Patrice Jean, La vie des spectres
dimanche 15 septembre 2024
samedi 14 septembre 2024
vendredi 13 septembre 2024
lundi 9 septembre 2024
PERE SONNE
Il multipliait les noms, elle lui faisait remarquer; un nom puis un autre, encore un autre, mais pourquoi donc tant de noms? Son nom est personne?
Le nom de son père sonne, il fait trop de bruit, il est inaudible, il est trop lourd alors il le recouvre de noms toujours plus de noms.
Attention comme un train peut en cacher un autre, un nom peut aussi le faire, alors danger...
mercredi 21 août 2024
M ET MOI (V) OU VENISE ATTENDRA
M: Mais il est à sec ton blog, quatre posts en un mois, record! Tu n'as plus d'idées?
MOI: Que veux-tu, c'est l'été, c'est l'étiage; tu t'en plaindrais presque toi qui n'a de cesse de critiquer ce que je fais.
M: Il faut dire que tu ne te foules pas. C'est un peu je pompe donc je suis ton blog et là on dirait que la pompe ne pompe plus...
MOI: Et alors tu voudrais de l'originalité, des petites pensées?
M: Ben oui, penser par toi-même, comme tout le monde!
MOI: Comme tout le monde... Mais sur quoi? Notre petit tour en Italie, Slovénie, Croatie en van?
M: Et voilà tu vannes... mais sois créatif au lieu de citer ou de recopier. Regarde ce dont je suis capable avec mes photos et petites vidéos; et ceci en quelques minutes; et sans me vanter je crois que ça fait son petit effet.
MOI: En effet, c'est joli je ne dis pas le contraire.
M: Tu dénigres.
MOI: Non mais tout est déjà donné avec l'image. Elle se suffit à elle même et une succession d'images n'est pas un montage.
M: C'est pas mon souci.
MOI: C'est l'articulation entre les images qui est le montage.
M: Tout de suite les grands mots.
MOI: Cependant avec une succession de belles images, tu obtiens de très jolies choses.
M: Et c'est suffisant.
MOI: Question de point de vue. ça me fait penser à Hemingway.
M: Encore tes écrivains, quel rapport?
MOI: Eh bien quelque part il dit ceci: Tout ce que l'on peut atteindre finalement dans la vie, c'est un point de vue.
M: Et alors?
MOI: Avec les images pas de point de vue.
M: Mais si regarde mes photos elles sont toutes faites à partir d'un point de vue.
MOI: Pas sûr.
M: Mais si je décide du cadre.
MOI: Certes mais mon opinion c'est qu'une enfilade de paysages (plus beaux les uns que les autres) c'est un peu comme enfiler des perles... Tu obtiens un beau collier et tu en mets plein la vue.
M: Tu dénigres! C'est toi avec les mots qui fais l'expert.
MOI: Mais regarde tous ces blogs de voyages avec des paysages à couper le souffle, et bien moi ça me coupe l'inspiration.
Elles sont toutes interchangeables ces photos.
M: Mais pense donc par toi-même nom de Dieu, tu as toujours besoin de ramener tes auteurs! Aujourd'hui Hemingway!
MOI: C'est que j'attends avec impatience le livre de G.de Cortanze, sur les derniers jours d'Hemingway, il avait déjà écrit une grande biographie sur Sollers.
M: Ah encore celui-là, je croyais qu'il était mort?
MOI: Mort mais vivant.
M: Beurk un mort-vivant.
MOI: Non, un Vivant de Nom...
M:Très drôle; mais pourquoi voir les choses à travers d'autres yeux?
MOI: C'est pas les yeux c'est les mots que je fais miens, c'est différent. Je dirais que c'est un peu un filtre qui me permet de mieux voir . Exemple, si un jour je vais à Venise, avant de lire le Lonely Planet, je lirai Au-delà de fleuve et sous les arbres qui se passe à Venise.
