vendredi 20 septembre 2024

L'EFFET JACCARD, L'EFFET SOLLERS

Le 20 septembre 2021 Roland Jaccard est parti, il s'est fait la malle, il en avait marre. Dans son dernier recueil "On ne se remet jamais d'une enfance heureuse", un des textes s'intitule Le suicide? Après l'été...

Et effectivement le 20 septembre marque la fin de l'été; Roland Jaccard a donc tenu parole comme le dit très bien son ami Jérôme Leroy https://feusurlequartiergeneral.blogspot.com/search/label/Roland%20Jaccard.

Je ne le connaissais pas personnellement, j'avais été convié après quelques échanges épistolaires à sa cantine (chez Yushi, un restaurant japonais parisien) il y a quelques années, mais loin de la capitale je n'avais pas pu m'y rendre.

Regret.

En mai 2021 je lui avais envoyé ce petit texte (ci-dessous), et il m'avait répondu , bien à sa manière: :" très touché par votre texte... ainsi j'aurais réussi quelque chose, quelle honte mais aussi quelle satisfaction... Chaleureusement"


L’effet Jaccard, l’effet Sollers

 

Comment peux-tu admirer à la fois Sollers et Jaccard me demande M. pour qui ces deux écrivains se situent aux Antipodes ?

Comment peux-tu rapprocher le premier pour qui lorsqu’on lui parle de cinéma répond : « Hitchcock suffit », du second, pur Mac-Mahonien, qui a passé sa vie au cinéma ? Comment peux-tu assembler un homme qui n’aime que les très jeunes filles, la dernière ayant 50 ans de moins que lui, avec un homme qui s'est toujours revendiqué adultophile !?

Comment peux-tu passer d'Agent Secret à la couleur nietzschéenne, au Monde d'avant, d'un disciple de Schopenhauer ?

Comment peux-tu concilier celui qui se réclame de Sade : "le passé m'indiffère, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir" et celui qui préfère B. Constant : "Ce que j'ai souffert n'est plus, ce que je souffrirai n'est pas, et je m'inquiète, je me crève pour ces deux néants-là".

Et comment peux-tu te réclamer à la fois de celui qui dit " Pensez tout ce que vous voulez mais la joie avant tout", et de celui qui confesse que, "si je cessais de me plaindre, j’abandonnerais aussitôt ce journal ? »

Dans ce journal, 835 pages pour un peu moins de 5 ans (sur les pas d'Amiel), Roland Jaccard y consigne « ses lectures, ses sensations, ses envies, ses dégoûts, ses minuits et ses aurores ».

On y croise tout un Monde, et d'abord ses confrères du journal vespéral (F. Bott, Roger Pol Droit, B.Poirot -Delpech, M.Contat et aussi une certaine J. Savigneau).

 Chaque jour, reviennent les mêmes noms, si bien que ces personnes publiques se transforment au fil des pages en personnages.

Journal de l'amitié (Matzneff, Bott, Comte-Sponville), journal de l'admiration (Cioran, Amiel, Zweig, Wilde), mais surtout Journal amoureux où L. (pour Linda Lê) est présente à chaque page, L. dont Nabokov dit que c'est une des lettres de l’alphabet les plus limpides et les plus lumineuses.

On suit un couple au quotidien qui partage les grands films de l’histoire du cinéma, ainsi que les lectures, comme chez Truffaut, mieux que chez Truffaut, quand Jaccard lit au lit avec L. des pages de romans (chez Truffaut le couple lit chacun de son côté des livres qui n’ont aucun rapport) ; par exemple quand l'auteur des Femmes disparaissent découvre avec L. Femmes de Sollers. 

Chaque jour 30 pages lues avec délectation (plus tard pourtant Jaccard dira qu'il déteste ce roman).

L. pour ce grand cinéphile, c'est son aile du Désir.

 Citations, aphorismes, réflexions, anecdotes rythment ce journal. Réflexions sur ce que doit être un journal aussi : "Toi et personne d'autre : ton Toi sacré." (On dirait Gombrowicz avec lundi : moi, mardi : moi, mercredi : moi).

« Tout est inutile, mais le journal intime est peut-être un peu plus inutile que tout le reste. C'est ce qui lui donne son prix ».

« Le journal intime c'est la liberté ». 

