
Bagnolet, fin juillet 2023
"Et même si rien ne devait être comme nous l’avions espéré, cela ne
changerait rien à nos espérances. Les espérances resteraient, l’utopie
serait nécessaire ». Le livre d'image (JLG)
On connait la cause de la rupture entre Sollers et Kundera, rapportée par Ariane Chemin dans son livre sur Kundera, l'anecdote du pendule de Vera, qui s'affole sur une bouteille de Sauternes apportée par Sollers; il vide alors la bouteille dans l'évier.
"En groupe, l’alcool – et plus particulièrement le vin – a chez Kundera
le pouvoir de dilater le temps, et de jeter des ponts entre différentes
époques, à l’image de cette sublime séance de dégustation durant
laquelle Bertlef sert à tous les convives un millésime 1922 : «Mes
amis, goûtez ce vin. Il a la douce saveur du passé. Savourez-le, comme
si vous aspiriez, en suçant un long os à moelle, un été depuis longtemps
oublié. Je voudrais en trinquant marier le passé et le présent et le
soleil de 1922 au soleil de cet instant». Une scène observée froidement par un autre personnage, qui ne voit dans cet excès de nostalgie qu'un prétexte à la «parlotte»,
qui révèle chez l'auteur un certain dédain pour le commentaire,
préférant sans doute la part plus insaisissable du vin dans sa dimension
fédératrice. Beaucoup plus tard, dans son roman L'Ignorance, écrit
en français, le personnage d'Irena, de retour au pays après un long
séjour en France, tente en vain de faire goûter à ses amies de jeunesse
des vins de Bordeaux, ici symboles de luxe et de distinction. Mais aux
fins nectars de 1982, elles préfèrent s'envoyer de copieuses chopes de
bière, sans doute la seule boisson sincère, «qui dissipe toute hypocrisie».
extrait d'un article du Figaro, par Alicia Dorey
"Sa seule présence (en parlant de son chien), m'aidait à retrouver ce mépris des hommes qui est la première condition de la sérénité et de la sagesse dans la vie humaine".
La peau, Malaparte

"Je suis belle, ô mortels!
Comme un rêve de pierre
[...]
Je hais le mouvement qui déplace les lignes".
Ch. Baudelaire (La beauté)
M: Où veux-tu reprendre?
MOI: Comme tu veux, avec Godard et Sollers les 2 grands morts de ces derniers temps que l'on évoquait l'autre fois à propos de l'opus 32 de Nabe's News?
M: Incroyable non? du n°32 au n°33, de vie à trépas.
MOI: n° 33 ou l'Âge du Christ! C'est aussi la mort du père, troisième grand mort de l'année à 99 ans!!! (3X 33).
M: Tu as lu le texte de Nabe lors de la cérémonie mortuaire? et tu as vu la photo du cercueil?
MOI: Oui ça m'a fait penser au cercueil de mon père et à sa chambre mortuaire. Il est mort 3 mois après le père de Nabe.
M: Mais tu n'as rien lu toi devant le cercueil de ton père.
MOI: Non, mais j'ai écrit sur son cercueil car j'avais en tête un des slogans des situationnistes: "écrivez partout".
M: "Des phrases tristes, pleines de pathos"?
MOI: Non pas du tout, c'était sobre: "toi mon père qui est aux cieux que ton nom soit sanctifié."
M: Grandiloquent...
MOI: Tu sais comment je l'appelais mon père?
M: L'homme de l'Ouest?
MOI: Non, l'homme de la peine, hélas pas assez à l'ouest ce breton toujours trop préoccupé pour... rien. C'est en référence à l'Homme de la plaine, un western d'A. Mann avec James Stewart.
M: C'est triste non?
Moi: Mon père aimait les westerns mais je ne sais pas s'il connaissait celui-là. Il aurait pu dire: L'enfer c'est là où je me trouve.
M: Oh l'anti-Voltaire! Mais tu exagères quand même et la phrase exacte de J. Stewart c'est: "J'ai l'impression d'appartenir à l'endroit où je me trouve".