M: Tiens là justement devant toi en pleine nature slovène, il y a des arbres, une rivière.
MOI: Le titre du livre est celui-ci: Il ne rêvait plus que de paysages et de lions au bord de la mer.
M: Tu vois les paysages... Faut vivre le moment présent, l'instant. Ta fille fait de l'accrobranche, elle prend des risques c'est concret; elle vient de faire six fois le parcours et toi tu restes pépère dans ta zone de confort, aucune prise de risque, des certitudes. Tout est écrit.
MOI: Oui tu l'as dit c'est écrit. Mais tu sais, faire comme tout le monde c'est pas une vie. Comment tu peux expliquer qu'avec des yeux différents tu obtiennes toujours la même chose (les mêmes images, les mêmes films).
M: Mais dis-moi Vérone c'était quand même quelque chose, se dégageait de la ville un certain magnétisme non?
MOI: La meilleure glace de l'été.
M: Autre chose quand même.
MOI: Le magnétisme? J'appelle ça plutôt la coagulation, l'attroupement. Tu as vu la foule devant le balcon de Juliette... Tiens on n'a pas rapporté de "magnets" c'est-à-dire d'aimants à mettre sur le frigo, quelle erreur!
M: Tu blagues?
MOI: Non, cela aurait fait "les aimants de Vérone".
M: Pschtt...
MOI: Mais de toute façon ça se passe à Venise...
M: Avant Vérone on était en pleine campagne c'était beau non?
MOI: C'était Sirmione face au lac de Gardes.
M: Oh oui très champêtre, superbe.
MOI: A Sirmione, a eu lieu la première rencontre entre Joyce et Ezra Pound. Ce dernier a beaucoup aidé Joyce à ses débuts.
M: Un alcoolique et un fasciste.
MOI: Comme tu y vas... Pound qu'on retrouve à la fin de sa vie à ... Venise.
Allez Simone fais tes bagages on continue le voyage.
M: Merci, quelle classe! Après il y a eu la NATURE slovène, les montagnes, les rivières, les cascades.
MOI: Oui et on a même évité Venise qu'on a frôlé, on a vu le panneau mais on n'est pas tombé dedans, il y aurait eu des milliers de gens, infernal.
Tu as raison, la Slovénie C'est beau et calme, une sorte de fin de vie avant l'heure.
M: Tu plaisantes, c'est l'inverse, la pleine forme, le sport de plein air, le meilleur moyen de prolonger la vie au contraire. Et on a enchaîné sur la Croatie et pas n'importe où, les lacs de Ptivice, le parc naturel classé à l'Unesco et ses cascades, beauté.
MOI: Oui c'est là en Croatie que j'ai appris la mort de Le Brun?
M: Le pongiste qui a fait des exploits aux jeux olympiques de Paris? Il s'est pris une balle dans la tête?
MOI: Non Annie Le Brun la surréaliste est morte brutalement en Croatie: j'adore les titres de ses livres, écoute: Ce qui n'a pas de prix-Lâcher tout-Appel d'air-Du trop de réalité-Soudain un bloc d'abîme, Sade- La vitesse de l'ombre.
Pas mal non? J'avais lu sa dernière interview il y a quelques mois et elle disait: "Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise".
M: Un peu comme ce dialogue, on ne sait pas où tu vas mais tu es bien méprisant!
MOI: Mais non, je déteste l'attroupement, ces milliers de personnes venues voir la même chose au même moment. Par exemple ici, une cascade puis une autre; d'une cascade l'autre.
M: Mon plus beau paysage. Des cascades en cascade.
MOI: Pour moi Cascade c'est pas un paysage c'est un personnage de Céline.
M: Céline en Croatie? Il est venu voir ses amis les Oustachis?
MOI: Comme tu y vas...Allez la nuit vient il faut dormir; demain il faut continuer le voyage.
M: Tu ne vas pas me dire que Piran c'était pas magnifique?
MOI: Très beau en effet, très chaud aussi, faire les choses en transpiran(t)...