 Et mon aphorisme préféré : « Mon journal intime ? Une bulle de savon avec une goutte de sang à l'intérieur ».

 Jaccard au bord de la piscine Deligny mais aussi au bord de l'abîme...

 

Dans ce journal que je pourrais baptiser « Mémoires, un vrai roman » (titre de Sollers), et que je lis comme tel si bien que je ralentis ma lecture vers la fin pour ne pas finir trop vite, Jaccard dit encore ceci : ce journal c'est chaque matin « trois minutes pour se dégourdir la plume, trois minutes pour contempler le tourbillon sans fin des apparences vaines. Trois minutes pour se souvenir de l'effet Proust dans la première scène de Faust, où l'érudit écrasé par le poids de sa tâche, déprimé et épuisé, éprouve la tentation du suicide. Mais alors qu'il porte le poison à ses lèvres, les cloches de Pâques commencent à retentir, ramenant un flot de souvenirs d'enfance : l'effet Proust. 

Perdre l'effet Proust, c'est perdre ce qu'il y a de plus précieux dans l'existence ».

 

Je ne perds pas une miette de ce journal, de ce roman de la vie, Le Monde d’avant (journal 1983-1988) agit chez moi comme un contre-poison.

 

COMICS retournés, Gabriela Manzoni (Editions Séguier)

 

 

samedi 14 septembre 2024

lundi 9 septembre 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXX)

Quand les jours meilleurs se font attendre

PERE SONNE

Il multipliait les noms, elle lui faisait remarquer; un nom puis un autre, encore un autre, mais pourquoi donc tant de noms? Son nom est personne? 

Le nom de son père sonne, il fait trop de bruit, il est inaudible, il est trop lourd alors il le recouvre de noms toujours plus de noms.

Attention comme un train peut en cacher un autre, un nom peut aussi le faire, alors danger... 



mercredi 21 août 2024

M ET MOI (V) OU VENISE ATTENDRA

M: Mais il est à sec ton blog, quatre posts en un mois, record! Tu n'as plus d'idées?

MOI: Que veux-tu, c'est l'été, c'est l'étiage; tu t'en plaindrais presque toi qui n'a de cesse de critiquer ce que je fais.

M: Il faut dire que tu ne te foules pas. C'est un peu je pompe donc je suis ton blog et là on dirait que la pompe ne pompe plus...

MOI: Et alors tu voudrais de l'originalité, des petites pensées?

M: Ben oui, penser par toi-même, comme tout le monde!

MOI: Comme tout le monde... Mais sur quoi? Notre petit tour en Italie, Slovénie, Croatie en van?

M: Et voilà tu vannes... mais sois créatif au lieu de citer ou de recopier. Regarde ce dont je suis capable avec mes photos et petites vidéos; et ceci en quelques minutes; et sans me vanter je crois que ça fait son petit effet.

MOI: En effet, c'est joli je ne dis pas le contraire.

M: Tu dénigres.

MOI: Non mais tout est déjà donné avec l'image. Elle se suffit à elle même et une succession d'images n'est pas un montage.

M: C'est pas mon souci.

MOI: C'est l'articulation entre les images qui est le montage.

M: Tout de suite les grands mots.

MOI: Cependant avec une succession de belles images, tu obtiens de très jolies choses.

M: Et c'est suffisant.

MOI: Question de point de vue. ça me fait penser à Hemingway.

M: Encore tes écrivains, quel rapport?

MOI: Eh bien quelque part il dit ceci: Tout ce que l'on peut atteindre finalement dans la vie, c'est un point de vue. 

M: Et alors?

MOI: Avec les images pas de point de vue.

M: Mais si regarde mes photos elles sont toutes faites à partir d'un point de vue.

MOI: Pas sûr.

M: Mais si je décide du cadre.

MOI: Certes mais mon opinion c'est qu'une enfilade de paysages (plus beaux les uns que les autres) c'est un peu comme enfiler des perles... Tu obtiens un beau collier et tu en mets plein la vue.

M: Tu dénigres! C'est toi avec les mots qui fais l'expert.

MOI: Mais regarde tous ces blogs de voyages avec des paysages à couper le souffle, et bien moi ça me coupe l'inspiration. 

Elles sont toutes interchangeables ces photos.

M: Mais pense donc par toi-même nom de Dieu, tu as toujours besoin de ramener tes auteurs! Aujourd'hui Hemingway!

