Pour la peau, Dominique A
Pour la peau, Dominique A
"Je leur conterais surtout la parabole schopenhauerienne du troupeau de porcs-épics qui, par un froid glacial, se serrent les uns contre les autres pour se réchauffer mais se blessent aussitôt. Je leur rappellerais des réalités qu'ils vivent aussi. Car les défenseurs de la vie sociale sont des porcs-épics comme tout le monde. Quand ils cherchent l'amour, l'amitié, la "chaleur humaine", ils se piquent mutuellement. Un couple est l'union de deux porcs-épics."
Rétrécissement, Frédéric Schiffter
"Deux femmes m'auront rejeté car elles se seront lassées de moi-ce que je comprends, car pour la vie à deux, comme pour la vie en général, je ne suis pas "une force de proposition". Je m'interroge sur leur apparent fourvoiement amoureux. Je suis un type sans mystère. Elles avaient bien vu que je n'avais pas la nature d'un futur compagnon bouillonnant de projets, débordant de programmes, sautillant d'élans, mais que je portais au contraire une vocation d'époux casanier.
En poussant l'interrogation un peu plus loin, je me demande quels furent, entre ces femmes et moi, les "points communs", comme on dit. En réalité il n'y en avait pas. Les choses qui m'intéressaient les laissaient indifférentes et inversement."
Rétrécissement, Frédéric Schiffter
"Je l'avoue humblement, je n'ai pas lu Kiffe kiffe demain, sans doute suis-je passé à côté d'un chef d'œuvre de la littérature contemporaine. En revanche, j'ai vu l'autrice, Faïda Guène, éreinter La Métamorphose de Kafka, à la Grande Librairie. Ce serait, "l'histoire d'un mec qui n'a pas envie d'aller bosser et se transforme en cafard". En fait, c'est plutôt un cloporte. Et comme on a compris dès le début, toujours d'après notre grande écrivaine, deux cent pages, c'est beaucoup trop... J'en déduis qu'elle déconseille aussi l'Odyssée, une fois qu'on a compris qu'Ulysse s'est perdu, inutile de nous promener, avec Homère, on va de Charybde en Scylla. N'ayant pas de goût pour l'Odyssée intérieure de Kafka, Faïda Guène en profite pour faire un coup de promo : à 16 ans, ses histoires de petits princes sont mieux adaptées que. la Métamorphose. C'est un peu tard, il est vrai pour le joli conte de Saint-Ex ! Heureusement Faïda Guène met le pluriel et raconte Des histoires de petitS princeS. La petite bête de la Métamorphose, elle lui mettrait "un coup de Baygon à la cinquième page". Gazer Kafka, c'est une riche idée. Heydrich en aurait rêvé mais il est arrivé seize ans trop tard à Prague. Ce coup d'aérosol en dit long sur la haine de Kafka. Les autres séquences de cette émission d'Augustin Trappenard étaient seulement ridicules. Pour éreinter le Rouge et le Noir, en ignorant le style de Stendhal, mieux vaudrait être capable de construire des personnages capable de traverser les temps. Julien Sorel n'est pas à la portée de n'importe quel scribouillard. Gazer Kafka dès le début de la Métamorphose est autre chose. L'inconscient antisémite a parlé. Promouvoir la détestation de Kafka n'est qu'une manière d'exprimer son antisémitisme sans trop de risque".
Guy Konopnicki
Houellebecq est un très bon romancier, Patrice Jean parle fort bien d'anéantir dans un entretien où il montre qu'avec des sujets aussi effrayants que le coma, l'Ephad, le suicide et le cancer, l'auteur livre un roman contemporain puissant.
Certes, mais il dit n'importe quoi dans ses interviews.
Extraits:
"Picasso s'ingénie particulièrement à enlaidir et torturer les femmes, que j'ai tendance pour ma part à considérer comme plus belles que les hommes."
"Il y avait Sollers, qui était sympathique, mais pas tout à fait suffisant."