Moi: Oui c'est tout à fait lui qui de fait n'était de nulle part, donc de partout. Des endroits où il a vécu, on pourrait dire: d'un ennui l'autre.
M: Et de l'ennui à la nuit...
MOI: Mon père, taciturne, a terminé sa vie dans une urne mise dans une valise, laquelle pour voyager en train a été étiquetée avec cette phrase: Ne m'oubliez-pas!
M: Ton père si je me souviens bien était rentré en France après 15 ans à l'étranger avec comme seul et unique bagage une valise et c'est tout. Il faudrait que tu éclaires ça quand même sinon ce sera l'oubli.
Moi: Tout le contraire de "la joie de vivre" du père de Nabe! Mais on ne choisit pas ses parents.
M: Oui mais tu m'as assez dit qu'on ne peut vivre qu'en s'en séparant...
MOI: Tu as lu le portrait qu'il fait de son père dans son premier livre, reproduit dans ce numéro?
M: Non
Moi: Tu te souviens que tu avais été choquée par la photo de sa mère morte, et tu avais alors cité un livre de Bukowski: Shakespeare n'a jamais fait ça.
M: Oh oui.
Moi: Alors lis Tempête sous une moumoute.
M: Un régal?
Moi: Dans le régal oui, magnifique portrait, humour-amour...
M:Ah non, j'ai lu par contre le texte qu'il a écrit et lu devant son cercueil: il récuse ce lien.
Il est comme Céline dans son interview à Pauwels: "en avant pour l'amour avec toute sa vulgarité".
Moi: Il est pudique c'est tout... Sollers l'admirable a lui même dit, pas d'amour sans humour.
M: L'amour cet absolu mis à la portée des caniches!
Moi: Oh tu sais je viens de lire un texte splendide de Malaparte, la peau, où il exprime l'amour qu'il a pour son chien."Sa
seule présence, m'aidait à retrouver ce
mépris des hommes qui est la première condition de la sérénité et de la
sagesse dans la vie humaine".
M: L'amour des chiens, comme Houellebecq, cet autre ennemi de Nabe.
Moi: Je trouve marrant sa façon de vouloir se comparer à Houellebecq tout le temps; il y a eu le vingt-septième livre et puis il revient sans cesse à la charge.
M: Complexe?
Moi: Sollers lui a réglé son compte à Houellebecq il y a 25 ans dans l'année du Tigre. Tu te souviens? "Roman naturaliste du manque d'histoire et de la misère sexuelle...On dirait que leur féminisation est en cours et qu'ils n'en éprouvent aucun plaisir (c'est le moins qu'on puisse dire)...Naturalisme, réalisme, populisme... Souffrance, impuissance, délaissement, psychose, suicide, désespoir, désir d'en finir". Tout un programme n'est-ce pas?
M: Ah! cette question de l'amour, tu as lu l'interview de Brigitte Fontaine dans le journal suisse Le Temps?
Moi: Que dit-elle?
M: Le journaliste lui dit que dans Fatrasie son dernier recueil, elle parle d'amour, mais elle récuse cela, elle dit qu'elle voulait faire rire: humour comme Nabe!
Moi: Fontaine? Nabe ne boit pas de cette eau là tu sais! Pas de rock, du Jazz!
M: C'est un peu comme Lacan qui parle d'amur plutôt que d'amour: l'amour tel qu'on le pense va droit dans le mur!
Moi: Lacan, Fontaine, Nabe, Céline, Malaparte: de grands pudiques.
M: Pudique Nabe? T'as vu Patience 4, son magazine porno? Franchement 120 balles pour voir des trous de balles!
Moi: En parlant de pudeur, de vulgarité, je ne résiste pas à ce passage, écoute: "Moi, si j'amuse une femme, c'est très intéressé: chaque fois qu'une femme rit, je pense dégueulassement au fond de sa culotte, car je sais d'expérience que les secousses du rire chez une femme relâchent l'anus, les nouilles et entrouvrent très légèrement les plèvres".
M: Vieux dégueulasse.