MOI: C'est que j'attends avec impatience le livre de G.de  Cortanze, sur les derniers jours d'Hemingwayil avait déjà écrit une grande biographie sur Sollers.

M: Ah encore celui-là, je croyais qu'il était mort?

MOI: Mort mais vivant.

M: Beurk un mort-vivant.

MOI: Non, un Vivant de Nom...

M:Très drôle; mais pourquoi voir les choses à travers d'autres yeux?

MOI: C'est pas les yeux c'est les mots que je fais miens, c'est différent. Je dirais que c'est un peu un filtre qui me permet de mieux voir . Exemple, si un jour je vais à Venise, avant de lire le Lonely Planet, je lirai Au-delà de fleuve et sous les arbres qui se passe à Venise.

M: Tiens là justement devant toi en pleine nature slovène, il y a des arbres, une rivière.

MOI: Le titre du livre est celui-ci: Il ne rêvait plus que de paysages et de lions au bord de la mer.

M: Tu vois les paysages... Faut vivre le moment présent, l'instant. Ta fille fait de l'accrobranche, elle prend des risques c'est concret; elle vient de faire six fois le parcours et toi tu restes pépère dans ta zone de confort, aucune prise de risque, des certitudes. Tout est écrit.

MOI: Oui tu l'as dit c'est écrit. Mais tu sais, faire comme tout le monde c'est pas une vie. Comment tu peux expliquer qu'avec des yeux différents tu obtiennes toujours la même chose (les mêmes images, les mêmes films).

M: Mais dis-moi Vérone c'était quand même quelque chose, se dégageait de la ville un certain magnétisme non?

MOI: La meilleure glace de l'été.

M: Autre chose quand même.

MOI: Le magnétisme? J'appelle ça plutôt la coagulation,  l'attroupement. Tu as vu la foule devant le balcon de Juliette... Tiens on n'a pas rapporté de "magnets" c'est-à-dire d'aimants à mettre sur le frigo, quelle erreur!

M: Tu blagues?

MOI: Non, cela aurait fait "les aimants de Vérone".

M: Pschtt...

MOI: Mais de toute façon ça se passe à Venise...

M: Avant Vérone on était en pleine campagne c'était beau non?

MOI: C'était Sirmione face au lac de Gardes.

M: Oh oui très champêtre, superbe.

MOI: A Sirmione, a eu lieu la première rencontre entre Joyce et Ezra Pound. Ce dernier a beaucoup aidé Joyce à ses débuts.

M: Un alcoolique et un fasciste.

MOI: Comme tu y vas... Pound qu'on retrouve à la fin de sa vie à ... Venise. 

Allez Simone fais tes bagages on continue le voyage.

M: Merci, quelle classe! Après il y a eu la NATURE slovène, les montagnes, les rivières, les cascades.

MOI: Oui et on a même évité Venise qu'on a frôlé,  on a vu le panneau mais on n'est pas tombé dedans, il y aurait eu des milliers de gens, infernal.

Tu as raison, la Slovénie C'est beau et calme, une sorte de fin de vie avant l'heure.

M: Tu plaisantes, c'est l'inverse, la pleine forme, le sport de plein air, le meilleur moyen de prolonger la vie au contraire. Et on a enchaîné sur la Croatie et pas n'importe où, les lacs de Ptivice, le parc naturel classé à l'Unesco et ses cascades, beauté.

MOI: Oui c'est là en Croatie que j'ai appris la mort de Le Brun?

M: Le pongiste qui a fait des exploits aux jeux olympiques de Paris? Il s'est pris une balle dans la tête?

MOI: Non Annie Le Brun la surréaliste est morte brutalement en Croatie: j'adore les titres de ses livres, écoute: Ce qui n'a pas de prix-Lâcher tout-Appel d'air-Du trop de réalité-Soudain un bloc d'abîme, Sade- La vitesse de l'ombre.

Pas mal non? J'avais lu sa dernière interview il y a quelques mois et elle disait: "Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise". 

M: Un peu comme ce dialogue, on ne sait pas où tu vas mais tu es bien méprisant!

MOI: Mais non, je déteste l'attroupement, ces milliers de personnes venues voir la même chose au même moment. Par exemple ici, une cascade puis une autre; d'une cascade l'autre.

M: Mon plus beau paysage. Des cascades en cascade.