L'Incorrect (juin 2023)
"J'aime une chose ancienne pour sa nouveauté."(T. Tzara)
"Le temps est ici et là". (G. Debord)
2 citations de Stéphane Zagdanski dans l'émission d'Aude Lancelin sur le média QG.
Les vieux sont jetés aux orties
À l’asile, aux châteaux d’oubli
Voici ce qui m’attend demain
Si jamais je perds mon chemin
J’ai d’autres projets, vous voyez
Je vais baiser, boire et fumer
Je vais m’inventer d’autres cieux
Toujours plus vastes et précieux
Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille, sans foi ni loi
Si je meurs, ce sera de joie
"Que ne leur eût-on désappris le tri sélectif?
Les libertins appuient là où ça fait du bien.
La voie est libre.
Misère de l'homme sans écran tactile.
Qui a renoncé à dépenser sa vie ne doit plus s'avouer sa mort.
L'idéologie, c'est ce qui pense à votre place.
On réussit toujours à parler de ce que l'on aime.
Louis-Ferdinand Céline, oh miracles!
Tu as bien fait de t'évader par les toits, Giacomo Casanova."
Aphorismes, et autres pensées divergentes (extraits), Olivier Rachet dans Les Cahiers de Tinbad (n°14)
Ces films qu'il voit, ces livres qu'il lit, cela serait n'importe quoi lui dit-on parfois.
Oui oui est sa réponse. Et il pense à cette phrase:
" Je me flatte de faire un film avec n'importe quoi; et je trouve plaisant que s'en plaignent ceux qui ont laissé faire de toute leur vie n'importe quoi".
G. Debord
I. Le privilégié pourra choisir à tous moments l’âge qu’il souhaite avoir.
II. Le privilégié pourra s’il le souhaite se trouver dans plusieurs lieux à la fois.
III. Il pourra à volonté connaître les pensées de ses interlocuteurs.
IV. Son portefeuille contiendra toujours la somme dont il aura besoin.
V. Il pourra changer d’apparence selon son choix.
VI. Pendant ses activités sexuelles, pour lui et pour ses partenaires, le temps sera effectivement suspendu.
VII.
Il gardera en mémoire tout ce qu’il lit, tout ce qu’il voit, tout ce
qu’il pense, tout ce qu’il ressent, tout ce qu’il vit, mais avec le
privilège de n’en évoquer que ce qu’il souhaite.
VIII. Le privilégié écrira à la vitesse de la pensée et avec la précision de la musique.
IX.
Le privilégié pourra jouir du bien pour le bien. Il pourra jouir du mal
pour le mal. Mais il pourra aussi à volonté haïr le mal. Il ne pourra
jamais haïr le bien.
X. Dieu exauce les vœux du privilégié et les lui pardonne.
XI. Le privilégié reste lucide et heureux jusqu’à sa mort qui l’emporte sans douleur pendant son sommeil.
XII. Le privilégié ressuscite le troisième jour et choisit son destin.
Marcelin Pleynet, 1986.
Sorrow
Sorrow, in the morning
Sorrow
Sorrow, late at night
Like a ship without a sailor
"Il faut aller à l'essentiel. Ne rien foutre et, de temps en temps, travailler très vite. Mais ne rien foutre, ce n'est pas perdre son temps, attention. Il faut bien sûr en avoir les moyens. Moi, je fous rien, je reste des heures à regarder un objet...Mais c'est bien, c'est le temps qui passe...Et dans le silence, surtout pas de disque."
Serge Gainsbourg, entretien dans "l'invité du jeudi", en avril 1979
"J'aime ce dont je parle. Par exemple, en ce moment, j'étudie Balzac avec mes élèves. Quel autre métier permet de parler de cet auteur dès 8H du matin?"
Patrice Jean, entretien dans zone-critique.com
A partir de maintenant suivre ce programme de lecture: un classique puis un moderne puis un classique, etc...
Sachant qu'un classique peut être moderne (l'est forcément) et qu'un moderne (20 ème, 21 ème siècle) peut être classique.
BOUL-AIR
ça a débuté comme ça: boul(e) dans la lourdeur donc puis ça s'est allégé (air).
