"N'avoir rien accompli et mourir en surmené".
Cioran
Sur le site nos consolations
Rien d'autre ne m'intéresse
– Que ferez-vous si un jour vous n'avez plus d'idées ?– Ce genre de questions ne rime à rien. C'est comme si vous demandiez à une cantatrice ce qu'elle ferait si elle n'avait plus de voix. Que devrait-elle répondre ? Qu'elle chanterait des airs muets ? De toute façon, chaque fois qu'on a écrit quelque chose, on croit que c'est fini, qu'on ne peut plus et qu'on ne veut plus. Mais rien d'autre ne m'intéresse.– Et si vous rencontriez demain le grand amour ?– Je ne pourrais pas l'empêcher.
Thomas Bernhard
Si Roland Jaccard était vivant je lui dirais qu'Anthony Mann n'est pas mort, il vit même à Toulouse, Toulooose! cette ville qu'un anglophone n'entend pas comme un francophone!
"Il leur faut l'obstacle, l'impossible, la souffrance, la catastrophe, le châtiment, le ressentiment... Réprobation de l'instant et de sa substance, voilà... Et pour moi, au contraire: l'instant, seulement l'instant, l'instant et sa lettre de feu, corps, couleurs, paysages".
Le Coeur Absolu (Philippe Sollers)
[...]en méditant, plus avant, il se dit que ce devait être par cette amnésie imperceptible que les enseignants du secondaire s'accoutumaient aux nouvelles conditions de leur métier. Les enseignants oubliaient; chaque incident sur lequel ils achoppaient se perdait au fil des gestes pédagogiques qu'il leur fallait accomplir; chaque honte avalée était comme absorbée par leur conscience sous le poids des "temps forts de l'année scolaire"; et, à la fin, les enseignants finissaient même par oublier qu'ils avaient jamais désiré d'être des professeurs".
Jérémie Delsart, Le miracle de Théophile (Le cherche midi)
"Le chef-d'oeuvre français de cette époque restera, sans aucun doute, la série télévisée Un gars, une fille, Jean et Alex. Pas un homme, un gars, un brave gars, quoi, naïf, rusé, sans cesse brimé par une fille (pas une femme) qui n'arrête pas de parler au téléphone avec sa mère ou sa copine, se plaint de tout, sourit à s'en décrocher la mâchoire, embête son mec dans la salle de bains ou la cuisine moderne, pendant qu'il se demande, nigaud inspiré, comment il a pu se fourrer dans cette situation sans issue, sauf une, qui est là, au bout des achats, lancinante: un enfant et, pourquoi pas, un jour, trois enfants. Le plus drôle, c'est quand ils se précipitent, après cent remarques acerbes et un violent mépris réciproque, pour faire l'amour. Ils disparaissent sous un drap, sont atrocement normaux, ils roucoulent. C'est l'apothéose du couple universel classe moyenne, tous les clichés de la consommation incessante sont là, on ne s'en lasse pas. Aura-t-elle enfin son enfant dans cette agitation d'enfer avec pauses touristiques? C'est fatal. Tout est fermé, enfermé, cuisine, living, canapé, bureau, jamais de profondeur de champ, jamais de gratuité heureuse. Difficile d'être plus inspiré dans la vulgarité réaliste (la série, bien entendu, est réalisée par des femmes). Être ensemble! Jamais seuls! Tempêtes dans un verre d'eau! Loulou! Chouchou!"
L'éclaircie, Philippe Sollers
"Il n'est plus qu'un corps de lettres et de phrases toutes orientées vers leur seul plaisir. On ne peut rien opposer à quelqu'un qui lit, c'est l'ultime liberté, le privilège de pouvoir ne pas être dérangé".
Marc Pautrel, L'Île au trésor
Avril 2024, séjour à Ars-en-Ré, j’ai emporté avec moi la Deuxième Vie mais aussi l’Eclaircie,
que je veux lire, (ré)lire plutôt, magnifique roman avec deux voyageurs
du temps (Picasso et Manet) , deux femmes (Anne et Lucie) et un cèdre.
