M : Bon d'accord, tu m'as fait découvrir Nabe
avec l'Âme de Billie Holiday qui est magnifique, mais pour le reste, pardon,
qu'est-ce qu'il est vulgaire !
MOI : Tu trouves ?
M : Je suis comme Lucette qui trouvait que
Céline écrivait trop souvent merde. Il n'a que des insultes à la bouche.
MOI : Oui mais pas sans raison ; Céline
disait que les gros mots, c'était nécessaire. Alors pour Nabe c'est pareil.
Entre être et étron tu sais...
M : Oh la belle paronymie !
MOI : Scato peut-être mais aussi staccato.
M : Paronyme... et parano ton écrivain ; il
pense que personne ne l'aime ; et ce que je ne comprends pas, c'est sa
méchanceté avec ses pairs ; c’est lui qui n'aime personne.
MOI : Non, je pense plutôt qu'il aime comme
personne.
M : Il a dit qu'il "voulait être le plus
vexant des hommes". Il y est arrivé mais ça lui a valu pas mal de
déboires.
MOI : Tu penses à Apostrophes ? A Gérard Miller
?
M : Pour Apostrophes, j'étais pas née, mais
tu m'as montré. L'autre fois justement quand je t'ai accompagné à la librairie
Le Dilettante, j'étais morte de rire quand tu as demandé à son quasi-sosie au nœud
de papillon, des renseignements sur Les Porcs 1 ; il t'a regardé
fébrilement en reculant, il pensait peut-être ce "neveu de Nabe" que
tu étais le "neveu de Georges-Marc Benamou", qui sait ?!
MOI : Oui j'ai vu ça, c'est dommage je
voulais vraiment me procurer le volume.
M : Trop tard mon cochon, pourrait te
répondre son équipe qui a la dent dure avec ses fans fanés.
MOI : Ce n'est pas mon cas tu sais et je suis
hermétique aux insultes. Je ne prends jamais Nabe au premier degré.
M : Eh bien tu as tort, car il a dit qu'il
faut "toujours prendre un écrivain au premier degré, c'est là qu'il se
cache"...
MOI : Belle citation, je prends.
M : Bien sûr, tu pilles plutôt, comme lui
avec sa façon d'arriver après tout le monde sur tous les sujets dans Nabe's
News, c'est un peu facile : il lit tout, et tandis que certains
ont écrit bien avant lui en prenant des risques (de se tromper), lui ramasse la
mise et fait la leçon à tout le monde. Facile !
MOI : C'est qu'il est extrêmement attentif
aux textes, comme aux visages. Forcément cela prend du temps, ça demande de la patience...
et souviens-toi : "Tout se lit sur les visages. Il faut être attentif et
furtif à la foi".
C'est sa méthode.
M : Beaucoup ne peuvent pas le voir en
peinture ton écrivain !
MOI : Tu les as vues ses peintures ? Par
exemple, les portraits de Django que tu adores. Eh bien toujours le souci du
détail, la précision avec les mains de Django. Ça renvoie à son texte NUAGE.
M : Et cette façon d’attaquer les
personnes, vraiment ad hominem ; ensuite ça lui vaut des soucis, un
peu kamikaze ton Nabe, il se fait hara-kiri.
MOI : Une tradition, tu sais que toute
conscience veut la mort de l’autre et Nabe n’y déroge pas.
M : Oh mon psychanalyste…La psychanalyse
c’est la solution finale de l’art.
M : Tiens, tu le cites beaucoup quand
même.
M : Et cette façon violente de montrer les
corps, de les déformer. C'est quand même le poids des mots, le choc des photos.
On est à Paris Match !
MOI : Pour la violence il est dans la droite
ligne de Céline de qui Lucette disait que ses mots étaient si violents, le ton
sur lequel il les disait était si agressif que les gens restaient K.-O. Eh bien
c'est Nabe.
Tu penses aussi à la photo de sa mère morte
dans le dernier numéro de Nabe's News ?
Loin des pleurs, en effet.
M : Oui, blasphème ! Joyce n'aurait jamais
photographié ça. Il l'a écrit c'est très différent.
MOI : Tiens on dirait un titre de Bukowski : Shakespeare
n'a jamais fait ça.
M : Ah un point commun entre les deux, ils
ont fait scandale sur le plateau de l'émission de Pivot.
Pourtant Nabe, encore, n'aime pas Bukowski.
MOI : Peut-être, je ne sais pas, mais ce
n’est pas le problème, et quand on dit que Nabe n'aime que lui, il suffit de
voir sa galerie de portraits pour être convaincu du contraire...