Moi: ça veut dire quoi dégueulasse chérie?
M: Un porc!
Moi: Un éloge plutôt! Les femmes: Porcs frais de ses pensées!
T'as aimé le film "Godard son dernier Rolle"?
M: Du Godard dans le texte, un hommage donc.
Moi: Oui d'une certaine façon, il n'arrive pas à en dire du mal.
M: Ah oui, à l'inverse de son frère ennemi, Zag qui l'a massacré dans un livre il y a quelques années.
Moi: L'un aime le cinéma (le vrai), l'autre pas.
M: La mort de Godard ce n'est pas rien; Nabe le salue et Zag aussi sur sa chaine Youtube.
Moi: Oui et pour Sollers hommage également sur sa chaine youtube, par contre rien dans Nabe's News.
Quel oxymore quand on y pense : Sollers est mort!
M: Tout de même, Nabe raconte la seule fois où il a rencontré Godard, et il était avec... Sollers! Dans le café l'Espérance: ça ne s'invente pas.
Moi: Et il se demande où est sa place.
M: C'est étrange non, il semble se minimiser, au milieu de 2 monstres sacrés...
Moi: Attendons l'Opus 34 pour voir ce qu'il dira de Sollers.
M: Tout de même mort de Sollers le 06 mai, sortie du n°33 le 12 juin, et rien!!!
Moi: ça se travaille; Patience...
On nous loue la technologie, celle-ci, pour le bien de l'homme allégerait son fardeau; des robots partout.
Chat GPT aussi intelligent (ou plutôt bête) que l'homme.
Sollers dans L'année du tigre: "Le mot robot, on l'oublie, vient du russe. Rob: esclave. Robotnik: ouvrier".
Pour la peau, Dominique A
"Je leur conterais surtout la parabole schopenhauerienne du troupeau de porcs-épics qui, par un froid glacial, se serrent les uns contre les autres pour se réchauffer mais se blessent aussitôt. Je leur rappellerais des réalités qu'ils vivent aussi. Car les défenseurs de la vie sociale sont des porcs-épics comme tout le monde. Quand ils cherchent l'amour, l'amitié, la "chaleur humaine", ils se piquent mutuellement. Un couple est l'union de deux porcs-épics."
Rétrécissement, Frédéric Schiffter
"Deux femmes m'auront rejeté car elles se seront lassées de moi-ce que je comprends, car pour la vie à deux, comme pour la vie en général, je ne suis pas "une force de proposition". Je m'interroge sur leur apparent fourvoiement amoureux. Je suis un type sans mystère. Elles avaient bien vu que je n'avais pas la nature d'un futur compagnon bouillonnant de projets, débordant de programmes, sautillant d'élans, mais que je portais au contraire une vocation d'époux casanier.
En poussant l'interrogation un peu plus loin, je me demande quels furent, entre ces femmes et moi, les "points communs", comme on dit. En réalité il n'y en avait pas. Les choses qui m'intéressaient les laissaient indifférentes et inversement."
Rétrécissement, Frédéric Schiffter
"Je l'avoue humblement, je n'ai pas lu Kiffe kiffe demain, sans doute suis-je passé à côté d'un chef d'œuvre de la littérature contemporaine. En revanche, j'ai vu l'autrice, Faïda Guène, éreinter La Métamorphose de Kafka, à la Grande Librairie. Ce serait, "l'histoire d'un mec qui n'a pas envie d'aller bosser et se transforme en cafard". En fait, c'est plutôt un cloporte. Et comme on a compris dès le début, toujours d'après notre grande écrivaine, deux cent pages, c'est beaucoup trop... J'en déduis qu'elle déconseille aussi l'Odyssée, une fois qu'on a compris qu'Ulysse s'est perdu, inutile de nous promener, avec Homère, on va de Charybde en Scylla. N'ayant pas de goût pour l'Odyssée intérieure de Kafka, Faïda Guène en profite pour faire un coup de promo : à 16 ans, ses histoires de petits princes sont mieux adaptées que. la Métamorphose. C'est un peu tard, il est vrai pour le joli conte de Saint-Ex ! Heureusement Faïda Guène met le pluriel et raconte Des histoires de petitS princeS. La petite bête de la Métamorphose, elle lui mettrait "un coup de Baygon à la cinquième page". Gazer Kafka, c'est une riche idée. Heydrich en aurait rêvé mais il est arrivé seize ans trop tard à Prague. Ce coup d'aérosol en dit long sur la haine de Kafka. Les autres séquences de cette émission d'Augustin Trappenard étaient seulement ridicules. Pour éreinter le Rouge et le Noir, en ignorant le style de Stendhal, mieux vaudrait être capable de construire des personnages capable de traverser les temps. Julien Sorel n'est pas à la portée de n'importe quel scribouillard. Gazer Kafka dès le début de la Métamorphose est autre chose. L'inconscient antisémite a parlé. Promouvoir la détestation de Kafka n'est qu'une manière d'exprimer son antisémitisme sans trop de risque".