Comme le dit de façon émouvante Pascal Louvrier, écrivain essayiste, dans son hommage à Sollers : "Sollers est mort. Je n’arrive même pas à croire ce que j’écris".
J’avais décidé, durant cette semaine coincée entre Pâques et
l’Ascension, de prendre le large, alors cap à l’ouest. Début mai je me
retrouvais sur les terres de l’écrivain J.P Manchette que je relisais, à
Saint-Georges de Didonne où se situe un de ses romans. Puis je visitais
les jours suivants l’île d’Oléron à vélo traversant marais salants,
cheminant dans les sous-bois, m’arrêtant sur les grandes plages
sableuses. Le soleil était là, peu de monde. Le soir huîtres et vin
blanc, c’était parfait. Je lisais toujours Manchette, le roman Fatale
qui se clôt par cette phrase puisée chez Molière : "Femmes voluptueuses et philosophes c’est à vous que je m’adresse" (et je pensais alors à l’auteur de Femmes qui n’aurait pas désavoué une telle phrase).
Je devais me rendre ensuite pour la première fois sur l’île de Ré,
vendredi 05 mai avec le désir de me promener du côté d’Ars-en-Ré, mais
j’hésitais ne voulant pas passer pour un voyeur lourdingue. Finalement
des impératifs m’obligèrent à écourter mon séjour et le 06 mai pileface m’apprenait la mort de Sollers.
Que dire ?
De très beaux hommages ont été rendus, celui de P. Louvrier donc,
mais aussi bien entendu ceux des deux formidables rédacteurs du site qui
m’accueille de temps à autre (Viktor Kirtov et Albert Gauvin). Il y a
aussi l’écrivain Jérôme Leroy qui cite à merveille des extraits de
Sollers.
Il y a eu d’autres hommages plus conventionnels-officiels et je passe
sur les quelques propos imbéciles qui sont allés de suite aux cabinets.
Je n’étais pas un proche de Sollers, je l’avais croisé une fois il y a
quelques années lors d’une conférence donnée dans un hôpital parisien,
consacrée à Picasso et Manet. Josyane Savigneau avait introduit la
conférence, elle qui dit si bien que Sollers devrait être remboursé par
la sécurité sociale. Jean-Jacques Schuhl et Ingrid Caven étaient
présents.
Ces derniers temps, je guettais une nouvelle sur une prochaine sortie de roman, même si à la lecture de Graal on pouvait comprendre que ce serait le dernier. J’avais été stupéfait par cette phrase bataillienne : "Je vis pleinement ma mort".
Je lis Sollers depuis le début des années 90 et chaque livre constitue pour moi un événement. Je me concentre, j’écoute au plus près ses mots, sa voix qui ont la faculté de me rendre plus vivant. Puissance de la parole... Ce n’est pas rien !
Lorsqu’il écrivait dans le journal Le Monde, je me précipitais dans un kiosque et c’était pour les jours suivants un regain d’énergie. Je me souviens de l’époque où je me rendais chez un ami qui avait tapissé ses murs d’aphorismes de Cioran tirés de La tentation d’exister ou de l’inconvénient d’être né. Moi j’apportais la revue l’infini, les articles de journaux. Plus contradictoire tu meurs ! Grande époque !
Je me suis très vite abonné à cette revue et j’ai découvert des auteurs que je lis encore (S. Zagdanski, M.E Nabe, Y. Haenel, F. Meyronnis, C. Guilbert, M. Pautrel, et concernant ce dernier, je lis chaque jour les petites grandes phrases de son carnet qui me font penser à Sollers).
Il faut donc mourir, c’est fatal, mais dans L’Ecole du Mystère voici :
"La mort est là c’est sûr, on se trimballe avec son cadavre, on est l’ombre de soi-même, par beau temps comme par mauvais temps. La foi, contrairement à ce qu’on croit ou qu’on lui fait dire, considère la vie comme une expérience. Tout dépend des situations, mais l’étoile est là".
" L'oisiveté n'avait jamais autant ressemblé à un sport de combat."