M : Et quand son père mourra sera-t-il
capable d'écrire un poème de ce niveau ?
un des trucs
les plus chanceux
qui me soit
arrivé
fut d’avoir
eu un père
cruel et
sadique.
après lui
les pires
choses que la Destinée
m’a fait
endurer
ne m’ont pas
semblé si
terribles-
des choses
qui pousseraient d’autres
hommes
vers la colère,
le désespoir, le dégoût,
la folie,
des pensées suicidaires
et
plus encore
n’ont eu qu’un
impact mineur
sur moi
du fait de
mon
éducation :
après mon
père
presque tout
le reste m’a paru
correct.
je devrais
vraiment avoir
de la
gratitude pour ce
vieil enfoiré
mort depuis
si longtemps
dans la mesure
où
il m’a
préparé
pour tous
les nombreux
enfers
en m’y
menant
plus tôt
que prévu
lors de ces
années
où on ne
peut pas s’échapper.
cher vieux papa (Ch. Bukowski)
M : Et puis regarde, avec Samuel Paty, aucune
empathie. Je travaille au M.E.N (ministère de l’Éducation Nationale), et sa
saillie sur son martyr c'est scandaleux. Sa tête sur un plateau !
MOI : C'est le te(x)te qui compte, pas la
tête. De toute façon, les images c'est pour les enfants et les grandes
personnes qui s'en offusquent sont des enfants (ratés).
M : Critique des images+ enfants ratés :
on dirait Zagdanski et Sollers, rien de moins !
Nabe ne les rate pas non plus...
MOI : Ce n’est pas dit, sur Zagdanski, relis
son Lucette, il y est sur plusieurs pages, portrait plutôt flatteur.
Zag y fait son zig… Depuis beaucoup d'eau
(sale) a coulé, et c'est la guerre entre ces deux Céliniens. Mais là encore un point commun : ils ne
croient pas à l'amitié.
M : Tu n'as pas lu la préface à l'Intégrale,
Amitié et anarchie ?
MOI : Si, il cite 2 fois Sollers ; on sent de
l'affection, et même on n'est pas loin de l'admiration. Sollers est un vieil
homme maintenant, mais le jour où il disparaitra il faudra lire le texte qu'il
lui consacrera dans Nabe's News.
Et pour en revenir à Zagdanski, lis cet extrait tiré de « Mes moires » :
Tactique. Moi qui aime tant les
pensives je n'ai rencontré en majorité que des poncives, sempiternellement
taraudées par le nerf à vif d'une incessante guerre aigrie qui les épuise. La
difficulté consiste à rendre une femme pensive afin qu'elle me séduise à son
insu. Pensive et gaie, c'est assez ardu. Beaucoup échouent à l'examen, trop
hystériquement rieuses pour être sincèrement gaies, trop foncièrement
soucieuses pour être clairement pensives.
A rapprocher de ça : Les femmes n'aiment
pas les hommes, elles aiment les enfants qu'elles pourraient avoir des hommes.
En leur donnant la maternité, on leur a enlevé tout le reste.
Ou encore
: Si
une femme refuse de rencontrer vos parents, c'est que c'est la bonne !
M : Des hommes du siècle dernier voilà
tout...
MOI : Tu sais que Sollers les appelle
« Les frères ennemis » dans Un vrai roman.
M : Et pour en revenir aux images,
scabreuses, quelle utilité quand on croit aux mots ?
MOI : Eh bien, comme Céline qui pensait qu'il
fallait toujours dire ou écrire ce qu'on pensait, c'était sa Loi, Nabe prolonge
et aggrave les choses avec les images. Je le concède c’est son côté potache ou
plutôt potlatch.
M : Comment ça ?
MOI : Eh bien, curieuse ou pas, ce qui
distingue un écrivain, c’est sa solitude (dans la création) ; cependant il
a besoin des autres. Il attend des réponses. Pour moi, les photos se sont des
offrandes. Il en fait don à ses rivaux, contraints à leurs tours de donner
davantage…Dans une sorte de dialogue.
M : Je n’ai pas l’impression que cela
fonctionne.
MOI : Manque d’humour peut-être. Mais pour
en revenir à la dialectique entre les mots et les images…
M : Tiens, on dirait Godard et le livre d’image
?
MOI : Son voisin suisse qu’il n’appréciait
pas.
M : Ah comme Zagdanski !
MOI : C’est vrai qu’il préfère d’autres
voisins, Nabokov, Chaplin.
M : Oui, Chacun mes goûts !
MOI : Allez, rideau !