-Qu'est-ce que tu branles?
-Rien.
" Lucette l'avait bricolé, ce lit, de telle façon qu'il était surélevé [...]. Deux ou trois édredons pour finir et elle était parvenue à trouver la hauteur exacte qui lui permettait, une fois allongée, de voir par sa fenêtre la mer et rien que la mer. La mer, la mer du lit, et c'est tout. Quand elle lisait, elle pouvait jeter un coup d'oeil par sa fenêtre: c'était immanquablement l'horizon grisonnant et liquide de sa chère mémère qui, seul, intercalait sa ligne à celles de son livre."
Extrait de Lucette par M. E. Nabe
"Mon vieux,
Que te répondre?
Trouille ou pas? Je me suis foutu bien exposé mille fois plus que notre bande de petits noyaux. Vous n'avez même pas eu la patience, la ténacité, le tempérament, le courage, l'humanité d'acquérir une plume catégorique.
Vous labourez dans la confusion, la velléité bavarde. Allons au boulot! Petits crabes au boulot d'abord! Et encore et toujours! Voilà ce qui vous manque, l'obscure..."
Lettre de Céline à Roger Nimier dans le Trésor retrouvé par Jean-Pierre Thibaudat
Mes amis, après ce délicieux repas, ce vin divin, je voudrais vous montrer un film, un régal, un bonheur, que je viens de voir; voici les arguments pour vous convaincre:
1. C'est avec un écrivain SULFUREUX, ça nous empêchera de végéter sur le canapé.
2. C'est assez court, moins d'une heure.
3. C'est en couleur (pour M.)
4. ça danse (pour S.)
5. C'est plein de musique (pour M.)
6. C'est sur l'Italie au 20ème siècle, sur l'Adriatique, sur Mussolini! (pour F. prof d'H-G)
7. C'est sur Dino Risi (pour moi)
8. C'est filmé par la superbe femme de l'écrivain M.E. Nabe (pour F and me to...)
https://nabesnews.com/wp-content/uploads/2022/09/Nabe_au_Baltic.mp4?_=1
" Tactique. Moi qui aime tant les pensives je n'ai rencontré en majorité que des poncives, sempiternellement taraudées par le nerf à vif d'une incessante guerre aigrie qui les épuise. la difficulté consiste à rendre une femme pensive afin qu'elle me séduise à son insu. Pensive et gaie, c'est assez ardu. Beaucoup échouent à l'examen, trop hystériquement rieuses pour être sincèrement gaies, trop foncièrement soucieuses pour être clairement pensives."
S. Zagdanski (Mes Moires)
Des débats partout,
De l'espoir, de la déception,
Des hauts, des bas
Débats débats débats... Bon débarras
Bats-toi!
-M: Qu'est-ce que tu fais?
-MOI: Je travaille.
-M: Menteur!
-MOI: Non, pourquoi?
-M: T'es sur ton blog, tu ne travailles pas.
-MOI: ça demande quand même du temps et de la concentration, donc oui je travaille, mais pour moi.
-M: ça sert à quoi personne ne te lit!
-MOI: Si toi quand même, ça compte.122 articles pour être précis.
-M: Des posts oui, des postillons même!
-MOI: ça dépend, c'est inégal mais quelquefois je crois que c'est intéressant.
-M: Certainement pas lorsque tu es indiscret, je trouve ça honteux de parler de gens proches de toi. Tes postillons sont des crachats. Tu penses qu'ils seraient contents de voir leur vie étalée?
-MOI: Je n'étale rien; aucune indiscrétion, "aucun reproche à ses proches", disons plutôt que je m'approche de mes proches mais en douceur.
-M: Ben voyons...
-MOI: Je t'assure, en douceur, et profondeur...
-M: Un titre d'un de tes crooners bien sûr!
-MOI: Je m'approche avec des mots comme quelqu'un qui voudrait mieux voir un détail d'un tableau approcherait sa lampe ou sa bougie afin de l'éclairer. Voilà comment j'envisage les choses: porter un éclairage sur une scène vécue, un souvenir, qui sans cela resterait dans l'ombre ou l'oubli éternellement.
-M: Vraiment tu te la racontes, qu'est-ce que tu es prétentieux, t'es incurable.
-MOI: Je bricole.
-M: J'aimerais bien! Mais c'est moi qui fais ça, je repeins, je répare, tu parles d'éclairage et c'est moi qui change les ampoules!!
-MOI: Tu ponces, je pense...
-M: Tu deviens imbuvable! Et puis je ne comprends pas le titre de ce blog,Thelonews pour Thelonious Monk?
-MOI: Voilà
-M: Mais tu n'as mis qu'un morceau de lui, lors de ton premier post, oh pardon, article; le reste ce sont des crooners.