MOI: Pour moi Cascade c'est pas un paysage c'est un personnage de Céline.

M: Céline en Croatie? Il est venu voir ses amis les Oustachis? 

MOI: Comme tu y vas...Allez la nuit vient il faut dormir; demain il faut continuer le voyage.

M: Tu ne vas pas me dire que Piran c'était pas magnifique?

MOI: Très beau en effet, très chaud aussi, faire les choses en transpiran(t)...

M: On s'est rafraîchi quand même, on a plongé dans l'Adriatique.

MOI: Et la ville ressemble à la proue d'un bateau.

M: Après j'ai moins aimé, c'était un peu triste.

MOI: Tu veux parler de Trieste?

M: Oui que c'est triste Trieste...

MOI: Tu confonds avec Venise selon Aznavour, mais Trieste c'était quand même quelque chose, cette ville certes un peu austère et bourgeoise, mais monumentale et pour cause. Ecoute bien: Freud y a étudié les testicules des anguilles et c'est la ville de Joyce et de Svevo.

M: Tu parles! Un obsédé, un alcoolique et un fumeur invétéré, quelle santé! Je préfère les hauteurs de Slovénie que ces bas-fonds.

Et avec ton Freud et sa clique de psy ça m'étonne pas maintenant qu'il y ait toujours anguille sous roche!

MOI: Quand je bois un verre de blanc (et c'est chaque jour) je lève mon verre à Jim.

M: Jim? 

MOI: Nora, la femme de Joyce l'appelait ainsi tout comme Dominique Rolin surnommait aussi Sollers Jim .

M: Oui mais Nora lorsqu'elle voyait Joyce écrire se demandait pourquoi gaspiller tout ce papier...

MOI: Te rends-tu compte que notre hôtel San Giusto à Trieste se trouvait à côté du quartier où a vécu Joyce?

M: Rien à faire, mais je constate que tu te caches toujours derrière des écrivains. Tu ne mentionnes pas Morand?

MOI: Oui c'est vrai il y est enterré, mais il était trop tard pour le cimetière... fermé la nuit...

M:  Un auteur chasse l'autre chez toi.

MOI: Larvatus Prodeo.

M: Tu parles Latin maintenant? Tu fais le malin.

MOI: C'est en hommage à Il Sorpasso.

M: Quoi donc?

MOI: Dans le Fanfaron de Risi, il y a une scène extraordinaire avec des religieux en soutane qui demandent de l'aide pour leur voiture tombée en panne et ils s'expriment en latin.

M: Un film en noir et blanc.

MOI: les couleurs sont à l'intérieur quand on le veut.

M: Quel rapport avec notre voyage?

MOI: ça se passe aussi en Italie, en été et c'est aussi un voyage. Il sorpasso ça veut dire dépassement et en effet il surpasse tous les autres films.

M: Même Pierrot le Fou?

MOI: Disons que j'y vois des rapports: un voyage, l'été, le sud, les voitures italiennes, même le klaxon de la voiture, enfin tout quoi.

M: Et Saint-Tropez!

MOI: Oui dans le Fanfaron il y a une chanson sur Saint-Tropez, comme dans le Gendarme contemporain du film italien. Mais tu vois pas le même humour... l'humour à la française...

M: Désolée mais de Funès pour moi on peut aussi l'appeler de Finesse.

MOI: Pourquoi pas, mais ne me parle pas de finesse dans le dernier blockbuster à la française, "Un p'tit truc en plus"

M: Pourquoi? C'était marrant, généreux, oecuménique, émouvant, ça rapproche les gens. Dix millions de spectateurs! Congratulations oui!

MOI: Coagulation plutôt! Vois-tu, on fait tout un foin de ce film mais le foin je préfère le voir chez Van Gogh ou Monet plutôt que dans les plans de ce...Dis ce sont pas des navets qu'ils cuisinent tous ensemble à la fin?

M: Tu dénigres! Tu te moques! Elitiste.

MOI: Je te taquine.

M: On s'est baigné à Saint-Tropez dernière étape de notre Road-Trip.

MOI: Oui on a d'abord vu le spectacle, la plèbe d'en bas qui regarde la plèbe d'en haut sur le port, puis on a évité la coagulation et on s'est baigné sur une plage à côté de la Madrague de B.B.

M: Tu n'as même pas parlé du plus beau point de vue de ce voyage?

