite musique émise par la machine signale le départ imminent du magasin. Il regarde plus profondément la vendeuse, essaye de décrocher un regard personnel, une attention particulière, mais non; elle sourit tout de même et il s'en va content, hésitant à tourner à gauche ou à droite.

Ce sera à gauche. Il longe les vitrines plus ou moins honteux d'avoir succombé à la mode, les escaliers roulants se présentent et il se retrouve au niveau supérieur, celui de la restauration.

Là il ne sait que choisir n'ayant ni faim ni soif. Il tourne en rond en passant plusieurs fois devant les mêmes buffets. Ayant peur de se faire remarquer, il choisit une boisson et s'assied sur une esplanade au milieu d'autres comme lui.

Rien n'est cherché, rien n'est trouvé. C'est de cet endroit qu'il écrit, au coeur de l'aliénation, il faut qu'il le dise.

vendredi 29 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XXIV)

Petite beauté maintenant rentrée tout là-haut

quand moi ici-vas, le coeur retourné

la vie sens dessus-dessous

il me faut repartir de zéro

mais d'abord mettre à plat

les journées et nos soirs.

Oublier ma lâcheté (stupide peur d'être vu)

le baiser empêché

ET GARDER TOUT LE RESTE

Ta fraicheur, ton odeur

tes cheveux mouillés, ton parfum sucré

ton regard fin de journée

et tes yeux fatigués

même tes onomatopées

tes HI HI HI

     OK OK

    TU PENSES

qui résonnent et qui sonnent à huit heures

                                               à midi, à minuit

et mes mots: ma chérie

                      mon amour

et tes gestes dans l'amour et ton souffle

et tes pas et tes pieds

de randonneuse

et ta façon de te donner

ta peau de lait

et tes mollets

qui battaient à mesure

que le plaisir venait.

jeudi 28 mars 2024

PAS MIEUX (13)

"Entre cent chemins, tu cherches celui qui mène à l'océan".

                   Marc Pautrel, carnets

mercredi 27 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XXIII)

J'ai l'impression que le poème méchant

est plus juste 

que le gentil

MAIS ce qu'il faut retenir c'est que pour être juste

je me dois aussi d'écrire des choses

belles sur elle

et sincères.

SES PUTAINS MEURTRIERES (XXII)

                                                         Poème plus gentil

C'est une femme

libre

et ça c'est dur

de se l'avouer

elle est tout le temps en retard

pour tout très occupée

parce qu'en fait elle a de l'avance sur les autres

et sur moi-même?

c'est compliqué

ce qui fait la différence

et elle le sait

c'est justement qu'elle sait.

SES PUTAINS MEUTRIERES (XXI)

                                                 Poème méchant

Elle a tout fait

dans la vie

tout fait à fond

les voyages

12 heures sans s'arrêter

La fête à Tel-Aviv

la nuit à danser

même sur un tabouret

les garçons

si un me plaît, j'y vais

et les études

je veux 20 sur 20

la tête collée sur le cahier

à 8 heures, à midi à minuit

je fais tout à fond 

c'est ma devise

mes poèmes à fond abstraits

(ça vient des cavernes ou alors de la lune)

mes dessins à fond concrets

(j'ai un fils je dessine pour lui qui a 3 ans)

j'étudie mon couple

au fond je sais bien que les choses passent


Je médite pleinement cette phrase: ce qui doit être aboli continue et notre usure continue avec. On nous abîme on nous sépare.

les années passent et nous n'avons rien changé.


Mais je suis raisonnable à fond

C'est terrible au fond

mardi 26 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XX)

10 ans à peu de choses près

sans pouvoir à chaque fois se supporter plus de

10 minutes

jamais de vraies conversations

toujours des à peu près


pas une seule chanson 

écoutée côte à côte

mais le temps

écoulé

pour nous séparer

dimanche 24 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XIX)

Je me sens comme une feuille baladée par le vent

mais si la feuille est libre, si le vent qui la pousse la rend libre

moi, je me sens prisonnier

mon maître métier n'a ni queue ni tête

je porte plusieurs casquettes

je regarde autour de moi et toute mon impuissance

m'enveloppe

réagir! mais comment?

la feuille est libre, c'est sa nature, elle tombe et voyage

je regarde autour de moi, il n'y a rien, rien de contraignant

non plus

j'ai une fonction de professeur; non je suis professeur

c'est mon identité, ma nature

c'est devenu ma nature

on n'échappe pas à soi


samedi 23 mars 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXIII)

Voyez-vous tous ces humains
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront...