-MOI: Tu as raison, je vais réparer cela; écoute,buvons, un an aujourd'hui que je tiens ce blog, je te sers quelque chose?
-M: un Mojito, et toi?
-MOI: Un whisky, mais straight no chaser bien sûr!
« […] Oui, les journaux avaient raison, la neige était générale en toute l’Irlande. Elle tombait sur la plaine centrale et sombre, sur les collines sans arbres, tombait mollement sur la tourbière d’Allen et plus loin, à l’occident, mollement tombait sur les vagues rebelles et sombres du Shannon.
Elle tombait aussi dans tous les coins du cimetière isolé, sur la colline où Michel Furey gisait enseveli. Elle s’était amassée sur les croix tordues et les pierres tombales, sur les fers de lance de la petite grille, sur les broussailles dépouillées.
Son âme s’évanouissait peu à peu comme il entendait la neige s’épandre faiblement sur tout l’univers comme à la venue de la dernière heure sur tous les vivants et les morts ».
Dernière nouvelle du recueil « Gens de Dublin », intitulée « The Dead » par James Joyce
Ils se retrouvent régulièrement dans un restaurant de spécialités du sud-ouest, au nom ridicule, dans Paris; à chaque fois pour voir ensemble un match de coupe d'Europe de football, le sport de leurs jeunes années, spectacle (peu) télévisé en ces temps là qu'ils attendaient, espéraient avec d'autant plus de ferveur, mais à chaque fois spectacle interdit par leur papa.
Et c'est justement "chez papa" qu'ils se retrouvent...
Un ami m'envoie son album destiné à la jeunesse: j'ai trouvé mon titre.
Je lis la chronique hebdomadaire de Y. Haenel qui paraît dans Charlie Hebdo, elle s'intitule "Plus de lumière", en référence à Goethe. Il y est surtout question de Jean-Luc Godard qui vient de s'éteindre (plus de lumière). Il relate une rencontre avec lui dans un café nommé "Le Paradis" situé rue Saint-Martin près de Beaubourg.
Ce café est situé à quelques dizaines de mètres du café Beaubourg où la présence de Philippe Sollers est inscrite dans les murs du café avec le début et la fin de "Paradis 2".
Sollers, en parlant d'Autoportrait de décembre soulignait que dans la bibliothèque que Godard filme on voit L'enfer et le purgatoire de Dante, mais pas le Paradis...
Paradis de Sollers: Soleil voix lumière
Plus de lumière titre Haenel, "mais les couleurs n'ajoutent pas seulement à l'intensité de la vie, elles nous procurent la lumière qui manque".
A la fin de Paradis (mais il n'y a pas de fin à Paradis, pas de ponctuation, pas de fin), c'est "ce qui ne meurt pas", on lit: "et voilà tout se renverse d'un coup à nouveau le jour se lève enfin dans sa pointe océan poumons clé hautbois le bleu revient il revient le bleu pas croyable il est là buée dans le rouge en gris jaune en bas...
Mais dans Godard, on entend Dieu, on entend art dit Haenel; tout comme Sollers veut dire tout entier art...
"art, "oui ça je connais c'est quand on ne meurt pas" dit Godard à Haenel.
ça l'empêche de dormir; il s'agite dans son lit, pense qu'il est son père, se retourne, pense maintenant qu'il hait son père, puis qu'il hai-me son père (comme dirait Lacan!). Il s'y perd sur cette question de père. Et puis il finit par s'endormir.
Au réveil content de lui, hé hé, il se dit qu'il faut, telle une haie, le franchir.
Le bon plaisir de l'homme de la peine dans les années 70, alors que les retransmissions de matchs de football étaient rares, consistait à éteindre le téléviseur juste au moment du coup d'envoi d'un match fébrilement attendu toute la journée par ses deux garçons, et de les renvoyer manu militari dans leur chambre.
On connaît la fameuse phrase "La morale est affaire de travellings" (Luc Moullet et Jacques Rivette), renversée par Godard en "Le travelling est affaire de morale".
Voici un travelling optique (zoom avant), extrait d'un des plus beaux films du monde, Dans la ville blanche d'Alain Tanner.
Ou l'amour est affaire de ...travelling optique.
Trois suisses ont choisi de tirer leur révérence en septembre juste avant l'automne, le froid, la neige; pour des natifs d'un pays alpin c'est plutôt cocasse.
Arrivés à l'hiver de leur vie, ils ont préféré faire leur sortie à la toute fin de l'été.