Quant à la Deuxième Vie, c’est du Pur Sollers, encore "plus resserré, encore plus audacieux" :
"Malheur à celui qui n’a pas célébré sa vie de son vivant".
Je suis devant la tombe de Sollers et cette inscription : La rose de la raison dans la croix du présent. La tombe est à l’ombre d’un grand cèdre et je pense alors à une formule de son ami Lacan," Ne cédez pas sur votre désir", que je transforme en ne "cèdre" pas sur ton désir.
Le lieu est désert ce jour-là, il fait beau. j’ose y déposer le roman que je lis juste à côté de fleurs, des Iris me semble-t-il ( "Lumineux regard qui prolonge la pensée dans les combats du corps, ultime signe du sacré : "Je pars ;" L’iris marron s’assombrit, presque "outrenoir" (Julia Kristeva dans la postface à la Deuxième Vie).
Le cimetière est bien désert mais je cherche car il est écrit dans son ultime roman cette phrase "Une autre fois, c’est bien lui qui allume une cigarette en plein soleil, au bord de la tombe dont il vient de sortir, pendant qu’une touriste lui demande s’il est le jardinier du cimetière".
A quelques pas du cimetière se trouve l’église d’Ars avec sa flèche bicolore. Le noir et le blanc.
Le soleil noir (derniers mots du roman), "le blanc terminal". "Le trois est noir, le huit est blanc". "Vers huit heures, le blanc du réveil".
Je quitte Ré le jour du meurtre d’un menuisier de l’île par un autre habitant. Dans la Deuxième Vie, je lis : "Il est difficile de percevoir la colossale innocence des habitants terrestres. Ils n’ont rien à faire là, ils ne sont que les produits de séries de malentendus entre les hommes et les femmes, et, quels que soient leurs délits, même criminels, un voile d’innocence les enveloppe de la naissance à la mort".
De retour chez moi je découvre la toute nouvelle revue dirigée par Y Haenel, Aventures, dans laquelle un inédit de Frédéric Berthet (édité par Sollers son ami) est proposé : "Kafka, histoire d’un corps".
Ce texte fait écho, (ré)sonne avec toute l’oeuvre sollersienne, cette
phrase en particulier : "Kafka écrit quelque part qu’il n’a cessé toute
sa vie de se promener, d’aller et revenir entre quelque chose qui serait
une solitude totale et une vie en commun, qu’il n’a jamais été
repérable ni dans l’une ni dans l’autre, qu’il a toujours vécu cette
frontière entre la solitude et la vie en commun. Cette frontière prend
de toutes les manières la forme d’une feuille de papier [...].
Marc Pautrel dans un recueil d’hommage à Sollers lui a écrit "Le vrai corps est un texte".
Je n'irai plus
rue Alsace-Lorraine
où des enseignes
de chaque côté
rejouent la guerre
tu as tranché
je n'irai plus
dans cette rue
remplie de femmes
à dépenser du flouze
oh Toulouse!
économie infâme
je n'irai plus
rue Alsace-Lorraine
le samedi
ça m'dit pas!
Déjà bien avancé
Au bout du compte, le sentiment aimablement mélancolique qui consiste, en semaine, à se promener dans une station balnéaire déserte quand septembre est déjà bien avancé est la chose que nous aurons la plus aimé au monde. Les fantômes des baigneuses sont encore là, il nous semble même dans le silence de l'après-midi, sous le ciel variable, alors que la marée descend, les entendre rire.
Il n'est jamais trop tard dans la saison.
