On connait la cause de la rupture entre Sollers et Kundera, rapportée par Ariane Chemin dans son livre sur Kundera, l'anecdote du pendule de Vera, qui s'affole sur une bouteille de Sauternes apportée par Sollers; il vide alors la bouteille dans l'évier.
"En groupe, l’alcool – et plus particulièrement le vin – a chez Kundera
le pouvoir de dilater le temps, et de jeter des ponts entre différentes
époques, à l’image de cette sublime séance de dégustation durant
laquelle Bertlef sert à tous les convives un millésime 1922 : «Mes
amis, goûtez ce vin. Il a la douce saveur du passé. Savourez-le, comme
si vous aspiriez, en suçant un long os à moelle, un été depuis longtemps
oublié. Je voudrais en trinquant marier le passé et le présent et le
soleil de 1922 au soleil de cet instant». Une scène observée froidement par un autre personnage, qui ne voit dans cet excès de nostalgie qu'un prétexte à la «parlotte»,
qui révèle chez l'auteur un certain dédain pour le commentaire,
préférant sans doute la part plus insaisissable du vin dans sa dimension
fédératrice. Beaucoup plus tard, dans son roman L'Ignorance, écrit
en français, le personnage d'Irena, de retour au pays après un long
séjour en France, tente en vain de faire goûter à ses amies de jeunesse
des vins de Bordeaux, ici symboles de luxe et de distinction. Mais aux
fins nectars de 1982, elles préfèrent s'envoyer de copieuses chopes de
bière, sans doute la seule boisson sincère, «qui dissipe toute hypocrisie».
extrait d'un article du Figaro, par Alicia Dorey

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