Guy Konopnicki
Houellebecq est un très bon romancier, Patrice Jean parle fort bien d'anéantir dans un entretien où il montre qu'avec des sujets aussi effrayants que le coma, l'Ephad, le suicide et le cancer, l'auteur livre un roman contemporain puissant.
Certes, mais il dit n'importe quoi dans ses interviews.
Extraits:
"Picasso s'ingénie particulièrement à enlaidir et torturer les femmes, que j'ai tendance pour ma part à considérer comme plus belles que les hommes."
"Il y avait Sollers, qui était sympathique, mais pas tout à fait suffisant."
L'Incorrect (juin 2023)
"J'aime une chose ancienne pour sa nouveauté."(T. Tzara)
"Le temps est ici et là". (G. Debord)
2 citations de Stéphane Zagdanski dans l'émission d'Aude Lancelin sur le média QG.
Les vieux sont jetés aux orties
À l’asile, aux châteaux d’oubli
Voici ce qui m’attend demain
Si jamais je perds mon chemin
J’ai d’autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m’inventer d’autres cieux
Toujours plus vastes et précieux
Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie
"Que ne leur eût-on désappris le tri sélectif?
Les libertins appuient là où ça fait du bien.
La voie est libre.
Misère de l'homme sans écran tactile.
Qui a renoncé à dépenser sa vie ne doit plus s'avouer sa mort.
L'idéologie, c'est ce qui pense à votre place.
On réussit toujours à parler de ce que l'on aime.
Louis-Ferdinand Céline, oh miracles!
Tu as bien fait de t'évader par les toits, Giacomo Casanova."
Aphorismes, et autres pensées divergentes (extraits), Olivier Rachet dans Les Cahiers de Tinbad (n°14)
Ces films qu'il voit, ces livres qu'il lit, cela serait n'importe quoi lui dit-on parfois.
Oui oui est sa réponse. Et il pense à cette phrase:
" Je me flatte de faire un film avec n'importe quoi; et je trouve plaisant que s'en plaignent ceux qui ont laissé faire de toute leur vie n'importe quoi".
G. Debord
I. Le privilégié pourra choisir à tous moments l’âge qu’il souhaite avoir.
II. Le privilégié pourra s’il le souhaite se trouver dans plusieurs lieux à la fois.
III. Il pourra à volonté connaître les pensées de ses interlocuteurs.
IV. Son portefeuille contiendra toujours la somme dont il aura besoin.
V. Il pourra changer d’apparence selon son choix.
VI. Pendant ses activités sexuelles, pour lui et pour ses partenaires, le temps sera effectivement suspendu.
VII.
Il gardera en mémoire tout ce qu’il lit, tout ce qu’il voit, tout ce
qu’il pense, tout ce qu’il ressent, tout ce qu’il vit, mais avec le
privilège de n’en évoquer que ce qu’il souhaite.
VIII. Le privilégié écrira à la vitesse de la pensée et avec la précision de la musique.
IX.