J. Leroy (Et des dizaines d'étés dorés)
Lundi 29 novembre
Il y a du bleu et du rose ce matin
et il y a ma joie d'enfant
ou de vieil homme
après des jours de gris et de pluie
je ne suis ni l'un ni l'autre pourtant
mais le beau temps est ma dernière
espérance politique
et le bleu et le rose mon meilleur
anxiolytique
janvier
Il n'y a de ciel que bleu
le mimosa explose en silence
duveteux
près du livre fermé
jaune sur gris
blason du dimanche
jaune sur gris
blason de janvier
shampoing schlosser
quand nous nous souvenons
des amours d'autrefois
souvent cela ressemble
à un tableau de schlosser
il ne manque même pas
le parfum du shampoing
dans les cheveux d'agnès
avant de sortir le soir
enlacés au hasard
dans la ville printanière
orage d'été
nous aurons aimé tous nos étés
même les orageux
même les dangereux
nous aurons aimé tous nos étés
l'odeur des orages
et des filles après la pluie
nous aurons aimé tous nos étés
même les oubliés
" J'ai toujours été protégé par des femmes, des fausses femmes, j'ai leurs mains sur moi, je peux dormir tranquille. Elles sont plus vivantes depuis ma première mort, ce qui illumine ma Deuxième Vie."
La Deuxième Vie (Philippe Sollers)
Au coeur de l'aliénation, il faut qu'il arrive à parler.
Il entre dans un magasin, avance péniblement car tous les regards sont posés sur lui, les belles vendeuses bien sûr mais aussi les écrans de télévisions constamment branchés sur les chaines à clip. Il est un peu endolori, s'approche un peu plus près et le tee-shirt Nike collé sur la poitrine de la jeune fille finit de l'intimider. Il voudrait partir mais une force d'attraction le cloue au parquet ciré du magasin. Il ne peut faire autrement que de demander une chemise, un pantalon. Il les essaie dans une petite cabine, il y fait très chaud. Il se voit, ne s'aime pas, puis un peu, cette variation de sentiments dans la même seconde.
Il décide dans un accès de bonheur de prendre les deux pièces. Le sourire de la vendeuse le satisfait oh si seulement elle voulait prendre un verre avec lui. Il attend l'autorisation bancaire de sa carte Visa, ses doigts pianotent sur le comptoir en bois, il se retourne constamment, regarde les images sur les écrans, essaye de surprendre un regard quand la petite musique émise par la machine signale le départ imminent du magasin. Il regarde plus profondément la vendeuse, essaye de décrocher un regard personnel, une attention particulière, mais non; elle sourit tout de même et il s'en va content, hésitant à tourner à gauche ou à droite.
Ce sera à gauche. Il longe les vitrines plus ou moins honteux d'avoir succombé à la mode, les escaliers roulants se présentent et il se retrouve au niveau supérieur, celui de la restauration.
Là il ne sait que choisir n'ayant ni faim ni soif. Il tourne en rond en passant plusieurs fois devant les mêmes buffets. Ayant peur de se faire remarquer, il choisit une boisson et s'assied sur une esplanade au milieu d'autres comme lui.
Rien n'est cherché, rien n'est trouvé. C'est de cet endroit qu'il écrit, au coeur de l'aliénation, il faut qu'il le dise.
Petite beauté maintenant rentrée tout là-haut
quand moi ici-vas, le coeur retourné
la vie sens dessus-dessous
il me faut repartir de zéro
mais d'abord mettre à plat
les journées et nos soirs.
Oublier ma lâcheté (stupide peur d'être vu)
le baiser empêché
ET GARDER TOUT LE RESTE
Ta fraicheur, ton odeur
tes cheveux mouillés, ton parfum sucré
ton regard fin de journée
et tes yeux fatigués
même tes onomatopées
tes HI HI HI
OK OK
TU PENSES
qui résonnent et qui sonnent à huit heures
à midi, à minuit
et mes mots: ma chérie
mon amour
et tes gestes dans l'amour et ton souffle
et tes pas et tes pieds
de randonneuse
et ta façon de te donner
ta peau de lait
et tes mollets
qui battaient à mesure
que le plaisir venait.
J'ai l'impression que le poème méchant
est plus juste
que le gentil
MAIS ce qu'il faut retenir c'est que pour être juste
je me dois aussi d'écrire des choses
belles sur elle
et sincères.