M: On s'est rafraîchi quand même, on a plongé dans l'Adriatique.
MOI: Et la ville ressemble à la proue d'un bateau.
M: Après j'ai moins aimé, c'était un peu triste.
MOI: Tu veux parler de Trieste?
M: Oui que c'est triste Trieste...
MOI: Tu confonds avec Venise selon Aznavour, mais Trieste c'était quand même quelque chose, cette ville certes un peu austère et bourgeoise, mais monumentale et pour cause. Ecoute bien: Freud y a étudié les testicules des anguilles et c'est la ville de Joyce et de Svevo.
M: Tu parles! Un obsédé, un alcoolique et un fumeur invétéré, quelle santé! Je préfère les hauteurs de Slovénie que ces bas-fonds.
Et avec ton Freud et sa clique de psy ça m'étonne pas maintenant qu'il y ait toujours anguille sous roche!
MOI: Quand je bois un verre de blanc (et c'est chaque jour) je lève mon verre à Jim.
M: Jim?
MOI: Nora, la femme de Joyce l'appelait ainsi tout comme Dominique Rolin surnommait aussi Sollers Jim .
M: Oui mais Nora lorsqu'elle voyait Joyce écrire se demandait pourquoi gaspiller tout ce papier...
MOI: Te rends-tu compte que notre hôtel San Giusto à Trieste se trouvait à côté du quartier où a vécu Joyce?
M: Rien à faire, mais je constate que tu te caches toujours derrière des écrivains. Tu ne mentionnes pas Morand?
MOI: Oui c'est vrai il y est enterré, mais il était trop tard pour le cimetière... fermé la nuit...
M: Un auteur chasse l'autre chez toi.
MOI: Larvatus Prodeo.
M: Tu parles Latin maintenant? Tu fais le malin.
MOI: C'est en hommage à Il Sorpasso.
M: Quoi donc?
MOI: Dans le Fanfaron de Risi, il y a une scène extraordinaire avec des religieux en soutane qui demandent de l'aide pour leur voiture tombée en panne et ils s'expriment en latin.
M: Un film en noir et blanc.
MOI: les couleurs sont à l'intérieur quand on le veut.
M: Quel rapport avec notre voyage?
MOI: ça se passe aussi en Italie, en été et c'est aussi un voyage. Il sorpasso ça veut dire dépassement et en effet il surpasse tous les autres films.
M: Même Pierrot le Fou?
MOI: Disons que j'y vois des rapports: un voyage, l'été, le sud, les voitures italiennes, même le klaxon de la voiture, enfin tout quoi.
M: Et Saint-Tropez!
MOI: Oui dans le Fanfaron il y a une chanson sur Saint-Tropez, comme dans le Gendarme contemporain du film italien. Mais tu vois pas le même humour... l'humour à la française...
M: Désolée mais de Funès pour moi on peut aussi l'appeler de Finesse.
MOI: Pourquoi pas, mais ne me parle pas de finesse dans le dernier blockbuster à la française, "Un p'tit truc en plus"
M: Pourquoi? C'était marrant, généreux, oecuménique, émouvant, ça rapproche les gens. Dix millions de spectateurs! Congratulations oui!
MOI: Coagulation plutôt! Vois-tu, on fait tout un foin de ce film mais le foin je préfère le voir chez Van Gogh ou Monet plutôt que dans les plans de ce...Dis ce sont pas des navets qu'ils cuisinent tous ensemble à la fin?
M: Tu dénigres! Tu te moques! Elitiste.
MOI: Je te taquine.
M: On s'est baigné à Saint-Tropez dernière étape de notre Road-Trip.
MOI: Oui on a d'abord vu le spectacle, la plèbe d'en bas qui regarde la plèbe d'en haut sur le port, puis on a évité la coagulation et on s'est baigné sur une plage à côté de la Madrague de B.B.
