dimanche 28 avril 2024

COUPLE (VII)

"Le chef-d'oeuvre français de cette époque restera, sans aucun doute, la série télévisée Un gars, une fille, Jean et Alex. Pas un homme, un gars, un brave gars, quoi, naïf, rusé, sans cesse brimé par une fille (pas une femme) qui n'arrête pas de parler au téléphone avec sa mère ou sa copine, se plaint de tout, sourit à s'en décrocher la mâchoire, embête son mec dans la salle de bains ou la cuisine moderne, pendant qu'il se demande, nigaud inspiré, comment il a pu se fourrer dans cette situation sans issue, sauf une, qui est là, au bout des achats, lancinante: un enfant et, pourquoi pas, un jour, trois enfants. Le plus drôle, c'est quand ils se précipitent, après cent remarques acerbes et un violent mépris réciproque, pour faire l'amour. Ils disparaissent sous un drap, sont atrocement normaux, ils roucoulent. C'est l'apothéose du couple universel classe moyenne, tous les clichés de la consommation incessante sont là, on ne s'en lasse pas. Aura-t-elle enfin son enfant dans cette agitation d'enfer avec pauses touristiques? C'est fatal. Tout est fermé, enfermé, cuisine, living, canapé, bureau, jamais de profondeur de champ, jamais de gratuité heureuse. Difficile d'être plus inspiré dans la vulgarité réaliste (la série, bien entendu, est réalisée par des femmes). Être ensemble! Jamais seuls! Tempêtes dans un verre d'eau! Loulou! Chouchou!"

                              L'éclaircie, Philippe Sollers

samedi 27 avril 2024

LETTRE/L'ÊTRE

"Il n'est plus qu'un corps de lettres et de phrases toutes orientées vers leur seul plaisir. On ne peut rien opposer à quelqu'un qui lit, c'est l'ultime liberté, le privilège de pouvoir ne pas être dérangé".

                                                                 Marc Pautrel, L'Île au trésor

mercredi 24 avril 2024

LGS (V): Sollers est là

Avril 2024, séjour à Ars-en-Ré, j’ai emporté avec moi la Deuxième Vie mais aussi l’Eclaircie, que je veux lire, (ré)lire plutôt, magnifique roman avec deux voyageurs du temps (Picasso et Manet) , deux femmes (Anne et Lucie) et un cèdre.
Quant à la Deuxième Vie, c’est du Pur Sollers, encore "plus resserré, encore plus audacieux" :
"Malheur à celui qui n’a pas célébré sa vie de son vivant".

 


Je suis devant la tombe de Sollers et cette inscription : La rose de la raison dans la croix du présent. La tombe est à l’ombre d’un grand cèdre et je pense alors à une formule de son ami Lacan," Ne cédez pas sur votre désir", que je transforme en ne "cèdre" pas sur ton désir.

Le lieu est désert ce jour-là, il fait beau. j’ose y déposer le roman que je lis juste à côté de fleurs, des Iris me semble-t-il ( "Lumineux regard qui prolonge la pensée dans les combats du corps, ultime signe du sacré : "Je pars ;" L’iris marron s’assombrit, presque "outrenoir" (Julia Kristeva dans la postface à la Deuxième Vie).

Le cimetière est bien désert mais je cherche car il est écrit dans son ultime roman cette phrase "Une autre fois, c’est bien lui qui allume une cigarette en plein soleil, au bord de la tombe dont il vient de sortir, pendant qu’une touriste lui demande s’il est le jardinier du cimetière".

A quelques pas du cimetière se trouve l’église d’Ars avec sa flèche bicolore. Le noir et le blanc.

 


Le soleil noir (derniers mots du roman), "le blanc terminal". "Le trois est noir, le huit est blanc". "Vers huit heures, le blanc du réveil".

Je quitte Ré le jour du meurtre d’un menuisier de l’île par un autre habitant. Dans la Deuxième Vie, je lis : "Il est difficile de percevoir la colossale innocence des habitants terrestres. Ils n’ont rien à faire là, ils ne sont que les produits de séries de malentendus entre les hommes et les femmes, et, quels que soient leurs délits, même criminels, un voile d’innocence les enveloppe de la naissance à la mort".