Le privilégié pourra jouir du bien pour le bien. Il pourra jouir du mal
pour le mal. Mais il pourra aussi à volonté haïr le mal. Il ne pourra
jamais haïr le bien.
X. Dieu exauce les vœux du privilégié et les lui pardonne.
XI. Le privilégié reste lucide et heureux jusqu’à sa mort qui l’emporte sans douleur pendant son sommeil.
XII. Le privilégié ressuscite le troisième jour et choisit son destin.
Marcelin Pleynet, 1986.
Sorrow
Sorrow, in the morning
Sorrow
Sorrow, late at night
Like a ship without a sailor
"Il faut aller à l'essentiel. Ne rien foutre et, de temps en temps, travailler très vite. Mais ne rien foutre, ce n'est pas perdre son temps, attention. Il faut bien sûr en avoir les moyens. Moi, je fous rien, je reste des heures à regarder un objet...Mais c'est bien, c'est le temps qui passe...Et dans le silence, surtout pas de disque."
Serge Gainsbourg, entretien dans "l'invité du jeudi", en avril 1979
"J'aime ce dont je parle. Par exemple, en ce moment, j'étudie Balzac avec mes élèves. Quel autre métier permet de parler de cet auteur dès 8H du matin?"
Patrice Jean, entretien dans zone-critique.com
A partir de maintenant suivre ce programme de lecture: un classique puis un moderne puis un classique, etc...
Sachant qu'un classique peut être moderne (l'est forcément) et qu'un moderne (20 ème, 21 ème siècle) peut être classique.
BOUL-AIR
ça a débuté comme ça: boul(e) dans la lourdeur donc puis ça s'est allégé (air).
Comme le dit de façon émouvante Pascal Louvrier, écrivain essayiste, dans son hommage à Sollers : "Sollers est mort. Je n’arrive même pas à croire ce que j’écris".
J’avais décidé, durant cette semaine coincée entre Pâques et
l’Ascension, de prendre le large, alors cap à l’ouest. Début mai je me
retrouvais sur les terres de l’écrivain J.P Manchette que je relisais, à
Saint-Georges de Didonne où se situe un de ses romans. Puis je visitais
les jours suivants l’île d’Oléron à vélo traversant marais salants,
cheminant dans les sous-bois, m’arrêtant sur les grandes plages
sableuses. Le soleil était là, peu de monde. Le soir huîtres et vin
blanc, c’était parfait. Je lisais toujours Manchette, le roman Fatale
qui se clôt par cette phrase puisée chez Molière : "Femmes voluptueuses et philosophes c’est à vous que je m’adresse" (et je pensais alors à l’auteur de Femmes qui n’aurait pas désavoué une telle phrase).
Je devais me rendre ensuite pour la première fois sur l’île de Ré,
vendredi 05 mai avec le désir de me promener du côté d’Ars-en-Ré, mais
j’hésitais ne voulant pas passer pour un voyeur lourdingue. Finalement
des impératifs m’obligèrent à écourter mon séjour et le 06 mai pileface m’apprenait la mort de Sollers.
Que dire ?
De très beaux hommages ont été rendus, celui de P. Louvrier donc,
mais aussi bien entendu ceux des deux formidables rédacteurs du site qui
m’accueille de temps à autre (Viktor Kirtov et Albert Gauvin). Il y a
aussi l’écrivain Jérôme Leroy qui cite à merveille des extraits de
Sollers.
Il y a eu d’autres hommages plus conventionnels-officiels et je passe
sur les quelques propos imbéciles qui sont allés de suite aux cabinets.
Je n’étais pas un proche de Sollers, je l’avais croisé une fois il y a
quelques années lors d’une conférence donnée dans un hôpital parisien,
consacrée à Picasso et Manet. Josyane Savigneau avait introduit la
conférence, elle qui dit si bien que Sollers devrait être remboursé par
la sécurité sociale. Jean-Jacques Schuhl et Ingrid Caven étaient
présents.
Ces derniers temps, je guettais une nouvelle sur une prochaine sortie de roman, même si à la lecture de Graal on pouvait comprendre que ce serait le dernier. J’avais été stupéfait par cette phrase bataillienne : "Je vis pleinement ma mort".