M: Tu n'as même pas parlé du plus beau point de vue de ce voyage?
MOI: Oui tu as raison c'était à Arenzano, pas loin de Gênes, la veille de notre retour en France comme par hasard et le jour de ton anniversaire: splendeur italienne avec vue sur la méditerranée, un vrai cadeau, inoubliable.
Sirmione et au loin le lac de GardeVérone
Coagulation devant le buste de Juliette à Vérone
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| Une cascade en Slovénie |
Les montagnes slovènes
Une cascade de Ptivice (Croatie)
Des lacs en cascade (Ptivice)
Piran (Slovénie)
Piran comme un bateau
Une affiche dans Trieste
Trieste
Monumentale Trieste
Saint-Tropez
Arenzano
mardi 20 août 2024
dimanche 18 août 2024
JOYCE AVEC SADE
"Si je me permettais le moindre refoulement, ce serait ma mort spirituelle."
J. Joyce cité par Frédéric Pajak et Yves Tenret dans leur biographie sur Joyce, Humour (PUF)
POURQUOI TANT DE FOIN?
-Tout de même, un petit truc en plus c'est bien!
- Mon opinion? Beaucoup de foin pour rien...
-Même pas un petit truc?
- Bon si tu veux, on a vu le film dimanche 18 août, le jour de la mort de Delon et on l'entend dans le film...
- Pschtt, paroles!!!
mercredi 14 août 2024
mardi 30 juillet 2024
lundi 22 juillet 2024
ÉCRIRE, LA PLANCHE DU SALUT ?
"Parfois mon père venait m'accompagner au départ des cars Planche avec son imperméable et son parapluie il me disait adieu d'un geste ce geste qu'il n'a pas fait à son dernier souffle c'est ainsi que toujours les cars Planche vont et viennent et m'emportent m'emportent toujours et ainsi j'erre depuis 1963".
"Je veux m'en sortir avec les mots les mots sont mon héritage ma lumière et mon sang je me suis fait avec les mots ".
Ma vie folle, Richard Morgiève
samedi 13 juillet 2024
CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXIX)
Pierre Barouh, Samba Saravah (1969)
Être heureux, c'est plus ou moins ce qu'on cherche
J'aime rire, chanter et je n'empêche
Pas les gens qui sont bien d'être joyeux
Pourtant s'il est une samba sans tristesse
C'est un vin qui ne donne pas l'ivresse
Un vin qui ne donne pas l'ivresse
dimanche 30 juin 2024
LGS (VIII)
Au hasard ou presque, dans l'année du tigre (journal de l'année 1998, de Philippe. Sollers)
Vendredi 19 juin: "Le point publie une lettre de De Gaulle, envoyée depuis Londres à Albert Cohen (alors Conseiller politique du congrès juif mondial). La date: 22 août 1940. Deux autres documents, de juillet et octobre 1941. Tout cela (rappel des principes de la République, rupture totale avec Vichy) est fort clair.
Lundi 29 juin: "L'exhibition quotidienne, ces jours-ci, de 22 mâles au football pourrait être aussi envisagée comme une sorte de comice agricole (ce que tendrait à prouver le brusque engouement des femmes pour ce genre d'exhibition).
Une nouvelle à écrire là-dessus, à la Flaubert, froide."
CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXVIII)
Comme en Nouvelle Angleterre
Je veux changer d'atmosphère
Dans mon jardin d'hiver
mercredi 26 juin 2024
LE DIMANCHE AU SOLEIL (II)
"Vous nous vendez sans cesse le bonheur d'exister en consommant et consommant et consommant et consommant à perte de vie. Mais comment, Messieurs, concevez-vous le bonheur? Comment? Vous êtes-vous demandé un seul jour: Que fais-je de ma vie? Qu'ai-je vraiment aimé? Par quoi fus-je comblé? Qu'ai-je trouvé de beau et d'admirable dans ce cirque sauvage qu'est devenu le monde et qui me permette de l'endurer? La mer? L'enfance? Cette étrangère à tout calcul qui s'appelle l'amitié? L'imprudence insouciante? Le pouvoir de dire non aux idées préconçues comme aux agenouillements?"