Poème plus gentil
C'est une femme
libre
et ça c'est dur
de se l'avouer
elle est tout le temps en retard
pour tout très occupée
parce qu'en fait elle a de l'avance sur les autres
et sur moi-même?
c'est compliqué
ce qui fait la différence
et elle le sait
c'est justement qu'elle sait.
Poème méchant
Elle a tout fait
dans la vie
tout fait à fond
les voyages
12 heures sans s'arrêter
La fête à Tel-Aviv
la nuit à danser
même sur un tabouret
les garçons
si un me plaît, j'y vais
et les études
je veux 20 sur 20
la tête collée sur le cahier
à 8 heures, à midi à minuit
je fais tout à fond
c'est ma devise
mes poèmes à fond abstraits
(ça vient des cavernes ou alors de la lune)
mes dessins à fond concrets
(j'ai un fils je dessine pour lui qui a 3 ans)
j'étudie mon couple
au fond je sais bien que les choses passent
Je médite pleinement cette phrase: ce qui doit être aboli continue et notre usure continue avec. On nous abîme on nous sépare.
les années passent et nous n'avons rien changé.
Mais je suis raisonnable à fond
C'est terrible au fond
10 ans à peu de choses près
sans pouvoir à chaque fois se supporter plus de
10 minutes
jamais de vraies conversations
toujours des à peu près
pas une seule chanson
écoutée côte à côte
mais le temps
écoulé
pour nous séparer
Je me sens comme une feuille baladée par le vent
mais si la feuille est libre, si le vent qui la pousse la rend libre
moi, je me sens prisonnier
mon maître métier n'a ni queue ni tête
je porte plusieurs casquettes
je regarde autour de moi et toute mon impuissance
m'enveloppe
réagir! mais comment?
la feuille est libre, c'est sa nature, elle tombe et voyage
je regarde autour de moi, il n'y a rien, rien de contraignant
non plus
j'ai une fonction de professeur; non je suis professeur
c'est mon identité, ma nature
c'est devenu ma nature
on n'échappe pas à soi
Voyez-vous tous ces humains
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront...
Car si la Terre est ronde
Et qu'ils s'agrippent
Au-delà, c'est le vide
Il marche vers
sachant qu'il va commettre
ce que des dizaines de fois
il s'était juré d'arrêter
Quand c'est comme ça
la déambulation est tout à
la fois
la lutte contre et la préparation à
Il marche donc
devant lui de l'ocre et du vert
belle chevelure tombante
sur une toute petite pièce de tissu
c'est l'été!
Il pense à la peinture
mais hélas, rien de précis
il sait pourtant que c'est comme ça
qu'il peut s'en sortir
mais aujourd'hui il va vers...
FAUX PAS
J'entends le pas de la pute
faut pas! dit une voix
j'imagine les bas de la pute
mon coeur bat
pas de pute, pas de pute dit une voix
je vois l'appât qu'est la pute
j'y vais c'est la dernière fois...
Des dizaines de filles croisées
la figure à peine regardée
c'est le cul qui attire d'emblée
j'en suis une, je fonce
droit devant
le fondement
est le fond de mon problème
Société je m'en vais
Toujours en quatre
en cartes
épinglé, cinglé
démentir-affirmer
souffrir-se taire
avaler la peur
pleurer-répondre
tac au tac -loto
boulot-dodo
se doter d'un capital
culture-kultur!
CUT
quitter (sniff sniff)
centrer (but ah ah!)
aligner (tatatatatata)
ajuster (pan)
POLICE-DEPLACER-EFFACER-COUPER-FICHIERS-ENREGISTRER-QUITTER (OUF)
Dégager, glisser.
Elle a vécu l'enfer
maintenant c'est le paradis
elle veut l'écrire
mais que de bondieuseries!
"On ne publie jamais le dernier livre d'un écrivain disparu, mais seulement le premier de ses livres posthumes, et aussi le premier de tous ses livres à relire".