Le terroriste Godard, l'infâme Jaccard, l'anarchiste Tanner
Mort le 13 septembre
Mort le 20 septembre
"Je n'ai rien connu de mieux que ce voyage, cette descente solitaire à 180 à l'heure et 45°Celcius vers l'enfer du sud de l'Espagne.; J'étais à la fois seul et accompagné, triste et heureux, plein d'espoir et de désespoir. J'avais de l'argent, une bonne climatisation, je roulais vite, j'étais nourri de bon vin couleur d'or ou de rubis."
"La fréquentation d'Anatole France rappelle la conversation des personnes âgées. Au début elle paraît drôle mais vite je ressens un sentiment de tristesse, d'étouffement, d'ennui. Pas question de radotage, plutôt d'une fausse tranquillité (agressive) qui vient de la conscience qu'ils ont de ne plus être objet de désir. Bavardage d'eunuque."
"Dans l'étude sur Borgès, Yourcenar dit de la psychanalyse qu'elle est une "pauvre mythologie". Nabokov et Yourcenar dénigrent la psychanalyse. Pourtant, qui m'expliquera, sinon le "charlatan de Vienne", pourquoi, à chaque fois que j'ai des soucis d'argent, je passe mon temps à nettoyer les cabinets à l'eau de Javel? Les idées du freudisme, souvent très simples, permettent de se voir agir, ce qui est un remède, comme l'humour juif. Nettoyer les cabinets en sachant que la merde, c'est de l'argent et que l'argent, c'est de la merde, reste plus drôle que de les nettoyer en pleine anxiété, sans le savoir."
Liberty, de Simon Liberati (éd. L'indéfinie)
" Dans les champs de la conception centrée sur l'utilisateur ou du marketing, une persona est une personne fictive dotée d'attributs et de caractéristiques sociales et psychologiques et qui représente un groupe cible". Wikipédia
"L'un des effets du virus fut la métamorphose inopinée des humains déambulant dans les rues en larves: chacun devant porter ce fameux masque, larva en latin. Ce que Rimbaud eût nommé le "bétail de la misère" s'exhibait maintenant avec un morceau de tissu couvrant le bas de la face, comme si à force de s'ancrer dans la survie-le contraire de la "vie vivante"-on avait été jusqu'à perdre la figure: à n'être plus qu'un pantin ou, plus exactement, un spectre, autre sens du mot larva".
François Meyronnis, revue Ligne de risque n°3-2022
I comme immatériel, immersif, immonde...
"Que la numérisation en cours ait inconsciemment quelque chose à voir avec l'autodafé, il suffit pour s'en convaincre de regarder le plus répandu des livres électroniques, celui d'Amazon, dont le nom (Kindle) signifie brûler".
"Un livre électronique n'est ni ouvert ni fermé. Cette indétermination illustre un certain mode de réception de la littérature: l'indifférence".
"La page du livre électronique n'apparaît que dans la perspective de son effacement parce que c'est l'effacement qui est premier. La page tournée ne fait que retourner aux limbes dont elle provient. Elle y retourne dans un clignotement, et ce clignotement seul est réel".
Julien Battesti, Fragments sur le livre électronique (Revue Ligne de risque n°3-2022)
Avec une certaine cohérence, l'homme de la peine finit sa vie à Sanary (ça n'a ri).
Courte, la vie est courte et comme je comptais dessus
Triste, que la vie est triste lorsqu'on a déjà tout bu
Douce, la pente est douce, l'été au rendez-vous
Tendre, dans l'herbe tendre sous le soleil du mois d'août
Puisqu’on a fait ce que l’on a pu
Puisqu’on a plus ce que l’on avait
Ce qu’on a vécu on l’a perdu
Dans notre infinie solitude
Comme la faille est contenue dans la fa(m)ille, il s'agit de ne pas s'appesantir, de ne pas tomber dans le trou, la faille... on n'y peut rien.
Oh mon amour le temps ne suspend plus son vol
Atterré atterris abattu en plein vol non mais dis moi vraiment
A quoi l'on ressemble après toutes ces années à vivre ensemble
Je lis et relis la formidable revue de Lionel Dax, Ironie. Le n°215 intitulé VOIR est signé Thierry Desalme. Ce sont des portraits de jeunes filles et de femmes, ponctués d'aphorismes tels que:
"Je ne vois plus que le jeu: le château de sable immédiatement éternel."
"Un homme qui ne rêve pas n'existe pas."
Et puis, peut-être un clin d'oeil à l'écrivain Stéphane Zagdanski, ceci: "Je ne regarde plus la mort puisqu'elle est dans mon oeil. Et qu'elle m'apparaît pour ce qu'elle est, un phénomène de limite dans un tout qui la dépasse dans le temps même où elle règne. Je la dépasse moi aussi dans le temps qu'elle est ici."