Depuis toujours nous aimons les dimanches, Lydie Salvayre
Porto, Juin 2024
samedi 22 juin 2024
samedi 15 juin 2024
EXERCICE D'ADMIRATION (I)
"Nimier m'a fait aimer les chapelles romanes, l'absolu, les apothéoses, les arènes du Midi, les bécots, les buvettes, les bals populaires, la conscience, l'effervescence, les feuilletons, le griffonnage en marge des livres, les héros, l'imperfection, la jeunesse, les kiosques à musique, le négatif, l'ombre des forêts, les paradoxes, le pur malt, les maquisards, les taxis, les tamaris, l'universel, les zouaves, le xylophone et les enragés. En somme, la France."
Le Chant des livres, Gérard Guégan
vendredi 14 juin 2024
dimanche 9 juin 2024
LGS (VII)
LA MORT DANS L'OEIL
"Et maintenant que j'examine ces photographies d'Enard prises avec un Nikon F et un objectif de cinquante millimètres, je suis bien obligé de constater que ce n'est pas sa respiration qui s'inscrit à la surface du papier glacé mais les petites rides annonçant le triomphe futur du minéral.
Sous l'objectif, la chair jette le masque".
Gerard Guégan, Le chant des livres
vendredi 7 juin 2024
mardi 4 juin 2024
PAS MIEUX (15)
Sur le site nos consolations
Rien d'autre ne m'intéresse
– Que ferez-vous si un jour vous n'avez plus d'idées ?– Ce genre de questions ne rime à rien. C'est comme si vous demandiez à une cantatrice ce qu'elle ferait si elle n'avait plus de voix. Que devrait-elle répondre ? Qu'elle chanterait des airs muets ? De toute façon, chaque fois qu'on a écrit quelque chose, on croit que c'est fini, qu'on ne peut plus et qu'on ne veut plus. Mais rien d'autre ne m'intéresse.– Et si vous rencontriez demain le grand amour ?– Je ne pourrais pas l'empêcher.
Thomas Bernhard
vendredi 31 mai 2024
AVEC DES SI
Si Roland Jaccard était vivant je lui dirais qu'Anthony Mann n'est pas mort, il vit même à Toulouse, Toulooose! cette ville qu'un anglophone n'entend pas comme un francophone!
samedi 25 mai 2024
CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXVII)
Qui chantent dans le vent glacé
lundi 20 mai 2024
CROONER, TROUBADOUR, POETE(XXVI)
Rimons, rimons jusqu'à l'âme
Et que ma poésie
Rime à ta peau aussi
dimanche 19 mai 2024
CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXV)
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d'un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié
Et filez vite au wagon bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes
Alcool àla télévision
Papiers clopes manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics
Parole écrit fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié
On les jette dans les fossés
A moins qu'ils n'apportent du blé
De la tune au plus fortunés
A l'asile aux châteaux d'oubli
Voici ce qui m'attend demain
Si jamais je perds mon chemin
Je vais baiser boire et fumer
Je vais m'inventer d'autres cieux
Toujours plus vastes et précieux
Avec mon look de libellule
Je suisvieille sans foi ni loi
Si je meurs ca sera de joie
vendredi 10 mai 2024
L'HOMME DE LA PEINE (18):1 AN
D'un bateau vert et blanc
D'une élégance rare et plus fort que l'ébène
Pour les trop mauvais temps
dimanche 5 mai 2024
LGS (VI)
"Il leur faut l'obstacle, l'impossible, la souffrance, la catastrophe, le châtiment, le ressentiment... Réprobation de l'instant et de sa substance, voilà... Et pour moi, au contraire: l'instant, seulement l'instant, l'instant et sa lettre de feu, corps, couleurs, paysages".