Marc Pautrel (carnets, en date du 03/03/24)
Réveil douche petit déjeuner escalier bus
transport
lente et douce immersion dans le monde du travail
visages ternes
regards empêchés
dos du monsieur cartable du gamin qui accroche
là une place: assoupissement.
Buée sur la vitre
glace-miroir-regard
main essuie-glace
apparition de formes
flottantes je frotte mes yeux
où suis-je?
Vraiment?
Transporté je connais la destination
éternel chemin
trajet tragique
Je laisse tout trainer (habits, courrier...)
Ce sont des bouées (des cailloux si vous voulez...)
Quand je me reprends
J'ouvre les yeux et j'ai du travail
J'essaie de rattraper le temps
Perdu
Les lettres je les ouvre
Les habits je les ramasse
Objets isolés sur lesquels je m'appuie
Pour reprendre vie
Entre temps qu'ai-je fait?
"L'art de vivre ressemble plutôt à une lutte qu'à la danse en ce qu'il faut toujours se tenir en garde et d'aplomb contre les coups qui fondent sur vous à l'improviste."
Marc Aurèle, Pensées, livre VII
Poète qui fait rimer
les mots
à tout bout de champ
comme si la vie
rimait
naturellement
et toi! poète!
ta vie à quoi rime-t-elle?
Pas réussi à se démarquer
ça marque à la longue
toujours dans les pas de quelqu'un
dans l'ombre
aucune trace visible
apparemment
mais l'HOMBRE sombre!
Pas la vie de Van GOGH
mais
toutes ses étendues d'or
Pas la vie de Monk
mais
chaque note répétée à satiété
Pas les bières de Bukowski
mais
tous ses poèmes
Pas le cigare d'Hemingway
mais
tous ses dialogues
En finir avec toute la bouillie biographique
les arguments psycholo-gisants
vivre
merde.
Danse
Journée difficile. Subie. Passive.
Des paroles écoutées, échangées, des opinions
Sur l'éducation
Fatigue.
"Reprendre possession de son corps"
Ai-je retenu d'une conférence d'un psychanalyste sur la
Danse
Après une journée en société, dans
L'intimité
C'est le geste
Vital
Reprendre possession de ses mots,
Geste mental
Aussi primordial.
Saturation du JE
répétition
je dis je mais je ne sais pas pourquoi
le jeu du jeu, transmis de
génération en génération
j'ai entendu mon grand-père dire je
mon père n'a jamais dit autre chose
et mon frère qui en est repu
et pourtant rien n'est si faux
je, mérite un autre sort
je sors de la famille
pour arriver à dire JE
-Tu es bien nerveux, Delafeuille.
-Non mais vraiment, puisqu'on parle des femmes. Je veux dire, personne ne nous entend. Tu en penses quoi?
-Je pense quoi de quoi?
-Des femmes? En tant que libraire?
-En tant qu'homme.
-Qui te dit que j'en pense quoi que ce soit?
-Allons, allons. Nous avons tous des théories, surtout quand nous sommes bourrés.
Raoul vida son verre.
-Nous ne pouvons plus rien penser des femmes, dit-il, et tu le sais très bien. Sinon tu ne poserais pas la question.
Le livre de la rentrée, Luc Chomarat
Prendre tout le temps des notes
Avec pour ce mot son sens musical
Prendre des notes c'est prendre son pouls
C'est connaître son rythme
"La laideur vient de la frustration."
"Celui qui sait bien dormir gagne du temps."
"Ne pas se laisser happer par le marasme idéologique."
"La douleur est sérieuse mais le désespoir ridicule."
"Partout la suspicion, l’idée de la sécurité avant tout, ne pas perdre la face, se garder de toute faiblesse ludique !"
L. Dax, revue Ironie (Janvier, février, Mars 2024)
J'ai devant moi, mais il m'échappe, celui que je rêve d'être.