De retour chez moi je découvre la toute nouvelle revue dirigée par Y Haenel, Aventures, dans laquelle un inédit de Frédéric Berthet (édité par Sollers son ami) est proposé : "Kafka, histoire d’un corps". Ce texte fait écho, (ré)sonne avec toute l’oeuvre sollersienne, cette phrase en particulier : "Kafka écrit quelque part qu’il n’a cessé toute sa vie de se promener, d’aller et revenir entre quelque chose qui serait une solitude totale et une vie en commun, qu’il n’a jamais été repérable ni dans l’une ni dans l’autre, qu’il a toujours vécu cette frontière entre la solitude et la vie en commun. Cette frontière prend de toutes les manières la forme d’une feuille de papier [...].

Marc Pautrel dans un recueil d’hommage à Sollers lui a écrit "Le vrai corps est un texte".


 

 

jeudi 18 avril 2024

TU N'IRAS PLUS

Je n'irai plus

rue Alsace-Lorraine

où des enseignes 

de chaque côté

rejouent la guerre

tu as tranché

je n'irai plus

dans cette rue

remplie de femmes

à dépenser du flouze

oh Toulouse!

économie infâme

je n'irai plus

rue Alsace-Lorraine

le samedi

ça m'dit pas!



lundi 15 avril 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXIV)

La pluie et la roséeToutes ces chosesGuidées par une étoileGuidées par une étoilePremière à éclairer la nuit
VénusVénusVénusVénusVénus

samedi 13 avril 2024

DESTIN

La vieillesse des hommes

ressemble à leur enfance.

Sans exception.

                 Joseph Joubert, (Carnets)

lundi 8 avril 2024

samedi 6 avril 2024

JUSQU'AU SOMBRE PLAISIR D'UN COEUR MELANCOLIQUE

 Déjà bien avancé


Au bout du compte, le sentiment aimablement mélancolique qui consiste, en semaine, à se promener dans une station balnéaire déserte quand septembre est déjà bien avancé est la chose que nous aurons la plus aimé au monde. Les fantômes des baigneuses sont encore là, il nous semble même dans le silence de l'après-midi, sous le ciel variable, alors que la marée descend, les entendre rire.

Il n'est jamais trop tard dans la saison.

                   J. Leroy (Et des dizaines d'étés dorés)

mercredi 3 avril 2024

LES QUATRE SAISONS

 

 

Lundi 29 novembre


Il y a du bleu et du rose ce matin

et il y a ma joie d'enfant

ou de vieil homme

après des jours de gris et de pluie


je ne suis ni l'un ni l'autre pourtant

mais le beau temps est ma dernière 

espérance politique

et  le bleu et le rose mon meilleur 

anxiolytique

 

janvier 

 

 Il n'y a de ciel que bleu

 

le mimosa explose en silence

duveteux

près du livre fermé

 

jaune sur gris

blason du dimanche

 

jaune sur gris

blason de janvier

 

shampoing schlosser

 

quand nous nous souvenons

des amours d'autrefois

souvent cela ressemble

à un tableau de schlosser

il ne manque même pas

le parfum du shampoing

dans les cheveux d'agnès

avant de sortir le soir

enlacés au hasard

dans la ville printanière

 

orage d'été

 

nous aurons aimé tous nos étés

même les orageux

même les dangereux

nous aurons aimé tous nos étés

l'odeur des orages

et des filles après la pluie

nous aurons aimé tous nos étés

même les oubliés

mardi 2 avril 2024

WOMEN (III)

" J'ai toujours été protégé par des femmes, des fausses femmes, j'ai leurs mains sur moi, je peux dormir tranquille. Elles sont plus vivantes depuis ma première mort, ce qui illumine ma Deuxième Vie."

                                               La Deuxième Vie (Philippe Sollers)

lundi 1 avril 2024

LGS (II)

"Encore mort, déjà vivant".

                     Saint-Just