Le Coeur Absolu (Philippe Sollers)
samedi 4 mai 2024
LE DIABLE EST DANS LES DETAILS (1)
[...]en méditant, plus avant, il se dit que ce devait être par cette amnésie imperceptible que les enseignants du secondaire s'accoutumaient aux nouvelles conditions de leur métier. Les enseignants oubliaient; chaque incident sur lequel ils achoppaient se perdait au fil des gestes pédagogiques qu'il leur fallait accomplir; chaque honte avalée était comme absorbée par leur conscience sous le poids des "temps forts de l'année scolaire"; et, à la fin, les enseignants finissaient même par oublier qu'ils avaient jamais désiré d'être des professeurs".
Jérémie Delsart, Le miracle de Théophile (Le cherche midi)
dimanche 28 avril 2024
COUPLE (VII)
"Le chef-d'oeuvre français de cette époque restera, sans aucun doute, la série télévisée Un gars, une fille, Jean et Alex. Pas un homme, un gars, un brave gars, quoi, naïf, rusé, sans cesse brimé par une fille (pas une femme) qui n'arrête pas de parler au téléphone avec sa mère ou sa copine, se plaint de tout, sourit à s'en décrocher la mâchoire, embête son mec dans la salle de bains ou la cuisine moderne, pendant qu'il se demande, nigaud inspiré, comment il a pu se fourrer dans cette situation sans issue, sauf une, qui est là, au bout des achats, lancinante: un enfant et, pourquoi pas, un jour, trois enfants. Le plus drôle, c'est quand ils se précipitent, après cent remarques acerbes et un violent mépris réciproque, pour faire l'amour. Ils disparaissent sous un drap, sont atrocement normaux, ils roucoulent. C'est l'apothéose du couple universel classe moyenne, tous les clichés de la consommation incessante sont là, on ne s'en lasse pas. Aura-t-elle enfin son enfant dans cette agitation d'enfer avec pauses touristiques? C'est fatal. Tout est fermé, enfermé, cuisine, living, canapé, bureau, jamais de profondeur de champ, jamais de gratuité heureuse. Difficile d'être plus inspiré dans la vulgarité réaliste (la série, bien entendu, est réalisée par des femmes). Être ensemble! Jamais seuls! Tempêtes dans un verre d'eau! Loulou! Chouchou!"
L'éclaircie, Philippe Sollers
samedi 27 avril 2024
LETTRE/L'ÊTRE
"Il n'est plus qu'un corps de lettres et de phrases toutes orientées vers leur seul plaisir. On ne peut rien opposer à quelqu'un qui lit, c'est l'ultime liberté, le privilège de pouvoir ne pas être dérangé".
Marc Pautrel, L'Île au trésor
mercredi 24 avril 2024
LGS (V): Sollers est là
Avril 2024, séjour à Ars-en-Ré, j’ai emporté avec moi la Deuxième Vie mais aussi l’Eclaircie,
que je veux lire, (ré)lire plutôt, magnifique roman avec deux voyageurs
du temps (Picasso et Manet) , deux femmes (Anne et Lucie) et un cèdre.
Quant à la Deuxième Vie, c’est du Pur Sollers, encore "plus resserré, encore plus audacieux" :
"Malheur à celui qui n’a pas célébré sa vie de son vivant".
Je suis devant la tombe de Sollers et cette inscription : La rose de la raison dans la croix du présent. La tombe est à l’ombre d’un grand cèdre et je pense alors à une formule de son ami Lacan," Ne cédez pas sur votre désir", que je transforme en ne "cèdre" pas sur ton désir.
Le lieu est désert ce jour-là, il fait beau. j’ose y déposer le roman que je lis juste à côté de fleurs, des Iris me semble-t-il ( "Lumineux regard qui prolonge la pensée dans les combats du corps, ultime signe du sacré : "Je pars ;" L’iris marron s’assombrit, presque "outrenoir" (Julia Kristeva dans la postface à la Deuxième Vie).