Je lis Sollers depuis le début des années 90 et chaque livre constitue pour moi un événement. Je me concentre, j’écoute au plus près ses mots, sa voix qui ont la faculté de me rendre plus vivant. Puissance de la parole... Ce n’est pas rien !
Lorsqu’il écrivait dans le journal Le Monde, je me précipitais dans un kiosque et c’était pour les jours suivants un regain d’énergie. Je me souviens de l’époque où je me rendais chez un ami qui avait tapissé ses murs d’aphorismes de Cioran tirés de La tentation d’exister ou de l’inconvénient d’être né. Moi j’apportais la revue l’infini, les articles de journaux. Plus contradictoire tu meurs ! Grande époque !
Je me suis très vite abonné à cette revue et j’ai découvert des auteurs que je lis encore (S. Zagdanski, M.E Nabe, Y. Haenel, F. Meyronnis, C. Guilbert, M. Pautrel, et concernant ce dernier, je lis chaque jour les petites grandes phrases de son carnet qui me font penser à Sollers).
Il faut donc mourir, c’est fatal, mais dans L’Ecole du Mystère voici :
"La mort est là c’est sûr, on se trimballe avec son cadavre, on est l’ombre de soi-même, par beau temps comme par mauvais temps. La foi, contrairement à ce qu’on croit ou qu’on lui fait dire, considère la vie comme une expérience. Tout dépend des situations, mais l’étoile est là".
" L'oisiveté n'avait jamais autant ressemblé à un sport de combat."
Mes vies parallèles, Julien Leschiera
Il aura passé sa vie à s'ennuyer cet ancien sous-officier de gendarmerie. Aucun intérêt, aucune passion pour divertir cet homme solitaire. Un roi à la maison qui faisait régner une petite terreur. Rien n'aura dynamisé son existence si ce n'est sa rupture la soixantaine venue, qui si l'on veut, aura agit comme un bâton de dynamite. Mais pas fou, il s'éteint doucement dans son lit.
Île de Ré, pendant le tournage du film d'André S. Labarthe. "Il pense à un livre qui ne s'arrêterait pas plus que la mer..." (Drame).
MOI: Je ne sais pas toi, mais le front de mer me donne souvent le blues.
M: Tu dis ça parce que ça te rappelle P.
MOI: Je ne sais pas si on peut avoir le blues à la montagne?
M: Pourquoi pas? Mais pourquoi le blues? La montagne m'ouvre, me fait respirer.
MOI: Oui chacun son expérience.
M: Tu fais quoi là, tu prends en photo la plage de Didonne?
MOI: Oui la mer, le ciel bleu.
M: Tu vas comme d'habitude mal cadrer.
MOI: J'espère bien!
M: Tu serais capable de prendre en photo le périphérique en rentrant de vacances!
Un peu de bleu à Saint-Georges de Didonne
Il n'a jamais rien voulu savoir, jamais il n'a dévié de sa résolution à ne pas prendre de décision. Il n'a plus la main sur rien. Presque paralysé il passe la plus grande partie de ses journées allongé. Sa coupe il la boit jusqu'au lit.
Tirez le fil et la pelote viendra!
Sur 500 pages Charles déroule sa vie où l'arnaque du boulot ne prend pas.
NE TRAVAILLEZ JAMAIS comme a dit quelqu'un.
Trois jours à l'hôpital puis l'ancien militaire est rapatrié chez lui, faute de place; il rentre avec des escarres non soignées et un taux de sodium dangereusement bas; cela ne manque pas de sel se dit-il...mais il n' y a pas de quoi rire. Strictement rien n'a été vérifié avant la sortie.
Il médite sur cette escarre au talon si douloureuse et qui s'est formée faute de soins, en trois jours; et il se souvient que son père lui racontait très souvent qu'alors jeune militaire, il avait énormément souffert dans son métier car humilié par son supérieur hiérarchique qui se nommait Escarrabajal...