MOI: Oui tu as raison c'était à Arenzano, pas loin de Gênes, la veille de notre retour en France comme par hasard et le jour de ton anniversaire: splendeur italienne avec vue sur la méditerranée, un vrai cadeau, inoubliable.

                                                       Sirmione et au loin le lac de Garde

                                                                          Vérone

                                                    Coagulation devant le buste de Juliette à Vérone



 

Une cascade en Slovénie



                                                           Les montagnes slovènes

                                                            Une cascade de Ptivice (Croatie)
                                                             Des lacs en cascade (Ptivice)

                                                                       Piran (Slovénie)
                                                                Piran comme un bateau
                                                                   Une affiche dans Trieste
                                                                         Trieste
                                                           Monumentale Trieste


                            Saint-Tropez


                                      Arenzano


                                           

 



dimanche 18 août 2024

JOYCE AVEC SADE

 "Si je me permettais le moindre refoulement, ce serait ma mort spirituelle."

  J. Joyce  cité par Frédéric Pajak et Yves Tenret dans leur biographie sur Joyce, Humour (PUF)

POURQUOI TANT DE FOIN?

 


 

 -Tout de même, un petit truc en plus c'est bien!

- Mon opinion? Beaucoup de foin pour rien...

-Même pas un petit truc?

- Bon si tu veux, on a vu le film dimanche 18 août, le jour de la mort de Delon et on l'entend dans le film...

- Pschtt, paroles!!!

 



MERVEILLE (XXIII): VOYAGE AU BOUT DE L'ETE

mardi 30 juillet 2024

lundi 22 juillet 2024

ÉCRIRE, LA PLANCHE DU SALUT ?

 "Parfois mon père venait m'accompagner au départ des cars Planche avec son imperméable et son parapluie il me disait adieu d'un geste ce geste qu'il n'a pas fait à son dernier souffle c'est ainsi que toujours les cars Planche vont et viennent et m'emportent m'emportent toujours et ainsi j'erre depuis 1963".


"Je veux m'en sortir avec les mots les mots sont mon héritage ma lumière et mon sang je me suis fait avec les mots ".

          Ma vie folle, Richard Morgiève


ON THE ROAD


 En route pour la Slovénie, "Venise attendra".

samedi 13 juillet 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXIX)

Pierre Barouh, Samba Saravah (1969)

Être heureux, c'est plus ou moins ce qu'on chercheJ'aime rire, chanter et je n'empêchePas les gens qui sont bien d'être joyeuxPourtant s'il est une samba sans tristesseC'est un vin qui ne donne pas l'ivresseUn vin qui ne donne pas l'ivresse

 

dimanche 30 juin 2024

LGS (VIII)

 Au hasard ou presque, dans l'année du tigre (journal de l'année 1998, de Philippe. Sollers)

Vendredi 19 juin: "Le point publie une lettre de De Gaulle, envoyée depuis Londres à Albert Cohen (alors Conseiller politique du congrès juif mondial). La date: 22 août 1940. Deux autres documents, de juillet et octobre 1941. Tout cela (rappel des principes de la République, rupture totale avec Vichy) est fort clair.

Lundi 29 juin: "L'exhibition quotidienne, ces jours-ci, de 22 mâles au football pourrait être aussi envisagée comme une sorte de comice agricole (ce que tendrait à prouver le brusque engouement des femmes pour ce genre d'exhibition).

Une nouvelle à écrire là-dessus, à la Flaubert, froide."


 

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXVIII)

Je voudrais de la lumièreComme en Nouvelle AngleterreJe veux changer d'atmosphèreDans mon jardin d'hiver
 

mercredi 26 juin 2024

LE DIMANCHE AU SOLEIL (II)

"Vous nous vendez sans cesse le bonheur d'exister en consommant et consommant et consommant et consommant à perte de vie. Mais comment, Messieurs, concevez-vous le bonheur? Comment? Vous êtes-vous demandé un seul jour: Que fais-je de ma vie? Qu'ai-je vraiment aimé? Par quoi fus-je comblé? Qu'ai-je trouvé de beau et d'admirable dans ce cirque sauvage qu'est devenu le monde et qui me permette de l'endurer? La mer? L'enfance? Cette étrangère à tout calcul qui s'appelle l'amitié? L'imprudence insouciante? Le pouvoir de dire non aux idées préconçues comme aux agenouillements?"