Mes vies parallèles, Julien Leschiera
Il aura passé sa vie à s'ennuyer cet ancien sous-officier de gendarmerie. Aucun intérêt, aucune passion pour divertir cet homme solitaire. Un roi à la maison qui faisait régner une petite terreur. Rien n'aura dynamisé son existence si ce n'est sa rupture la soixantaine venue, qui si l'on veut, aura agit comme un bâton de dynamite. Mais pas fou, il s'éteint doucement dans son lit.
Île de Ré, pendant le tournage du film d'André S. Labarthe. "Il pense à un livre qui ne s'arrêterait pas plus que la mer..." (Drame).
MOI: Je ne sais pas toi, mais le front de mer me donne souvent le blues.
M: Tu dis ça parce que ça te rappelle P.
MOI: Je ne sais pas si on peut avoir le blues à la montagne?
M: Pourquoi pas? Mais pourquoi le blues? La montagne m'ouvre, me fait respirer.
MOI: Oui chacun son expérience.
M: Tu fais quoi là, tu prends en photo la plage de Didonne?
MOI: Oui la mer, le ciel bleu.
M: Tu vas comme d'habitude mal cadrer.
MOI: J'espère bien!
M: Tu serais capable de prendre en photo le périphérique en rentrant de vacances!
Un peu de bleu à Saint-Georges de Didonne
Il n'a jamais rien voulu savoir, jamais il n'a dévié de sa résolution à ne pas prendre de décision. Il n'a plus la main sur rien. Presque paralysé il passe la plus grande partie de ses journées allongé. Sa coupe il la boit jusqu'au lit.
Tirez le fil et la pelote viendra!
Sur 500 pages Charles déroule sa vie où l'arnaque du boulot ne prend pas.
NE TRAVAILLEZ JAMAIS comme a dit quelqu'un.
Trois jours à l'hôpital puis l'ancien militaire est rapatrié chez lui, faute de place; il rentre avec des escarres non soignées et un taux de sodium dangereusement bas; cela ne manque pas de sel se dit-il...mais il n' y a pas de quoi rire. Strictement rien n'a été vérifié avant la sortie.
Il médite sur cette escarre au talon si douloureuse et qui s'est formée faute de soins, en trois jours; et il se souvient que son père lui racontait très souvent qu'alors jeune militaire, il avait énormément souffert dans son métier car humilié par son supérieur hiérarchique qui se nommait Escarrabajal...
Sur la longueur des tenues des femmes dans les piscines municipales.
Les religieux c'est comme les enfants, vous leur donnez ça, ils veulent ça.
D'ailleurs Freud n'a-t-il pas dit que la religion est la névrose infantile de l'humanité?
Le 08 mars est passé, avec son flot de...Je ne sais pas quoi.
Ce vieux dégueulasse de Charles Bukowski a eu l'élégance de partir le lendemain du 08. Dégueulasse mais surtout subtil, raffiné, classique, génial.
Photo trouvée sur la page Facebook de l'écrivain Frédéric Houdaer"Regardez l'homme du contre-désir: il est très agité, son seul pôle est l'emploi qu'il occupe. Il veut monter de plus en plus haut dans l'ascenseur social, sa tête est pleine de chiffres, c'est un manager for ever. La femme de contre-désir est pareille, meilleure encore en termes de marketing. Si ces deux-là s'accouplent, d'une manière ou d'une autre, c'est juste pour vérifier la répulsion que son partenaire lui inspire. Elle l'ennuie, il la choque. Ils se parlent le moins possible, et toujours d'argent".
Philippe Sollers, Désir (Gallimard)
Il semble être au bout du bout et puis non il est encore là; ne se souvient même pas d'avoir traversé des jours et des nuits horribles. Il ne remarchera plus, ne s'en soucie pas. A cet instant de sa (vie) il est serein comme il ne l'a jamais été.