Informulée, ruminée, la description qui m'idéalise, m'irréalise. Je fuis comme la peste le principe de réalité, mais rien n'empêche les fantasmes de déferler, de te leurrer.
Ne pas pleurer.
Dans le dernier numéro de la revue Ironie (Janvier/Février/Mars 2024), de Lionel Dax
"S'assagir, c'est entrer dans le jeu de la mort." L.R.D.F
"Sur la route, Vivaldi, Scarlatti, Pergolèse, tout droit, vers le sud, allegro, largo, allegro, les hirondelles s'activent en ronde devant le pare-brise, miroir de leur agilité."
"Sollers remontant d'un pas prompt le boulevard de Port-Royal."
Des phrases à longueur de journée
Ou alors des silences sans fin
Mais pas un mot valable
Pas une pensée vraie
Triste bilan de la journée
Et ceci toujours recommencé
J'aimais une fille
mais comme je ne savais pas
parler
j'utlisais ce que je connaissais
TAC TAC TAC
ou encore
1 2 3 4
je déclenchais son rire
mais rien n'y faisait
toujours s'illusionner
Pâleur d'un visage
dans le jour froid qui se lève
c'est
pour moi le halo
qui
réchauffe mes ténèbres
Souvent il se promenait durant d'interminables heures, ne voulant pas rentrer à la maison pour retrouver un inconfort qu'il détestait mais qu'il n'avait pas la force de changer. Il marchait et des flots de pensées le submergeaient. Il savait pourtant que l'unique solution pour ne pas couler était de s'arrêter, de se poser et de mettre à plat tout ce qui lui venait à l'esprit.
Pour passer de personnage de mauvais roman à possible narrateur du récit qu'il oserait enfin appeler vie, sa vie à reconstruire à la force du poignet.
Finies les envolées
Les voeux voilés
Les voix volées
S'ouvrir
Finies les vaines allées
Les veines coupées
La vie corvée
Le corps
Levé de la
Victoire
Quel drôle d'assemblage dit-elle.
Un grand bourgeois et un prolétaire quoi de commun?
Pas si sûr, écoute, ce sont les dernières lignes du roman-poème de Ponthus:
Il y a qu'il n'y aura jamais
De
Point final
A la ligne
Oh! Sans ponctuation! Comme dans Paradis!
D'un livre l'autre, j'entame maintenant la biographie de Louvrier sur ce mystérieux Sollers. N'est-ce pas Mozart qui disait que la musique est dans le silence entre les notes?
"J'avais même dû réussir à faire rimer
Abattoir et foutoir
Crevette et esperluette
Usine et Mélusine"
Joseph Ponthus, A la ligne -Feuillets d'usine
Publié sur le site nosconsolations.
Sans la littérature, on ne saurait ce que pense un homme quand il est seul.
Georges Perros, Papiers collés, GallimardQuestion: On peut vivre sans son corps?
Sollers: Oui, c'est même ce qui est promis à l'humanité. Par la déréalisation technique du corps. Vous prendrez de plus en plus l'habitude de voir des massacres à l'heure du dîner... Après quoi, le sport.
Extrait d'un entretien dans la revue "La porte, 1993)
"Le dandysme consiste à se placer du point de vue de la première femme de ménage qui découvrira le cadavre"
Frédéric Berthet (extrait d'un manuscrit retrouvé dans son appartement deux jours après sa mort le 25 décembre 2003; sa femme de ménage avait trouvé porte close le 25 décembre en venant faire le ménage).
"Le rock m'a sauvé la vie mais me l'a aussi raccourcie".
Daniel Darc
"Vous le lisez et il est aussitôt présent, il marche avec vous, au milieu du désert comme au fond de la vallée verte, sur la plage comme le long des façades classiques de Bordeaux ou Venise."
Marc Pautrel dans Hommage à Philippe Sollers
Il pense, si on peut dire, vu l'état dans lequel il est, fatigue générale, au delà de tout épuisement.
S'il continue à travailler ainsi, alors il ne fera jamais rien.