  Depuis toujours nous aimons les dimanches, Lydie Salvayre 

 

                            Porto, Juin 2024
 

samedi 15 juin 2024

EXERCICE D'ADMIRATION (I)



"Nimier m'a fait aimer les chapelles romanes, l'absolu, les apothéoses, les arènes du Midi, les bécots, les buvettes, les bals populaires, la conscience, l'effervescence, les feuilletons, le griffonnage en marge des livres, les héros, l'imperfection, la jeunesse, les kiosques à musique, le négatif, l'ombre des forêts, les paradoxes, le pur malt, les maquisards, les taxis, les tamaris, l'universel, les zouaves, le xylophone et les enragés. En somme, la France."

                  Le Chant des livres, Gérard Guégan

dimanche 9 juin 2024

LGS (VII)

 

Ce très beau et court texte sur La Deuxième vie.

On sent à sa lecture tout le déploiement de la sensibilité de son auteur, Josyane Savigneau, ainsi que sa profonde compréhension de l’œuvre de l’auteur de Femmes. 
Son regroupement partant de Désir à La deuxième vie me paraît en effet très cohérent. Ce sont pour beaucoup de brefs romans qui s’allègent d’un quelconque alibi narratif, de vrais personnages, mais qui amplifient ce qui a toujours été présent dans les livres de Sollers : la contagiosité de sa liberté, sa critique sociale immortelle, son entreprise pédagogique - je pense à Légende -, ainsi que son pouvoir d’irradiation de l’intelligence. Chaque qualité, perdue aux détours de certaines pages, se retrouve en écho de livre en livre, avec en toile de fond cette si plaisante et unique ironie qui l’extirpe de la nostalgie, mais qui nous convie à lire, à nous arrêter en ce lieu, à aiguiser nos sens.

Lire Sollers est affaire de corps plus que de cerveau. Bien que ce dernier soit évidemment indispensable, la limpidité du dernier Sollers, son écriture coulante comme l’eau venant buter sur son île, nous épargne le moindre effort pour déchiffrer sa musique, il nous l’explique entre les lignes. 

L’écriture de Sollers se lit comme une thérapie personnalisable et adaptée, c’est le but de toute littérature, mais ici il n’y a presque plus rien. Ces romans sont des fonds de tasses dont le liquide est plus concentré. Il sera d’une efficacité insoupçonnée par ses critiques sourds et donnera des ailes à ses heureux happy few.
                                        Yannick Jm dans la Closerie de Sollers



LA MORT DANS L'OEIL

 "Et maintenant que j'examine ces photographies d'Enard prises avec un Nikon F et un objectif de cinquante millimètres, je suis bien obligé de constater que ce n'est pas sa respiration qui s'inscrit à la surface du papier glacé mais les petites rides annonçant le triomphe futur du minéral.

Sous l'objectif, la chair jette le masque".

                                     Gerard Guégan, Le chant des livres

vendredi 7 juin 2024

PAS MIEUX (16)

 "N'avoir rien accompli et mourir en surmené".

                                                Cioran

mardi 4 juin 2024

PAS MIEUX (15)

 Sur le site nos consolations

Rien d'autre ne m'intéresse

– Que ferez-vous si un jour vous n'avez plus d'idées ?
– Ce genre de questions ne rime à rien. C'est comme si vous demandiez à une cantatrice ce qu'elle ferait si elle n'avait plus de voix. Que devrait-elle répondre ? Qu'elle chanterait des airs muets ? De toute façon, chaque fois qu'on a écrit quelque chose, on croit que c'est fini, qu'on ne peut plus et qu'on ne veut plus. Mais rien d'autre ne m'intéresse.
– Et si vous rencontriez demain le grand amour ?
– Je ne pourrais pas l'empêcher. 

                                                                             Thomas Bernhard 

 

vendredi 31 mai 2024

AVEC DES SI

Si Roland Jaccard était vivant je lui dirais qu'Anthony Mann n'est pas mort, il vit même à Toulouse, Toulooose! cette ville qu'un anglophone n'entend pas comme un francophone!