"Don Juvénile inséparable du sourire avenant et de la bienveillance envers chacun, chacune. Sprezzatura est italienne. L'étymologie veut dire sans pression, sans tension. Le S est privatif. La pression prezzatura est décollée par le S. L'art de la sprezzatura est élégance et allure, le pas gagné dans le rire, dans le sourire simple. Attitude liée à l'audace, au risque, à l'ironie aussi. Rythme du temps en liberté parfaite. Destin mesuré large. Ascèse joyeuse cachée. Point d'oblicité dans les mots, mais la parole directe. N'entrer ni dans la violence ni la bassesse où l'on voudrait vous conduire.Être alerte et aimable. Beaucoup plus simple à pratiquer qu'on ne l'imagine. Remède à toute angoisse. Allègement du mauvais temps. Pharmacon est aussi son nom. Thérapie suprême. Légèreté de l'être, fort soutenable".
J-H Larché, Quintet pour Venise (Serge Safran éditeur)
Coïncidence qui me plaît, Sprezzatura est aussi une maison d'édition qui édite, entre autres, la revue Ligne de risque est basée à Brest, qui n'est pas Venise, mais qui m'est chère.
Qu'aura donc constitué le sel de la vie pour lui se demande t-il en le regardant allongé dans son lit, de plus en plus faible à mesure que le taux de sodium dans son corps diminue de façon dangereuse?
"Toutes ces lignes avaient un point commun, elles semblaient être écrites pour moi. Pour la première fois de ma vie, je saisissais le pouvoir magique de la lecture, cette idée essentielle d'une voix qui vous parle à l'oreille et vous bouleverse par sa clarté révélatrice."
Mes vies parallèles, Julien Leschiera (le dilettante)
"Il est noble d'être timide, glorieux de ne point savoir agir, grand de n'être pas doué pour vivre.
Je n'ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n'ai jamais eu d'autre souci véritable que celui de ma vie intérieure.
L'expérience directe est le subterfuge, ou bien le refuge, des gens dépourvus d'imagination.
L'inaction console de tout. Ne pas agir nous donne tout. Imaginer est tout, pourvu que cela ne tende jamais à l'action".
Extraits du Livre de l'intranquillité de Fernando Pessoa
ça semble être la fin maintenant; ses dernières forces le quittent, il ne se meut plus. sa fille, qui s'en occupe de façon héroïque à plein temps a été obligée de mettre un lit médicalisé. Un infirmier vient matin et soir pour le faire passer de la station couchée à la station assise et inversement.
Il ne semble pas souffrir au contraire de sa fille, Mater Dolorosa qui sacrifie sa santé. Elle ne le mettra définitivement à l'hôpital que lorsqu'il n 'y aura plus rien à faire.
J'observe ses bras jadis tatoués; la quasi totalité de ses tatouages ont disparu, remplacés par des plaques et auréoles blanches.
Blanc ou l'oubli
Les vitraux des cathédrales du Moyen Âge racontaient des scènes de la Bible à l'usage des personnes ne sachant lire; ses tatouages représentaient les souvenirs essentiels de sa vie. Ce n'est que la soixantaine venue qu'il avait entrepris de graver sur son corps ce qui avait compté le plus pour lui: sa carrière militaire avec une encre marine, encre qui le rattachait à son père, militaire lui-même; un coeur transpercé d'une flèche. et puis on discerne encore une vierge à l'enfant en noir et blanc, délavée, et dessous dans une belle calligraphie le mot maman.
Dans le dernier chant du Paradis de Dante il y a ce vers célèbre: "Vierge mère, fille de ton fils".
Mais ici la fille est devenue la mère de son père: elle le lave, le change, le torche, lui donne la becquée, le gronde aussi. Il la regarde, amoureusement, ses yeux d'un bleu délavé dans ceux de sa fille, il fait tout ce qu'elle lui demande. C'est poignant.
La vie tremblait au loin, ancienne, seule épave d'un océan maintenant tranquille, dans la pluie, à P.