Il se couche, il s'endort, ni chair, ni livre...tristesse...
A ce rythme il n'aura pas lu tous les livres, hélas!
"J'aime croire, comme le dit Heidegger, que le temps ne passe pas, mais qu'il surgit. Pourtant...C'était il y a plus de cinquante ans, à cette époque, je marchais souvent dans Paris en me récitant des phrases d'Artaud: "La vie est de brûler des questions." Ou encore: "Une grande ferveur pensante et surpeuplée portait mon moi comme un abîme plein." Et voici que je découvre "La pensée émet des signes", un très beau texte de Sollers qu'il consacre à Artaud dans L'écriture et l'expérience des limites. J'admire aussitôt sa puissance d'analyse, sa subtilité et son émotion contenue pour le poète martyr."
Lucille Laveggi dans Hommage à Philippe Sollers
Encore une fois le coeur déchiré (déchiré)
Je suis un clown démaquillé
Le grand rideau vient de se baisser sur l'été.
"Le nom de Céline appartient à la littérature, c'est-à-dire à l'histoire de la liberté. Parvenir à l'en expulser afin de le confondre tout entier avec l'histoire de l'antisémitisme, et ne plus le rendre inoubliable que par là, est le travail particulier de notre époque, tant il est vrai que celle-ci, désormais, veut nier que l'Histoire était cette somme d'erreurs considérables qui s'appelle la vie, et se berce de l'illusion que l'on peut supprimer l'erreur sans supprimer la vie. Et, en fin de compte, ce n'est pas seulement Céline qui sera liquidé, mais aussi, de proche en proche, toute la littérature, et jusqu'au souvenir même de la liberté."
Philippe Muray, Céline. En exergue du n°15 de la revue Les cahiers de Tinbad.
"L'oeuvre de Sollers est l'antidote de la phrase de Lautréamont dans Poésies: "La méchanceté et la tristesse sont déjà le commencement du doute, le doute est le commencement du désespoir, le désespoir est le commencement cruel des divers degrés de la méchanceté"
Extrait de Sollers à l'étoile (J.H Larché)
"Le 28 novembre 1969, Picasso peint un emboîtage homme-femme de toute beauté. L'homme a un chapeau jaune soleil, la femme mangeuse ou mangée, apporte avec elle une floraison flottante de feuillage. Des mains éclatent ici et là. Il y a deux figures antagonistes et séparées, mais une seule en rotation. Quatre yeux et un seul regard. Le reste de la toile se distribue en noir-terre, blanc-ciel, bleu-mer. Cette année-là, ce jour-là, comment pourrais-je ne pas y penser, je fête mon anniversaire: trente-trois ans. L'année précédente, comme par hasard, il y a eu un grand printemps."
Philippe Sollers (PICASSO, le héros)
" Le cortège des jaloux, des abrutis, des pleureurs, des violents, et autres fous furieux, qui semblent infatigables".
Marc Pautrel (carnets, nov.2023)
"Pourquoi j'écris parce que je ne
connais pas mon bonheur."
Jean-Pierre Georges (Je m'ennuie sur terre)
L'étoile mystérieuse.
C'est le soir il se promène dans sa rue au bras de sa fille qui tout à coup crie papy! en montant du doigt. Il ne voit pas puis croit reconnaître la silhouette du grand-père maternel mais elle lui indique du doigt le ciel et une étoile qui brille. C'est papy dit-elle. Pourquoi donc lui demande-t-il? Parce qu'il avait toujours plein de choses, des bagues qui brillaient. Est-ce qu'il brillait dans la vie?
Cette étoile qui brille à l'est c'est Sirius. Il pense à cet album de Hergé, "l'étoile" mystérieuse" publié en 1941 année de naissance de son grand-père, il ne l'a pas relu depuis son enfance.
C'est quand les Soldes?
En janvier comme d'habitude, pourquoi?
Je voudrais m'acheter des chaussures mais elles sont chères, je vais attendre les soldes.
Oh quelle vie!
Pourquoi?