 


 


samedi 25 mai 2024

lundi 20 mai 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE(XXVI)

Rimons, rimons belle dameRimons, rimons jusqu'à l'âmeEt que ma poésieRime à ta peau aussi
 (Cl. Nougaro) 
 

dimanche 19 mai 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXV)

J'exhibai ma carte seniorSous les yeux goguenards des porcsQui partirent d'un rire obscèneVers ma silhouette de sirène
 
Je suis vieille et je vous enculeAvec mon look de libelluleJe suis vieille et je vais creverUn petit détail oublié
 
Passez votre chemin bâtardEt filez vite au wagon barJe fumerai ma cigaretteTranquillement dans les toilettes
 
Partout c'est la prohibitionAlcool àla télévisionPapiers clopes manque de fricEt vieillir dans les lieux publics
 
Partout c'est la prohibitionParole écrit fornicationFoutre interdit à soixante ansOu scandale et ricanements
 
Je suis vieille et je vous enculeAvec mon look de libelluleJe suis vieille et je vais creverUn petit détail oublié
 
Les malades sont prohibésOn les jette dans les fossésA moins qu'ils n'apportent du bléDe la tune au plus fortunés
 
Les vieux sont jetés aux ortiesA l'asile aux châteaux d'oubliVoici ce qui m'attend demainSi jamais je perds mon chemin
 
J'ai d'autres projets vous voyezJe vais baiser boire et fumerJe vais m'inventer d'autres cieuxToujours plus vastes et précieux
 
Je suis vieille et je vous enculeAvec mon look de libelluleJe suisvieille sans foi ni loiSi je meurs ca sera de joie
 

vendredi 10 mai 2024

L'HOMME DE LA PEINE (18):1 AN


Moi, si j'étais un homme, je serais capitaineD'un bateau vert et blancD'une élégance rare et plus fort que l'ébènePour les trop mauvais temps
 
                                            Diane Tell

PAS MIEUX (14)


 

dimanche 5 mai 2024

LGS (VI)

"Il leur faut l'obstacle, l'impossible, la souffrance, la catastrophe, le châtiment, le ressentiment... Réprobation de l'instant et de sa substance, voilà... Et pour moi, au contraire: l'instant, seulement l'instant, l'instant et sa lettre de feu, corps, couleurs, paysages".

                                          Le Coeur Absolu (Philippe Sollers)

samedi 4 mai 2024

LE DIABLE EST DANS LES DETAILS (1)

 [...]en méditant, plus avant, il se dit que ce devait être par cette amnésie imperceptible que les enseignants du secondaire s'accoutumaient aux nouvelles conditions de leur métier. Les enseignants oubliaient; chaque incident sur lequel ils achoppaient se perdait au fil des gestes pédagogiques qu'il leur fallait accomplir; chaque honte avalée était comme absorbée par leur conscience sous le poids des "temps forts de l'année scolaire"; et, à la fin, les enseignants finissaient même par oublier qu'ils avaient jamais désiré d'être des professeurs".

   Jérémie Delsart, Le miracle de Théophile (Le cherche midi)

dimanche 28 avril 2024

COUPLE (VII)

"Le chef-d'oeuvre français de cette époque restera, sans aucun doute, la série télévisée Un gars, une fille, Jean et Alex. Pas un homme, un gars, un brave gars, quoi, naïf, rusé, sans cesse brimé par une fille (pas une femme) qui n'arrête pas de parler au téléphone avec sa mère ou sa copine, se plaint de tout, sourit à s'en décrocher la mâchoire, embête son mec dans la salle de bains ou la cuisine moderne, pendant qu'il se demande, nigaud inspiré, comment il a pu se fourrer dans cette situation sans issue, sauf une, qui est là, au bout des achats, lancinante: un enfant et, pourquoi pas, un jour, trois enfants. Le plus drôle, c'est quand ils se précipitent, après cent remarques acerbes et un violent mépris réciproque, pour faire l'amour. Ils disparaissent sous un drap, sont atrocement normaux, ils roucoulent. C'est l'apothéose du couple universel classe moyenne, tous les clichés de la consommation incessante sont là, on ne s'en lasse pas. Aura-t-elle enfin son enfant dans cette agitation d'enfer avec pauses touristiques? C'est fatal. Tout est fermé, enfermé, cuisine, living, canapé, bureau, jamais de profondeur de champ, jamais de gratuité heureuse. Difficile d'être plus inspiré dans la vulgarité réaliste (la série, bien entendu, est réalisée par des femmes). Être ensemble! Jamais seuls! Tempêtes dans un verre d'eau! Loulou! Chouchou!"