Le cimetière est bien désert mais je cherche car il est écrit dans son ultime roman cette phrase "Une autre fois, c’est bien lui qui allume une cigarette en plein soleil, au bord de la tombe dont il vient de sortir, pendant qu’une touriste lui demande s’il est le jardinier du cimetière".
A quelques pas du cimetière se trouve l’église d’Ars avec sa flèche bicolore. Le noir et le blanc.
Le soleil noir (derniers mots du roman), "le blanc terminal". "Le trois est noir, le huit est blanc". "Vers huit heures, le blanc du réveil".
Je quitte Ré le jour du meurtre d’un menuisier de l’île par un autre habitant. Dans la Deuxième Vie, je lis : "Il est difficile de percevoir la colossale innocence des habitants terrestres. Ils n’ont rien à faire là, ils ne sont que les produits de séries de malentendus entre les hommes et les femmes, et, quels que soient leurs délits, même criminels, un voile d’innocence les enveloppe de la naissance à la mort".
De retour chez moi je découvre la toute nouvelle revue dirigée par Y Haenel, Aventures, dans laquelle un inédit de Frédéric Berthet (édité par Sollers son ami) est proposé : "Kafka, histoire d’un corps".
Ce texte fait écho, (ré)sonne avec toute l’oeuvre sollersienne, cette
phrase en particulier : "Kafka écrit quelque part qu’il n’a cessé toute
sa vie de se promener, d’aller et revenir entre quelque chose qui serait
une solitude totale et une vie en commun, qu’il n’a jamais été
repérable ni dans l’une ni dans l’autre, qu’il a toujours vécu cette
frontière entre la solitude et la vie en commun. Cette frontière prend
de toutes les manières la forme d’une feuille de papier [...].
Marc Pautrel dans un recueil d’hommage à Sollers lui a écrit "Le vrai corps est un texte".
samedi 20 avril 2024
jeudi 18 avril 2024
TU N'IRAS PLUS
Je n'irai plus
rue Alsace-Lorraine
où des enseignes
de chaque côté
rejouent la guerre
tu as tranché
je n'irai plus
dans cette rue
remplie de femmes
à dépenser du flouze
oh Toulouse!
économie infâme
je n'irai plus
rue Alsace-Lorraine
le samedi
ça m'dit pas!
lundi 15 avril 2024
CROONER, TROUBADOUR, POETE (XXIV)
Toutes ces choses
Guidées par une étoile
Guidées par une étoile
Première à éclairer la nuit
Vénus
Vénus
Vénus
Vénus
samedi 13 avril 2024
lundi 8 avril 2024
dimanche 7 avril 2024
samedi 6 avril 2024
JUSQU'AU SOMBRE PLAISIR D'UN COEUR MELANCOLIQUE
Déjà bien avancé
Au bout du compte, le sentiment aimablement mélancolique qui consiste, en semaine, à se promener dans une station balnéaire déserte quand septembre est déjà bien avancé est la chose que nous aurons la plus aimé au monde. Les fantômes des baigneuses sont encore là, il nous semble même dans le silence de l'après-midi, sous le ciel variable, alors que la marée descend, les entendre rire.
Il n'est jamais trop tard dans la saison.