 Car si la Terre est ronde
Et qu'ils s'agrippent
Au-delà, c'est le vide

 

vendredi 22 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XVIII)

Il marche vers

sachant qu'il va commettre

ce que des dizaines de fois

il s'était juré d'arrêter


Quand c'est comme ça

la déambulation est tout à

la fois

la lutte contre et la préparation à


Il marche donc

devant lui de l'ocre et du vert

belle chevelure tombante

sur une toute petite pièce de tissu

 

c'est l'été!

 

Il pense à la peinture

mais hélas, rien de précis

il sait pourtant que c'est comme ça

qu'il peut s'en sortir

 

mais aujourd'hui il va vers...


dimanche 17 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XVII)

                                                   FAUX PAS

J'entends le pas de la pute

faut pas! dit une voix

j'imagine les bas de la pute

mon coeur bat

pas de pute, pas de pute dit une voix

je vois l'appât qu'est la pute

j'y vais c'est la dernière fois...

vendredi 15 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XVI)

Des dizaines de filles croisées

la figure à peine regardée

c'est le cul qui attire d'emblée

j'en suis une, je fonce

droit devant

le fondement

est le fond de mon problème

mardi 12 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XV)

                         Société je m'en vais

Toujours en quatre

                en cartes

                épinglé, cinglé

                démentir-affirmer

                souffrir-se taire

                avaler la peur

                 pleurer-répondre

                 tac au tac -loto

                 boulot-dodo

                  se doter d'un capital

                  culture-kultur!

                   CUT

                   quitter (sniff sniff)

                    centrer (but ah ah!)

                    aligner (tatatatatata)

                    ajuster (pan)

                    POLICE-DEPLACER-EFFACER-COUPER-FICHIERS-ENREGISTRER-QUITTER (OUF)

                     Dégager, glisser.

dimanche 10 mars 2024

LIRE C'EST VIVRE


                    Avec mon meilleur souvenir, Françoise Sagan

samedi 9 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XIV)

Elle a vécu l'enfer

maintenant c'est le paradis

elle veut l'écrire

mais que de bondieuseries!

mercredi 6 mars 2024

LGS (LE GRAND SOLLERS)

"On ne publie jamais le dernier livre d'un écrivain disparu, mais seulement le premier de ses livres posthumes, et aussi le premier de tous ses livres à relire".

                   Marc Pautrel (carnets, en date du 03/03/24)

SES PUTAINS MEURTRIERES (XIII)

Réveil douche petit déjeuner escalier bus

transport

lente et douce immersion dans le monde du travail

visages ternes

regards empêchés

dos du monsieur cartable du gamin qui accroche

là une place: assoupissement.

Buée sur la vitre

glace-miroir-regard

main essuie-glace

apparition de formes

flottantes je frotte mes yeux

où suis-je?

Vraiment?

Transporté je connais la destination

éternel chemin

trajet tragique

lundi 4 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XII)

Je laisse tout trainer (habits, courrier...)

Ce sont des bouées (des cailloux si vous voulez...)

Quand je me reprends

J'ouvre les yeux et j'ai du travail

J'essaie de rattraper le temps

Perdu

Les lettres je les ouvre

Les habits je les ramasse

Objets isolés sur lesquels je m'appuie

Pour reprendre vie

Entre temps qu'ai-je fait?

dimanche 3 mars 2024

MAINTENANT (III)

"L'art de vivre ressemble plutôt à une lutte qu'à la danse en ce qu'il faut toujours se tenir en garde et d'aplomb contre les coups qui fondent sur vous à l'improviste."

                                                                        Marc Aurèle, Pensées, livre VII

samedi 2 mars 2024

SES PUTAINS MEURTRIERES (XI)

Poète qui fait rimer

les mots

à tout bout de champ

comme si la vie

rimait

naturellement

et toi! poète!

ta vie à quoi rime-t-elle?