                              L'éclaircie, Philippe Sollers

samedi 27 avril 2024

LETTRE/L'ÊTRE

"Il n'est plus qu'un corps de lettres et de phrases toutes orientées vers leur seul plaisir. On ne peut rien opposer à quelqu'un qui lit, c'est l'ultime liberté, le privilège de pouvoir ne pas être dérangé".

                                                                 Marc Pautrel, L'Île au trésor

mercredi 24 avril 2024

LGS (V): Sollers est là

Avril 2024, séjour à Ars-en-Ré, j’ai emporté avec moi la Deuxième Vie mais aussi l’Eclaircie, que je veux lire, (ré)lire plutôt, magnifique roman avec deux voyageurs du temps (Picasso et Manet) , deux femmes (Anne et Lucie) et un cèdre.
Quant à la Deuxième Vie, c’est du Pur Sollers, encore "plus resserré, encore plus audacieux" :
"Malheur à celui qui n’a pas célébré sa vie de son vivant".

 


Je suis devant la tombe de Sollers et cette inscription : La rose de la raison dans la croix du présent. La tombe est à l’ombre d’un grand cèdre et je pense alors à une formule de son ami Lacan," Ne cédez pas sur votre désir", que je transforme en ne "cèdre" pas sur ton désir.

Le lieu est désert ce jour-là, il fait beau. j’ose y déposer le roman que je lis juste à côté de fleurs, des Iris me semble-t-il ( "Lumineux regard qui prolonge la pensée dans les combats du corps, ultime signe du sacré : "Je pars ;" L’iris marron s’assombrit, presque "outrenoir" (Julia Kristeva dans la postface à la Deuxième Vie).

Le cimetière est bien désert mais je cherche car il est écrit dans son ultime roman cette phrase "Une autre fois, c’est bien lui qui allume une cigarette en plein soleil, au bord de la tombe dont il vient de sortir, pendant qu’une touriste lui demande s’il est le jardinier du cimetière".

A quelques pas du cimetière se trouve l’église d’Ars avec sa flèche bicolore. Le noir et le blanc.

 


Le soleil noir (derniers mots du roman), "le blanc terminal". "Le trois est noir, le huit est blanc". "Vers huit heures, le blanc du réveil".

Je quitte Ré le jour du meurtre d’un menuisier de l’île par un autre habitant. Dans la Deuxième Vie, je lis : "Il est difficile de percevoir la colossale innocence des habitants terrestres. Ils n’ont rien à faire là, ils ne sont que les produits de séries de malentendus entre les hommes et les femmes, et, quels que soient leurs délits, même criminels, un voile d’innocence les enveloppe de la naissance à la mort".


De retour chez moi je découvre la toute nouvelle revue dirigée par Y Haenel, Aventures, dans laquelle un inédit de Frédéric Berthet (édité par Sollers son ami) est proposé : "Kafka, histoire d’un corps". Ce texte fait écho, (ré)sonne avec toute l’oeuvre sollersienne, cette phrase en particulier : "Kafka écrit quelque part qu’il n’a cessé toute sa vie de se promener, d’aller et revenir entre quelque chose qui serait une solitude totale et une vie en commun, qu’il n’a jamais été repérable ni dans l’une ni dans l’autre, qu’il a toujours vécu cette frontière entre la solitude et la vie en commun. Cette frontière prend de toutes les manières la forme d’une feuille de papier [...].

Marc Pautrel dans un recueil d’hommage à Sollers lui a écrit "Le vrai corps est un texte".


 

 

jeudi 18 avril 2024

TU N'IRAS PLUS

Je n'irai plus

rue Alsace-Lorraine

où des enseignes 

de chaque côté

rejouent la guerre

tu as tranché

je n'irai plus

dans cette rue

remplie de femmes

à dépenser du flouze

oh Toulouse!

économie infâme

je n'irai plus

rue Alsace-Lorraine

le samedi

ça m'dit pas!



lundi 15 avril 2024

CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXIV)

La pluie et la roséeToutes ces chosesGuidées par une étoileGuidées par une étoilePremière à éclairer la nuit
VénusVénusVénusVénusVénus

samedi 13 avril 2024

DESTIN

La vieillesse des hommes

ressemble à leur enfance.

Sans exception.

                 Joseph Joubert, (Carnets)

lundi 8 avril 2024