J. Leroy (Et des dizaines d'étés dorés)
mercredi 3 avril 2024
LES QUATRE SAISONS
Lundi 29 novembre
Il y a du bleu et du rose ce matin
et il y a ma joie d'enfant
ou de vieil homme
après des jours de gris et de pluie
je ne suis ni l'un ni l'autre pourtant
mais le beau temps est ma dernière
espérance politique
et le bleu et le rose mon meilleur
anxiolytique
janvier
Il n'y a de ciel que bleu
le mimosa explose en silence
duveteux
près du livre fermé
jaune sur gris
blason du dimanche
jaune sur gris
blason de janvier
shampoing schlosser
quand nous nous souvenons
des amours d'autrefois
souvent cela ressemble
à un tableau de schlosser
il ne manque même pas
le parfum du shampoing
dans les cheveux d'agnès
avant de sortir le soir
enlacés au hasard
dans la ville printanière
orage d'été
nous aurons aimé tous nos étés
même les orageux
même les dangereux
nous aurons aimé tous nos étés
l'odeur des orages
et des filles après la pluie
nous aurons aimé tous nos étés
même les oubliés
mardi 2 avril 2024
WOMEN (III)
" J'ai toujours été protégé par des femmes, des fausses femmes, j'ai leurs mains sur moi, je peux dormir tranquille. Elles sont plus vivantes depuis ma première mort, ce qui illumine ma Deuxième Vie."
La Deuxième Vie (Philippe Sollers)
lundi 1 avril 2024
dimanche 31 mars 2024
SES PUTAINS MEURTRIERES (XXV)
Au coeur de l'aliénation, il faut qu'il arrive à parler.
Il entre dans un magasin, avance péniblement car tous les regards sont posés sur lui, les belles vendeuses bien sûr mais aussi les écrans de télévisions constamment branchés sur les chaines à clip. Il est un peu endolori, s'approche un peu plus près et le tee-shirt Nike collé sur la poitrine de la jeune fille finit de l'intimider. Il voudrait partir mais une force d'attraction le cloue au parquet ciré du magasin. Il ne peut faire autrement que de demander une chemise, un pantalon. Il les essaie dans une petite cabine, il y fait très chaud. Il se voit, ne s'aime pas, puis un peu, cette variation de sentiments dans la même seconde.
Il décide dans un accès de bonheur de prendre les deux pièces. Le sourire de la vendeuse le satisfait oh si seulement elle voulait prendre un verre avec lui. Il attend l'autorisation bancaire de sa carte Visa, ses doigts pianotent sur le comptoir en bois, il se retourne constamment, regarde les images sur les écrans, essaye de surprendre un regard quand la petite musique émise par la machine signale le départ imminent du magasin. Il regarde plus profondément la vendeuse, essaye de décrocher un regard personnel, une attention particulière, mais non; elle sourit tout de même et il s'en va content, hésitant à tourner à gauche ou à droite.
Ce sera à gauche. Il longe les vitrines plus ou moins honteux d'avoir succombé à la mode, les escaliers roulants se présentent et il se retrouve au niveau supérieur, celui de la restauration.
Là il ne sait que choisir n'ayant ni faim ni soif. Il tourne en rond en passant plusieurs fois devant les mêmes buffets. Ayant peur de se faire remarquer, il choisit une boisson et s'assied sur une esplanade au milieu d'autres comme lui.
Rien n'est cherché, rien n'est trouvé. C'est de cet endroit qu'il écrit, au coeur de l'aliénation, il faut qu'il le dise.
vendredi 29 mars 2024
SES PUTAINS MEURTRIERES (XXIV)
Petite beauté maintenant rentrée tout là-haut
quand moi ici-vas, le coeur retourné
la vie sens dessus-dessous
il me faut repartir de zéro
mais d'abord mettre à plat
les journées et nos soirs.
Oublier ma lâcheté (stupide peur d'être vu)
le baiser empêché
ET GARDER TOUT LE RESTE
Ta fraicheur, ton odeur
tes cheveux mouillés, ton parfum sucré
ton regard fin de journée
et tes yeux fatigués
même tes onomatopées
tes HI HI HI
OK OK
TU PENSES
qui résonnent et qui sonnent à huit heures
à midi, à minuit
et mes mots: ma chérie
mon amour
et tes gestes dans l'amour et ton souffle
et tes pas et tes pieds
de randonneuse
et ta façon de te donner
ta peau de lait
et tes mollets
qui battaient à mesure
que le plaisir venait.





























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