"Le bal tremblait au loin, ancien, seule épave d'un océan maintenant tranquille, dans la pluie, à S. Tahla." Le ravissement de Lol V. Stein, M. Duras
"Comme toujours, ici, vers le 10 juin, la cause est entendue, le ciel tourne, l'horizon a sa brume permanente et chaude, on entre dans le vrai théâtre des soirs. Il y a des orages, mais ils sont retenus, comprimés, cernés par la force. On marche et on dort autrement, les yeux sont d'autres yeux, la respiration s'enfonce, les bruits trouvent leur profondeur nette. Cette petite planète, par plaques, a son intérêt."
La fête à Venise, Philippe Sollers
"Aujourd'hui, je suis toujours là mais changé, légèrement diminué mais davantage concentré, en colère mais plus triste encore, très seul mais épargné par miracle.
Je suis vivant et je suis libre, pouvant marcher sous le ciel, défendu par le soleil le jour, veillé par les étoiles la nuit. Je dois protéger le moindre de mes souvenirs."
Portrait de femme à la quarantaine...
- Une femme, dit-il, qui à 40 ans n'a pas fait une analyse deviendra à coup sûr une bonne femme.
- Prétentieux, goujat!
- Regarde, Chabrol, l'auteur des "bonnes femmes", il a réalisé trois films avec une psychanalyste, tu crois que c'est un hasard.Au bord de la mer
Au bord de la mère
Au bord de l'amer
Au bord de l'âme erre.
"Partout le chaos règne, mais ne vous en souciez pas, continuez d'écrire. Ce sont les mots de mon éditeur."
"Les histoires de famille, c'est ce qu'il y a de meilleur, tous les auteurs les cachent, alors qu'il faut les mettre au jour, il faut les publier, elles démontent les rouages de la société. Je lui dis que cette fois j'hésite, je ne sais pas. Et lui: Mais si, mais si, envoyez-moi ça, envoyez! Attaquez la famille, attaquez la famille! Insiste-t-il en riant, ravi de sa provocation. J'ai la chance de travailler avec l'un des plus grands romanciers vivants, tout à la fois auteur et éditeur depuis soixante ans."
"Mon éditeur rit souvent, sans aucune méchanceté, par simple réaction naturelle devant des situations comiques."
"Quand je revois mon éditeur quelques mois plus tard, il me demande des nouvelles de ma grand-mère, dont je lui avais déjà dit combien elle était malade. Chaque fois que nous nous rencontrons, il prend des nouvelles de moi et de mes proches, il est très attentionné, sensible, le cas échéant touché par le malheur des autres, l'exact contraire des portraits médisants que font de lui la presse parisienne et les auteurs jaloux."
Un merveilleux souvenir, Marc Pautrel (Gallimard)
L'écrivain G. Guégan conseille à son fils de lire Simenon et de commencer par les vacances de Maigret; il est allé voir la maison que Simenon habitait à l'époque de l'écriture de ce roman. C'était un lotissement sans charme à Tucson en Arizona. Conclusion de Guégan: c'est soit le suicide soit l'écriture.
Lecture parallèle du Ravissement de Lol V. Stein et des vacances de Maigret. Celui-ci au lieu de passer ses vacances aux Sables d'Olonne aurait dû les passer à T. Beach ou à S. Tahla.
Il aurait ainsi pu résoudre l'énigme que constitue ce roman de M. Duras. De savants commentaires ont été écrits sur ce Ravissement, ceux de Lacan en premier. Une histoire de folie, de (dé)possession qui a énormément intéressé la psychanalyse.
Un après-midi au soleil sur une terrasse du Grand Hôtel de Superbagnères, face à des champs de neige, je sors fatigué par ce "voyage" où je me suis pas mal perdu.
A mesure que tombe la nuit sur l'auteur de tombe la neige, tu le trouves de plus en plus émouvant et tu penses instantanément à ces vers:
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Un beau et vrai souvenir: quand il était petit, à l'âge de sa fille maintenant, il adorait être transporté sur les pieds de son père. ll les mettait sur ceux de son père qui entamait alors sa marche. La sensation était extraordinaire, il avait l'impression d'être porté par un géant.
Il pense à cela quand il fait marcher sa fille de la sorte. Elle adore aussi. Pour autant se dit-il, il aura réussi à ne pas marcher dans les pas de l'homme de la peine.